L’église ne plaisante pas

AMLyon  St Pierre et St Saturnin   BMS 1756   vue 112

 

L’on a toujours été très ferme à refuser les sacrements aux jansénistes dans cette paroisse, ce qui se peut prouver par l’acte mortuaire* de Delle Monin, décédée dans la rue de la Vieille Monnaie il y a environ treize à quatorze ans ; ce fut monsieur le curé qui lui refusa les sacrements, après avoir épuisé inutilement son zèle auprès d’elle pour la faire rentrer dans le sein de l’église et encore par l’acte mortuaire d’un curé d’Auxerre qui mourut il y a environ dix à douze ans.

 

L’on a toujours refusé aussi les sacrements aux comédiens et comédiennes lorsqu’ils ne voulaient pas renoncer au théâtre, même la sépulture ecclésiastique quand, après avoir épuisé toutes les ressources du zèle, ils voulaient persévérer dans leur état. On trouvera dans les registres plusieurs actes de renonciation au théâtre et des mariages qui ne se sont faits qu’à cette condition.

 

* Delle Monin, âgée de quatre-vingt six ans décédée hier rue Vieille de la Monnaie sans avoir reçu les sacrements a été enterrée par déférence pour sa famille derrière la porte du cimetière de la paroisse, dans l’endroit où l’on enterre les corps des enfants morts sans baptême, sans avoir même été présentée à l’église ce jourd’hui 24ème avril 1746.

 

Didier  vicaire

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1669 : dévergondée

AD38   Les Avenières/Ciers   BMS 1653-1695   vue 58

 

Le douzième septembre 1669, j’ai baptisé Benoît, fils illégitime de Louise Bourgey, vivant publiquement depuis de longues années de mauvaise vie au grand scandale de tout le public, laquelle m’a déclaré en présence de Benoît Micoulloud, Jean Perronnet, de Pierre Guillaume Lambel, qu’elle le donne à Louis Carriot, fils de feu Jean Carriot. A été parrain honnête Benoît Micoulloud et marraine Magdeleine Rabatel, mère sage Laurence Fillet.

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1791 : Serment d’un prêtre

Le curé de Rochetoirin, ayant accepté de prêter serment, témoigne dans le registre paroissial. Ce dernier ayant subi les outrages du temps …ou des souris … présente des pages incomplètes.

 

AD38   Rochetoirin   BMS 1770-1792   vue 237

 

Le trente janvier mil sept cent quatre-vingt onze, vu le décret de l’Assemblée Nationale sanctionné du roi, m’ayant intimé la municipalité de la Tour du Pin, faire un serment à l’issue de la messe de paroisse, après avoir assisté au saint sacrifice de la messe, j’ai parlé ainsi mon serment en présence de la paroisse mais avec toutes les conditions et restrictions capables de mettre ma conscience en sûreté, ainsi que m’avait autorisé Mr Brochier, vicaire général de Vienne qui le lut et l’approuva huit jours avant.

Je leur ai dit que je venais remplir deux devoirs : le premier, je venais me soumettre, par le second, je dois l’instruction à chaque citoyen envers Dieu et la patrie. Comme pasteur, j’ai promis de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés et, en conséquence, que je professerai et leur enseignerai jusqu’au dernier soupir de ma vie la religion catholique, apostolique et romaine, sa foi, sa morale, sa discipline et sa soumission due à ses légitimes pasteurs et comme citoyen ……… à l’ordre civil et politique, j’ai juré d’obéir à la nation, à la loi et au roi et de maintenir en mon pouvoir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi ……..

 

 

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1789 : la grande peur à Bourgoin

Le curé Enjelvin de la paroisse de Jallieu décrit dans le détail les événements liés à « la grande peur en Dauphiné » à une époque où la Savoie n’était pas française (rattachement en 1860). J’ai transcrit l’intégralité du récit et seuls les courageux ou les passionnés iront au bout. Le récit est parfois confus mais il ne manque pas d’intérêt pour ceux qui aiment voir l’histoire à travers la « petite histoire ».

