Charité

Voici un extrait d’une longue liste de donateurs partageant leurs dons entre argent, remèdes et vin vieux (remède aussi ?)
AD38  Flachères  BMS cc 1685-1744   vue 146

Mémoire des aumônes que j’ai reçues pendant la maladie populaire qui a régné dans cette paroisse et qui y a fait un ravage extraordinaire pendant les années 1744 et 1745

Le 2ème novembre 1744, Monsieur de Baral, vicaire général de Vienne, a donné vingt quatre livres.
Le 8ème novembre 1744, Monseigneur le cardinal d’Auvergne, archevêque de Vienne, a donné cinquante livres.
Le 9 décembre 1744, Monsieur Perraud Dunand a donné trois barraux de vin vieux.
Le 11 décembre 1744, Monsieur Meynier, médecin de Bourgoin et Monsieur Faure, chirurgien du dit Bourgoin, sont venus voir les malades de la part de Monsieur le Marquis du Bourg de Cezarges qui leur a donné 105 livres.
J’en ai eu vingt écus. Le reste a été pour payer leur voyage ou leurs remèdes. Mais ils ont vécu à la cure. Monsieur Meynier est parti le 12 et Monsieur Faure le 13 décembre.
Le dix-huit décembre, ayant été faire une quête à la Côte, j’y ai trouvé ce qui suit :
……………………………………………………………………………………………………………
Le 24 avril 1746, je suis allé chez Monsieur Tholon, châtelain de St Jean, pour chercher une caisse pleine de remèdes que Monseigneur l’Intendant a destinés pour les malades de ma paroisse. J’ai donné au voiturier quarante sols.
Curé Lacombe
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Rivalité à la cure

Cette narration est l’œuvre de Messire Martin, curé de Genay, qui a remplacé Messire Durand en septembre 1754.

AD69   Genay  vue 14   BMS 1754

 

La cure de Genay ayant été vacante par le décès arrivé le seize du mois d’avril de la présente année de Messire Claude Laurent, le sieur Lambert, prêtre de Neuville sur Saône et vicaire à Firminy en Forez sollicita la nomination à la dite cure dans un temps qu’il n’avait que vingt-quatre ans neuf mois. Dans cet intervalle que le Sieur Lambert ne pouvait pas prendre possession, on envoya le Sieur Martin, prêtre du diocèse de Fréjus et de la ville de Saint-Tropez sise sur le bord de la mer pour desservir la cure. Le Sieur Durand, forézien  qui desservait la cure de La Pérouse se pourvut en cour de Rome le mois de juin suivant. Le pape avait alors les mains liées parce que la dite cure est soumise à l’institution du Seigneur Archevêque de Lyon qui est cardinal et put être élevé à cette dignité à laquelle la bulle de compaet est favorable. Le pape se trouvait alors sans pouvoir. Le Sieur Martin ayant vu l’irrégularité des titres et provisions du Sr Durand dont la course était prématurée, se pourvut en cour de Rome six mois après le décès du dernier titulaire, temps que le pape avait son droit ouvert de conférer procès entre les trois compétiteurs. L’affaire fut plaidée à la sénéchaussée à Lyon. Après quatre plaidoieries, il y eut un appointé à mettre ; le procès qui avait commencé en 1752 fut jugé en 1754. Les sieurs Lambert et Durand condamnés, il y eut appel de la sentence de la sénéchaussée. On verra dans le registre de 1755 et 1758 l’infructuosité du dit appel et Mre Martin maintenu dans la dite cure avec tous les lauriers du combat.

 

1755

Le Sieur Durand appelant de la sentence de Lyon rendue le quatorze septembre 1754, il partit pour Paris dans le mois de décembre de la dite année, et dans le mois de mai de l’année 1755, il donna requête à la première chambre des enquêtes en demande du sequestrat des revenus de la cure de Genay. Le vingt du mois d’août, il y eut un arrêt sur les conclusions de Monsieur de Boulonnais, substitut de Monsieur le Procureur Général. C’est ce même arrêt qui a maintenu Mre Martin curé de Genay en déclarant que la recréance adjugée par sentence au dit Mre Martin lui venir continuer provisoirement, le Sr Durand embouté de sa demande et condamné aux dépens.