 

AD38  Jallieu  BMS 1782-1792   vue 116

 

Procès verbal de la paroisse de Jallieu du vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf et trente juillet mil sept cent quatre-vingt neuf par nous curé soussigné témoin des faits ci-dessous mentionnés

 

Le lundi vingt-sept juillet mil sept cent quatre-vingt neuf sur les six heures du soir, il fut annoncé aux habitants de Bourgoin qu’il arrivait subitement des troupes de Savoie contre la patrie et, une heure après, on répandit le bruit que ce n’était pas des troupes réglées, mais des brigands qui voulaient ravager et piller la contrée ; au signal de cette première nouvelle, on sonna les cloches de Bourgoin et bientôt celles de la paroisse de Jallieu à la volée et on ne discontinua de donner l’alarme que sur les neuf heures du soir.

Messieurs les officiers municipaux de Bourgoin se donnèrent tout le mouvement que leur zèle vraiment patriotique leur inspira. La terreur devint si forte que les femmes et les enfants se cachèrent ou s’enfuirent et presque tous passèrent la nuit dans les champs.

Il se ramassa des villages et des paroisses voisines beaucoup d’habitants armés dont le nombre ne s’accrut considérablement qu’au milieu de la nuit. On vit continuellement à la tête de ceux qui venaient donner du secours les sieurs de Beffroi, de St Germain, de St Clair et d’un autre côté, la milice bourgeoise qui ne quitta pas la place.

 

Le vingt-huit juillet 1789

 

Ce fut sur le point du jour que Bourgoin se trouva surchargé d’un grand nombre d’hommes venus de toutes les paroisses voisines. Une partie se retira en paix, voyant que l’alarme avait été fausse, notamment les paroissiens de Jallieu dont les uns arrivèrent à leur église à quatre heures et demie du matin et les autres s’étaient retirés séparément de Bourgoin pour aller à leurs travaux.

Dans ce même temps, certains habitants de plusieurs paroisses délibérèrent avant de sortir de Bourgoin, d’aller piller et brûler les châteaux. Ils entraînèrent tous ceux qu’ils trouvèrent sur la place, du nombre desquels il y eut trois ou quatre jeunes gens de Jallieu. Le sieur Durival, sous-lieutenant de la maréchaussée, fut forcé par les brigands de se mettre à la tête.

Ils sortirent par la route de Lyon pour aller à la dévastation et au pillage des châteaux et à l’incendie du château de Vaux, ayant déjà dévasté celui de Domarin.

Vers midi du même jour, il entra à Bourgoin un nombre considérable d’autres gens de campagne. C’était les habitants de la paroisse de Ruy. Armés, deux à deux, avec un tambour, ils firent plusieurs tours dans la ville jusqu’au moment où ils délibérèrent d’aller au château du seigneur de Maubec situé dans la dite ville pour demander les terriers et titres seigneuriaux aux fins de les brûler.

A une heure après-midi, les officiers de la milice bourgeoise de Jallieu, ayant été commandés par Mr leur colonel de monter à Bourgoin pour faire l’exercice, s’y rendirent avec leur troupe, ignorant parfaitement la manœuvre hardie que tramaient ceux dont nous venons de parler ci-dessus, ne sachant pas même qu’ils fussent dans la ville. Les sieurs Lilatte et Levrat, leurs capitaines, arrêtèrent leurs compagnies sous les allées pour qu’elles ne communiquassent pas avec eux. Ils y réussirent. Leurs gens n’avancèrent pas davantage, se contentant de faire quelque peu d’exercice sous les allées.

A deux heures, la basse cour du château de Bourgoin fut remplie de tous ces gens armés qui réclamaient les susdits terriers et menaçaient du feu. Ils leur furent livrés. On ne pouvait sans imprudence leur résister. Tous ces frénétiques arrivèrent au milieu de la place, entourant quatre des leurs chargés des terriers et titres seigneuriaux du susdit seigneur. Ils les déposèrent et amoncelèrent pour les brûler mais avant de commencer l’incendie, ils se firent lire le titre de chaque terrier, crainte de ne pas brûler ceux qui les concernaient.

Les deux compagnies de Jallieu s’étaient retirées dans leur paroisse et étaient occupées à faire l’exercice sur la grande route au faubourg de St Michel.

Dès qu’on eût lu tous les titres des papiers qu’on devait brûler, opération qui dura une heure et demie, on fut chercher des fagottes pour y jeter les papiers dessus et, dès que la flamme commença à se communiquer aux papiers, on fit une décharge et des hauts cris qui furent redoublés toutes les fois que les flammes détachaient certains papiers qu’elles faisaient sauter en l’air. L’incendie des susdits papiers était presque fini lorsque ces menées détachaient quelques uns des leurs pour aller chercher les habitants de Jallieu afin de les faire participer à leur criminelle entreprise. Certains les suivirent, ayant toujours leurs capitaines et le Sr Seignoret, colonel, à leur tête. Ils arrivèrent à la place lorsqu’il ne reçurent  que les cendres enflammées des papiers. Aussitôt, les incendiaires marchèrent les premiers vers le Sr Duret, rénovateur à terriers, pour lui demander encore des titres et reconnaissances. Les habitants de Jallieu les suivirent mais à peine y furent-ils arrivés que le curé alla prier le colonel de faire retirer la paroisse de Jallieu qui n’avait pas demandé les papiers du Seigneur de Maubec et qui ne les avait pas fait brûler et qu’il serait affreux qu’on l’impliquât dans cette mauvaise entreprise. Le Sr Seignoret, colonel, répondit qu’il était extrêmement fatigué et pria le Sr curé de ramener sa paroisse s’il le pouvait. Ce dernier ne perdit pas de temps et, avant que le Sr Duret se fût saisi des papiers et titres qu’il avait chez lui, il vint à bout par les exhortations de faire retirer les paroissiens avec leurs officiers. Ils laissèrent devant la porte du Sr Duret les incendiaires et se retirèrent en ordre dans leur paroisse. Quelques temps après leur départ, le Sr Duret fut contraint de remettre bien de titres et papiers qu’il avait eu la précaution de cacher et qui furent tous brûlés.

Les deux compagnies de Jallieu, sur la petite place de leur église, posèrent les armes à l’ordre de leurs capitaines qui les exhortèrent conjointement avec leur pasteur de se retirer chacun dans leurs départements et habitations, d’y rester jusqu’à ce que les officiers leur ordonnassent d’en sortir. Les dits habitants obéirent. Il n’y eut que ceux qui montaient la garde qui parurent dans la nuit.

 

Le vingt-neuf juillet

 

Les habitants de Jallieu allèrent à leur travail et le calme semblait être assuré dans la paroisse. Il le fut jusqu’à dix heures du matin. Triste époque à laquelle il arriva des personnes du village de l’Isle d’Abeau qui traversèrent le marais à cheval au galop pour annoncer de sonner l’alarme, que des brigands avaient mis le feu à La Verpillière, qu’il fallait du secours. Des voisins de l’église sonnèrent imprudemment l’alarme à Jallieu, ce qui assembla en peu de temps les habitants de la paroisse au nombre d’environ deux cent cinquante, armés de fusils et de faux. Quelques représentations que fissent le curé et les principaux notables de la paroisse, certaines têtes échauffées, c’est-à-dire cinq ou six mauvais sujets au nombre desquels étaient le nommé Casset et Mathieu Bœuf qui furent pendus, ne voulurent jamais consentir de rester dans leur paroisse jusqu’à ce qu’on fût instruit si l’alarme était vraie ou fausse. Et, pendant que leur curé alla à Bourgoin pour s’informer du fait, par le retour du courrier qu’on avait dépêché à La Verpillière, ceux qui étaient avides du pillage, animés pour avoir entendu dire qu’il y en avait qui se seraient enrichis la veille au château de Vaux, ne voulurent prendre patience. Et, sous prétexte d’aller au secours de La Verpillière, ils défilèrent à travers du marais pour passer à l’Isle d’Abeau, ne pouvant manquer par ce moyen de rejoindre la grande bande qui était aux environs (c’était la même qui avait fait tant de ravages la veille). Les Srs Poulardière, Lainé et Tranchant de Jallieu, leur coururent après, les premiers pour les faire revenir sur leurs pas. Le Sr curé s’y transporta aussi. Ils réussirent à les faire rétrograder, attendu qu’il y en avait peu de mal  intentionnés. Les Srs curé, Poulardière et Tranchant, n’osant pas les laisser tout à la fois de crainte qu’ils n’allassent au château de St Savin ainsi que quelques uns menaçaient, les firent arrêter dans une prairie. On leur donna à manger et à boire, de même qu’à une partie de la paroisse de St Savin qui s’était rendue à Jallieu. Ensuite, les Srs Poulardière et Tranchant voulurent aller amener au Seigneur de St Savin ceux de ses vassaux qui s’étaient joints à Jallieu. Le curé qui se trouva seul avec tout ce monde, ne fut pas sans embarras. Il les exhorta, les prêcha et obtint de la plus grande partie de se retirer à leur travail. Ils le firent. Il emmena les autres à la cure pour les faire boire et passer ainsi le temps mais ce fut là où ceux qui avaient des mauvaises vues ne purent plus le dissimuler.