La levée du dit arrêt et l’exécutoire se montant à mille cent cinquante cinq livres, dix et sept sols et neuf deniers.

 

1758

Le procès pour la cure de Genay dont il est fait mention dans le registre de 1754 et dans celui de 1755 a été enfin décidé au parlement. Le jugement qui en fut rendu à la seconde chambre des enquêtes a condamné le Sieur Lambert aux frais, dépens, dommages et intérêts jusqu‘au jour du désistement de son appel, lequel désistement fut fait le quinze du mois d’avril passé et le Sieur Durand condamné aux épi…, vacations, conclusions qu’il n’avait pas consignées par indigence et ……… de l’arrêt qui fut prononcé le vingt-trois du mois d’août passé de l’année 1758.

Voilà le sort des plaideurs opiniâtres dont les prétentions ne sont fondées que sur des idées qu’on se forge sans raison, sans prudence, sans lumières et sans discernement.

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Quand le diable s’en mêle

Une longue description que l’on qualifierait aujourd’hui de « gore » pour mettre en évidence une présence diabolique et une punition divine.

AD38  Vienne  St André le bas  BMS 1647-1669   vue 42

 

Le 9ème de septembre 1652 est décédé Me Anthoyne Pallier dit la Fontayne après avoir été en « phrénésie » d’une fièvre bizarre de cinq jours. Durant cette « phrénésie », il se donna plus de vingt coups de couteau desquels il y en eut deux mortels qui étaient en l’estomac. Il se coupa ses parties honteuses, le tout avec une furie si étrange que cela effraya tout le voisinage qui n’osa jamais entrer en sa chambre où il s’était enfermé par derrière qu’après qu’il fût tombé par terre comme mort.

Une petite fille qu’il avait, âgée d’environ huit ans, assura d’abord qu’elle avait vu une bête verte marquetée de noir en forme d’un chien bas qui avait une queue longue comme un singe et deux cornes recourbées sur la tête et le museau tout noir. Cette bête lui parut sous le lit où ayant fait deux ou trois tours, elle monta sur le lit et poussa par derrière les épaules son père jusqu’à ce qu’elle l’ait fait tomber par terre et pour lors, elle jeta trois grands cris semblables à un taureau mugissant, lesquels furent ouïs de diverses femmes voisines et d’abord disparut, laissant ce pauvre malheureux dans une rage si furieuse qu’il chercha partout un grand couteau ou son épée mais on l’avait ôtée le matin de peur de quelque accident qui fut assurément arrivé plus grand encore s’il eut eu son épée.

Et ne pouvant rien trouver pour exécuter son misérable dessein, il chercha dans sa poche où il trouva un petit couteau fermant qui ne valait presque rien et d’abord en s’écriant « il faut mourir », il se donna un grand coup sur le cerveau qui perça jusqu’à l’os. Cette pauvre petite fille qui était presque morte de peur se prit à crier en son langage : « Alarme, mon père se tue ! »

La femme d’un tailleur se disant ami allant voir ce pauvre malade et entendant ces grands cris y accourut le plus vite qu’elle put. Elle le trouva dira tout en sang et lui dit : « Maître Anthoyne, recommandez vous à Dieu et à Notre Dame » et ne put avoir d’autre parole de lui sinon qu’il faut mourir et : « Pourquoi me recommanderai-je à Dieu ? Ma mère me vendit au Diable quand j’étais jeune. » et, lui disant ces paroles, il lui alla contre avec son couteau pour la tuer.

S’il eut peur au bruit, il y accourut un cordonnier apporter le petit Ennemond. D’abord que ce pauvre « phrénétique » le vit, il lui courut au rencontre et lui porta un coup de couteau contre le cœur. Et par bonne fortune, il se trouva avoir un pourpoint de peau qui résista au coup. Ce pauvre homme se sauva tout effrayé et ce pauvre malade se renferma dans sa chambre, criant tout haut : « Il faut mourir ». Il se donna plusieurs coups de couteau. On le pouvait voir d’une fenêtre qui est à plain pied du plancher de sa chambre par laquelle on prend jour pour le degré. On enfonça le chassis de cette fenêtre et on voyait comme il se découpait avec une rage et une furie capables d’épouvanter les plus cruels et les plus sanglants.

Après qu’il se fut donné plusieurs coups, il se voulut couper ses parties honteuses et, trouvant que son couteau ne coupait pas assez bien, il l’aiguisa contre une pierre de la muraille et, ne pouvant pas encore en venir à bout, il s’assit sur un tabouret et mit ses parties sur le bois et mit le couteau dessus. Et avec un chandelier de laiton, il frappa plusieurs fois sur le couteau jusqu’à ce que sa verge fût coupée excepté un peu de peau qui la tenait encore de chaque côté. Cependant, il perdait grande quantité de sang qui l’affaiblissant peu à peu, il se laissa tomber tout de son long au milieu de la chambre.

Quand les voisins qui étaient accourus et qui le voyaient par la fenêtre le virent à terre, il entra un homme par cette fenêtre qui ouvrit la porte. On courut promptement au secours. Mr Fontbonne, le chirurgien, y fut appelé pour le panser et moi pour le confesser et le résoudre.

Je m’y ………. aussi fort que Mr Fontbonne et, ayant reconnu que ce pauvre malheureux avait la parole libre et qu’il était revenu à peu de sa furie, je tâchai de le remettre dans la connaissance de son crime. Il m’écouta paisiblement et me dit tout à coup : « Croyez-vous que Dieu me pardonne ? » Lui en ayant donné les assurances, pourvu qu’il en reconnût sa faute, il m’en demanda l’absolution que je lui donnai, n’osant pas la délayer dans le doute où restait que ses plaies ne le pressassent plus qu’elles ne firent sous la promesse qu’il me fit de se confesser tout au long si Dieu lui en donnait le temps.

On sonda ses plaies et on y mit le premier appareil le lendemain. Le chirurgien trouva que la gangrène s’était prise à sa blessure des parties honteuses et fut contraint d’achever de la couper. La fièvre ne le quitta point et même il extravagait de temps en temps. Néanmoins, il fit sa confession en bon sens et reconnut son péché avec beaucoup de ressentiment. Il ne se plaignit jamais de la douleur qu’il souffrait de ses blessures. Et quand les chirurgiens le pansaient, il leur disait « Coupez, coupez » et souvent, il demandait à un tailleur qui le servait un couteau sans dire ce qu’il voulait en faire. Ses blessures lui causèrent une si grande puanteur que les …. De Mr Fontbonne ne pouvaient pas le panser.

Durant sa maladie qui dura cinq jours après ses blessures faites, il disait quelquefois à la grande fille qui était âgée de treize ans : « Chasse ce mouton qui est là sur la petite fenêtre. »

Et moi l’interrogeant s’il avait vu quelque chose lorsqu’il s’était blessé, il me dit qu’il lui semblait d’avoir vu quelque chose comme un chat. Je lui fis renoncer à tous pactes implicites et explicites s’il en avait fait avec le démon. Il me protesta toujours que jamais il n’en avait fait. Pourtant je ne le jugeai point durant sa maladie qu’il fut en état de recevoir le saint Sacrement tant à cause du scandale qu’il avait donné en se massacrant soi-même qu’à cause qu’il ne fut point en son bon sens comme il le faut être. Je lui donnai les Saintes Huiles qu’il reçut avec beaucoup de dévotion et le visitai tous les jours plusieurs fois pour l’obliger de reconnaître ses fautes

Enfin il mourut sans que l’homme qui le surveillait n’y prît garde et je l’enterrai au cimetière sans l’assistance des messieurs. J’ai voulu coucher tout au long cette funeste histoire comme l’ayant vu pour la plus grande partie, croyant que la mémoire d’un accident si étrange fera appréhender à ceux qui la liront les punitions que Dieu exerce bien souvent contre ceux qui n’ont pas vécu le long de leur âge dans sa crainte et dans l’observance de ses saints et très inst… commandements. Tel qu’était ce pauvre homme de qui j’ai décrit la mort car m’étant informé de ceux qui le connaissaient, ils m’ont assuré qu’il n’était pas craignant Dieu, qu’il blasphémait horriblement quand il était en colère et qu’étant brigadier au sol, il avait donné sujet de plaintes à plusieurs. Tous ceux qui le connaissaient attribuaient son étrange aventure à ce qu’il n’avait pas bien servi notre bon Dieu comme nous le devons tous faire.