Ils partirent pour St Savin, demandant cependant que leur curé y fut avec eux, assurant qu’il ne se passerait rien de mauvais si leur curé les accompagnait, protestant de vouloir offrir leurs services au château et que, d’ailleurs, les Srs Poulardière et Tranchant y étaient allés conduire ceux de St Savin, qu’ils leur obéiront et qu’ils reviendront sans faire du mal.

Le sieur curé se retira, triste de n’avoir pu contenir les paroissiens. Néanmoins, demi-heure après, il remonte à cheval et court après cette bande d’environ cent pour en contenir au moins quelques uns. Il y avait réussi, ses paroissiens restèrent seulement dans la basse cour du château de St Savin. Ils burent et se retirèrent sur les sept heures du soir à part une dizaine qu’il laissa derrière mais qui sortaient déjà de la basse cour. On se serait retiré sans être rentré au château, sans y avoir fait aucun mal si on n’eût rencontré à la Croix de St Savin, à la jonction des deux chemins de St Marcel et de Bourgoin, la bande des brigands qui avait déjà ravagé quatre châteaux. Alors le curé ne crut pas qu’il fût prudent de rétrograder, marcha vers sa paroisse, accompagné de ceux qui ne se laissèrent pas gagner par les cris de cette nouvelle bande de brigands qui les menaçaient s’ils ne venaient pas se joindre à eux. Le château de St Savin fut pillé par la susdite bande et par trente-cinq habitants de Jallieu qui échappèrent aux poursuites du curé.(nota que le plus grand nombre des brigands de Jallieu étaient ou des valets ou des fabricants mais fort peu de chefs de famille.

Tous ces brigands ne restèrent à St Savin pour le piller qu’environ une heure et demie. De là, ils allèrent brûler les papiers qu’ils trouvèrent à Demptézieu et furent passer la nuit au château de Montcarra où ils firent une dévastation et un pillage affreux.

 

Le trente juillet, le jeudi

 

Les habitants du mandement de Maubec et d’autres paroisses dévastèrent de fond en comble le château de Césarges, pillèrent le couvent de paterne et profanèrent l’église. Plus de trente châteaux eurent le sort d’être dévastés ou brûlés dans le mandement de Vienne. La plupart des brigands de la paroisse de Jallieu restèrent en course. Les uns furent au pillage du château de Chapeau Cornu et de Marteray, d’autres s’étaient retirés chez eux au sortir du pillage de Montcarra. Ce même jour, des brigands étrangers firent aussi une descente à Petit Mont, forcèrent d’enlever des girouettes, tentèrent de piller, néanmoins ils ne firent aucun mal.

Le même jour, sur les trois heures du soir, il arriva une bande composée de cinq, tous de Jallieu, avec un tambour, arrivant du pillage du château de Mr du Villion, Marteray, Chapeau Cornu, n’apportant presque rien du pillage.

 

Le trente et un juillet, le vendredi

 

Cinq ou six des brigands de la paroisse de Jallieu se transportèrent au château de La Bâtie pour le brûler mais par le secours du curé qui flatta et accompagna ces malheureux, le château n’eut point de mal. En se retirant du château de la bâtie, ils s’arrêtèrent au devant de la porte. Deux malins près du pont demandèrent au curé trois louis d’or que l’homme d’affaires du château de St Savin lui avait remis l’avant-veille pour les flatter et les faire sortir du château sans  y faire aucun mal. Le curé leur représenta que cette somme ne pouvait pas leur appartenir, qu’elle ne lui avait été remise qu’à condition que le château ne serait pas pillé, mais qu’ayant contribué au pillage du dit, il ne pouvait la leur remettre.

Sur ces entrefaites, le curé les quitte. Ils menacent de lui faire violence et se transportent chez le Sr Levrat, fermier du terrier de St Pierre et chez le nommé Malon, fermier de Ste Catherine, prennent les terriers de l’un et l’autre fermier et viennent à la cure, demandent avec armes les trois louis d’or dits ci-dessus qui leur furent remis et brûlèrent devant la porte de l’église sur le chemin les dits terriers.

 

Le premier août, samedi

 

Un fabricant qui avait volé toute l’argenterie du château de St Savin, l’avait déjà vendue pour partir lorsque les cavaliers de maréchaussée avec la garde bourgeoise de Bourgoin commencèrent enfin à se montrer et le saisirent sur le chemin de Jallieu à Bourgoin, de même qu’autres deux de ses camarades qi furent conduits en prison. Celui qui avait volé l’argenterie était celui qui avait fait le plus de mal. Il avait enfoncé toutes les portes du château. Néanmoins les menaces que les brigands faisaient aux habitants de Bourgoin furent cause qu’on laissa évader ces trois brigands. On craignait une révolte contre les habitants de Bourgoin et de St Savin.

 

Le second août, dimanche

 

Les brigands étaient sortis de prison crurent que c’était le curé de Jallieu qui avait été cause de leur détention en prison et conspirèrent contre ses jours. Il fut forcé de se retirer le soir de bonne heure et ne pouvait aller le jour sans armes ou sans compagnie.

 

Le neuvième août, dimanche

 

Les menaces et les châtiments qui s’étaient annoncés pendant toute la semaine de la part de la Prévôté de Vienne et de la Commission intermédiaire de Grenoble commencèrent à tempérer pendant la semaine la fureur des brigands. Et le dimanche neuvième août, les loups devinrent des agneaux. Le repentir succéda au crime. Les plus grands scélérats cherchèrent la fuite ou les ténèbres. Voici quel fut le souverain remède : la justice criminelle de Vienne députa son prévôt pour commencer sa tournée. Une compagnie d’artillerie qui était en garnison à Valence arriva les premiers jours du mois d’août, de même que deux compagnies de cavalerie qui séjournèrent environ trois mois à Bourgoin. En outre, la Commission intermédiaire envoya des commissaires avec des soldats suisses.

Il ne fallait pas certainement tant de forces pour intimider les brigands. Le Sr de St Romain, prévôt de Vienne, arriva le samedi au soir huitième août pour commencer les exécutions. A Bourgoin, il amena avec lui bonne compagnie de maréchaussée, un capucin et un bourreau ; et le neuvième août à six heures du matin, il prononça la sentence de mort contre un des brigands, habitant de la paroisse d’Artas qui avait mis le feu au château de Vaux. La même nuit, on se saisit du nommé Casset, natif de Ruy, habitant à Jallieu depuis deux années. Il fut conduit sur la même charrette que le malheureux qu’on conduisit au supplice et ce dernier fut pendu sur les huit heures du matin au dernier arbre de l’allée du château de Vaux et le susdit Casset fut conduit aux prisons de Vienne.

Quelques jours après, on se saisit d’un jeune homme qui était aussi de Jallieu et qui fut conduit aux prisons de Vienne. Huit jours après sa prise de corps, il fut reconduit à Bourgoin avec le susdit Casset pour y être condamnés à mort. Ce dernier fut pendu sur la paroisse d’Arcisse à cause qu’il avait assisté au pillage du château du Sr du Vilard et l’autre fut pendu à la place de Bourgoin. Ils demandèrent tous les deux leur curé pour les conduire au supplice. Il est certain qu’il y avait un très grand nombre de brigands qui avaient plus mérité la mort qu’eux mais il fallait des exemples prompts. Les cavaliers n’osaient guère courir dans les campagnes éloignées. Bourgoin passait pour être le foyer de tous les malheurs et on dénonçait ces deux malheureux qui firent une mort fort édifiante. La paroisse de Jallieu fut fort affligée de ce malheur. En effet, il n’y avait point de paroisse dans les environs qui eut moins servi au pillage de quatre cent hommes capables de porter les armes. A peine y eut-il quarante brigands alors que les paroisses voisines, femmes et hommes, tous participèrent au pillage. Combien qui furent des incendiaires, des sacrilèges qui profanèrent les églises, brûlèrent les châteaux. Les paroissiens de Jallieu n’avaient assisté qu’au pillage de trois ou quatre châteaux qui ne furent ni dévastés, ni brûlés mais dans ces occasions comme dans les autres, il faut se soumettre à la volonté de dieu qui dispose de tout dans l’ordre de sa providence. Pour son plus grand bien en effet, ces châtiments ont servi de grand exemple pour la jeunesse qui a été plus soumise durant le cours de cette année.

Je souhaite que mes successeurs n’éprouvent jamais de pareilles révolutions.

Jallieu, ce dixième septembre mil sept cent quatre vingt-neuf

 

Curé Enjelvin

 

 

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Scandales ecclésiastiques

curesLes scandales sexuels impliquant des membres du clergé ont toujours fait sensation parmi la population. Et ils ne datent pas d’hier : au XVIIIe siècle, les faits divers mettant en scène des ecclésiastiques et des femmes de mauvaise vie étaient courants.

C’est grâce à un membre de GeneaNet qui a récemment publié dans les Relevés gratuits une centaine de notices concernant des procès-verbaux d’arrestations de curés au XVIIIe siècle, que nous pouvons aujourd’hui appréhender la réalité d’alors.

Parfois drôles, toujours émouvants, les scandales engendrés par ces arrestations ont été avalés par l’Histoire. On imagine bien volontiers l’opprobre jetée sur ces malheureux prêtres, curés, diacres, chanoines, etc, victimes de leurs pulsions charnelles.

D’autre part, une publication  faite en 1790 , après un long avertissement  non dépourvu d’intérêt, établit une liste des ecclésiastiques pris en faute.La_desolation_bis

J’en publie quelques extraits mais on peut trouver cet ouvrage à l’adresse suivante :

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k58006712/f4.image.r=.langFR

 

 

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Arrestations d’ecclésiastiques : relevés d’actes dans les archives

Date : 27/07/1759
Nom : GUIBAL
Prénoms : Jean Jacques
Lieu d’origine : Lyon
Age : 50
Prénoms : Adélaïde
Sexe : F
Témoin 1 : SIREBEAU François Jean   commissaire au Châtelet
témoin 2 : MARAIS Louis  inspecteur de police
témoin 3 : VAUDRY   tenancière
Note : Infraction commise rue Croix des Petits Champs. Le prévenu est prêtre du diocèse de Lyon, curé de Villebois en Bugey, demeurant ordinairement au Tillay près Gonesse, à présent logé à Paris rue aux Fers, chez son frère, chez un marchand de tabac.

 

 

Date : 15/07/1760
Nom : TREYNET
Prénoms : Jacques
Lieu d’origine : Saint Genis près Lyon
Age : 22
Commentaire : clerc tonsuré du diocèse de Lyon
Nom : DESNONCOURT ET ST PONANGE
Sexe : F
témoin 1 : SIREBEAU  François Jean  commissaire au Châtelet
témoin 2 : MARAIS  Louis  inspecteur de police
témoin 3 : DESMARETS  tenancière
Note : Infraction commise rue saint Honoré, près les Pères de l’Oratoire . Le prévenu est bachelier en l’université de Valence, et est depuis 3 mois à Paris, logé rue de la Harpe chez le sieur DUTILLOY, limonadier, où il est en pension. Il a amené les deux prostituées à goûter derrière le Luxembourg , puis ramené chez leur tenancière

 

 

Date : 10/04/1755
Type d’acte : Divers
Nom : CHAMPION
Prénoms : François Guillaume
Lieu d’origine : Soissons
Age : 35
Commentaire : prêtre curé de Sainte Croix / Basserel, diocèse de Soissons
Nom Prénoms : BLAYE Marie Louise
Sexe : F
Lieu d’origine : Paris Saint Eustache
Age : 19
Commentaire : demeurant avec la Mitronne sa tenancière
témoin 1 : CHENON Pierre   commissaire au Châtelet
témoin 2 : DE LA VILLEGAUDIN  Pierre    inspecteur de police
témoin 3 : BERRIER
Note : Le contrevenant a dit être à Paris depuis le mardi précédent pour affaire et loger au Palais Royal chez son oncle PETIT, premier médecin de Monseigneur le Duc d’Orléans. L’infraction a eu lieu Rue Saint Honoré, dans une maison occupée en bas par le sieur CHARLES maître chapelier, et au fond de la cour par la Mitronne, tenancière. Le prévenu a dit s’être contenté de causer avec elle. Le rapport du sieur CHENON au sieur BERRIER stipule qu’il l’a trouvé s »amusant avec une fille d’amour, et qu’il leur avait demandé d’avoir quelques égards pour lui, que c’était la première fois qu’il venait dans un tel endroit, que sinon il serait perdu pour toujours. La fille confirma qu’elle ne l’avait jamais vu auparavant, que ni lui ni elle n’avait consommé, mais qu’elle était en état de dire qu’il avait un …. chrétien long d’un quart d’aune. Suit une lettre datée du lendemain matin à 8 heures ( le flagrant délit ayant eu lieu à 8 heures du soir ) de l’oncle du prévenu au sieur BERRIER, qui explique que son neveu est totalement innocent, que c’est lui qui l’avait envoyé chercher son fils chez une nommé GANTESSE habitant rue Saint Honoré. Il aurait demandé son chemin à la fille dont il est question, qui l’aurait entraîné. Il lui aurait fait des remontrances sur sa mauvaise vie et allait sortir quand les deux officiers sont arrivés.

 

 

Date : 22/07/1756
Nom : GASTON
Prénoms : Jean Louis
Sexe : M
Lieu d’origine : Rhodès ( Rodez ? )
Age : 33
Commentaire : professeur au collège de la Marche, prêtre du diocèse de Rhodès
Nom : ROGER
Prénoms : Madeleine Dite Montdor
Sexe : F
Lieu d’origine : Paris
Age : 19
témoin 1 : THIOT Antoine Joachim     commissaire enquêteur et examinateur au Châtelet
témoin 2 : MEUSNIER Jean Baptiste     inspecteur de police
témoin 3 : ROSOY  Catherine Dite Lavillette    tenancière
Note : Infraction commise rue de la Harpe, dans une maison vis à vis de la Rue de la Poupée, appartenant au sieur DUBUCHET greffier au Petit Châtelet lui-même demeurant rue de la Bûcherie. Le prévenu demeure rue et montagne Sainte Geneviève. Lorsqu’il a voulu partir, un particulier à lui inconnu a voulu l’en empêcher, ce qui l’a fait crier au voleur et à l’assassin, ce qui eut pour effet d’amasser la populace et d’attirer l’attention du guet. Le post scriptum de MEUSNIER précise que le prévenu est un libertin qu’il a déjà trouvé en mauvais lieu avec deux de ses frères le 22 mai précédent, chez la nommée STRAUSS dite de Bellefonds , avec laquelle il couchait de 4 à 5 fois par semaine. Avant, il vivait au même titre avec une certaine demoiselle LECLERC du Clouseau, actuellement rue de Tournon, qu’il avait escamotée au chevalier de Baux, ancien commandant du régiment d’Auvergne. Les auteurs du livre mentionnent qu’il paraît que les espions rôdaient autour de la maison en attendant l’arrivée du commissaire et de l’inspecteur mais comme le prévenu allait partir et eux perdre le fruit de leurs peines, ils l’arrêtent en ameutant le voisinage.
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publication de la liste

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Les dîmes

 

 

La dîme était une redevance en nature exigée par l’Eglise. Elle devait servir à l’entretien des curés et des besoins de l’église dans chaque paroisse. En fait les dîmes entretenaient le haut-clergé, les curés de paroisse devant se contenter de la portion congrue. Ceci dit, chacun veillait jalousement sur son « territoire » et il n’était pas rare de voir des conflits au sujet des limites de la dîmerie.

La dîme pesait en principe sur tous les revenus, mais en réalité surtout sur les produits de la terre (grains, paille, foin, chanvre, etc.) et le croît des troupeaux. Elle était prélevée dans le champ, sitôt la récolte terminée. Les paysans faisaient publier au prône de la messe de paroisse, ou à l’issue de celle-ci, le jour de la récolte, afin que le décimateur ou son collecteur puisse se trouver sur les lieux.

Cet impôt ne représentait pas forcément la dixième partie des fruits de la terre et des troupeaux, mais, quelquefois, la douzième, la quinzième, ou la vingtième, suivant l’usage de chaque paroisse.

Il convient de distinguer les grosses dîmes, les menues dîmes et les dîmes novales. Les grosses dîmes se percevaient sur les principaux revenus de la paroisse (tels que le seigle ou l’avoine), les menues dîmes sur les moins considérables (tels que le chanvre ou les légumes) et les dîmes novales sur le produit de terres récemment mises en culture ou défrichées (depuis moins de 40 ans) ou nouvellement chargées de fruits sujets à la dîme.

 

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Les dîmes et les dépenses de l’église

AD38   Artas  BMS 1696-1737   vues 299 et suivantes

 

Une longue liste de personnes devant acquitter la dîme novale a été établie par le curé. Chaque nom est précédé du terme « tenet » qui signifie en latin « détient ». Un extrait de cette liste suit.

Il semble que les termes matin, soir, midi et bise définissent l’orientation des terres comme est, ouest, sud et nord.

Mesures agraires répandues dans le Dauphiné, la bicherée vaut de 15 à 18 ares et la couperée 4,4 ares  (variable d’une paroisse à l’autre), l’are valant comme chacun sait 100m2.

Pour plus de détails sur les dîmes voir l’article correspondant.

 

Novales

 

Tenet François Simondan une pièce de terre de la contenance de 14 bicherées défrichée en 1732 et 1733 qui était en broussailles au mas du bois coupé que jouxte le chemin de Royas de Bise, bois de Mr le prieur du soir et Duranton du midi.

 

Tenet François Petit dit Guiamier dit Galon une pièce de terre au mas de la ressolisse de la contenance de six couperées défrichée en 1737 que jouxte Claude Saunier du vent, André Bossy du soir, Mr Pelisson de Bise.

 

Tenet le rentier de la grange de Mr de Vaux une terre ci-devant verger que jouxte le grand chemin de Lyon du matin, le chemin qui va au Revollet du midi, la dite grange de bise.

 

Tenet Jean Maret du Revollet au mas des Raffinières une pièce de terre dans laquelle il y a environ dix couperées qui ont été défrichées en 1736.

 

On trouve aussi une répartition des novales entre les curés d’Artas et de Four et des quittances concernant les achats réalisés pour l’église et la cure dont voici quelques exemples :

 

Le 17 mai 1724, j’ai acheté à Lyon six chandeliers, une grande croix, une lampe, le tout d’alchimie pour le prix de cent trente six livres et c’est en partie de mon argent et de celui de l’église.

 

Du 20 mai 1743, j’ai fait refaire par un peintre de Paris nommé Logeard le tableau du côté de St Etienne qui n’était fait qu’en détrempe et fort laid. Il a été onze jours à le refaire qui, à vingt sols par jour monte onze livres : quatre livres pour les couleurs, dix francs pour vingt jours que je l’ai nourri et vingt-six sols pour son lit montent en tout vingt-six livres que j’ai données de mon argent. Sur quoi, il a repassé le tableau du Christ et des deux anges.

 

Le 28 décembre 1751, j’ai fait faire une chape d’un satin cramoisi à fleurs d’argent fourni par Madame de Tarnézieu et dont les franges et le galon d’argent fin que j’ai fourni de mon argent ont coûté nonante cinq livres.

 

Les fondations : des messes payées à l’avance. En voici un exemple :

 

J’ai une fondation faite par Dame Pernette Vignon de dix-huit messes de mort qui seront célébrées annuellement à l’autel de St Denis, à commencer le 16 août jour de son décès 1677 pour le paiement desquelles y compris les deux messes fondées par feu Messire Zacharie Bellet, son fils, curé d’Artas, elle a donné un pré situé à St Agnin qui est actuellement loué quatorze livres.

L’acte de la fondation est dans les papiers de la cure.

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Maître d’école en 1708

AD26   St Julien en Vercors   BMS 1680-1729   vue 154

L’an 1708 et le vingt-septième jour du mois de décembre, nous soussignés principaux de la communauté de l’agrément de Mr notre curé conformément à l’édit du roi et ordonnances de Mgr notre évêque avons choisi et mis pour maître d’école de la jeunesse de St Julien, Joseph Genin, pour le temps et terme de trois mois, à commencer dès demain vingt-huit du courant, auquel on promet de bailler vingt-quatre francs pour trois mois payables mois par mois et on promit à Benoît Rochas cinq livres pour la chambre qu’il fournira pour l’école pendant les trois mois. En foi de quoi avons signé le présent le susdit mois et an que dessus.

Différentes signatures

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