 J Jullian, curé

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Enfant illégitime

AD38  Thuellin   BS 1650-1680  vue 58

 

Thoinette, fille donnée non légitime au Sieur Antoine Pollet Duvard et de Françoise Orceil a été baptisée le 21 février 1668. Le parrain est Jean Anselmoz de Faverge, la marraine Thoinette Guitat de Buvin. Il est ainsi que ce jourd’hui, peu de temps avant que l’on apportât l’enfant à l’église, je suis allé, accompagné de Sieur Antoine Pollet Duvard, Sieur François Marterey notaire des Avenières et Benoît Deloche, chez Jacques Orceil, père de la dite Françoise où c’est qu’étaient Benoît Bilio et des serviteurs de Monsieur de Villeneuve, trois ou quatre qui attendaient pour sortir l’enfant.

Etant là, j’ai exhorté la dite Françoise, en présence de tous ces témoins, à me déclarer à haute voix, sur la damnation de son âme, s’il est vrai que l’enfant qu’elle a fait et enfanté soit au dit Sieur Duvard, si elle croit par la part qu’elle prétend en paradis qu’il soit le père ; ce qu’elle a refusé entièrement de faire et d’enlever la main qui veut la mauvaise réputation d’icelle, la force, crainte et terreur où elle est. J’ai commandé d’apporter l’enfant à l’église et, étant à la porte, j’ai demandé au parrain et à la marraine à qui était cet enfant. Ils ont répondu qu’il était au Sieur Antoine Pollet Duvard, ce qu’entendant, je l’ai baptisé. En foi de quoi je signe de la main à la manière accoutumée.

Patricot curé de Veyrins

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Abjurations

L’édit de Nantes a été promulgué le 13 avril 1598 par Henri IV. Il accordait la liberté de culte aux protestants et mit fin aux guerres de religion.

Le 22 octobre 1685, Louis XIV révoqua cet édit par l’édit de Fontainebleau. Ceci vint à la suite d’une période de conversions forcées et provoqua l’exil de nombreux huguenots.

On assista alors à de nombreuses abjurations.

 

AM Lyon   St Nizier   MS 1731  vue 89

 

Le dix juillet 1731 en conséquence du pouvoir qui m’a été accordé par Monseigneur l’évêque de Sinope suffragant et vicaire général de Lyon, j’ai reçu l’abjuration que Charles Blanc, maître tailleur d’habits a faite dans cette église des terreurs de Luther et de Calvin. Je lui ai donné l’absolution de l’excommunication qu’il avait encourue en faisant profession de l’hérésie de Calvin et je l’ai rétabli dans les droits des véritables enfants de l’église catholique, apostolique et romaine. En présence de …..

Vicaire Paule

 

AM Lyon    St Nizier   MS 1759  vue 61

 

Le 24 mai 1731, ensuite de la permission accordée par Monsieur le Comte de Saint Aulbin, vicaire général du diocèse et supérieur de la communauté des nouvelles catholiques de cette ville, Jean-Pierre Muston, fils de Pierre Muston aujourd’hui négociant à Livourne et originaire des Vallées de « Luzerne » en Piémont et de défunte Marguerite Le Borne a fait volontairement abjuration de l’hérésie de Calvin dans laquelle il est né, entre les mains du vicaire soussigné, après avoir été instruit suffisamment des mystères de notre sainte religion.

Présents …..

Vicaire Arnaud

 

AM Lyon   Hôtel Dieu   B 1740  vue 10

 

Le vingt deuxième mars 1740 Jeanne Lagrange fille brodeuse de profession âgée de vingt deux ans native de Chalon sur Saône fille de feu Lagrange, homme sans profession et de feue Louise Bernardin, couturière, ses père et mère, laquelle Jeanne, après avoir été instruite des vérités de notre sainte religion a fait volontairement abjuration de l’hérésie de Calvin dans laquelle elle est née et a fait publiquement profession de foi catholique, apostolique et romaine dans l’Hôtel Dieu de cette ville où elle est détenue pour cause de maladie dans la salle des femmes fiévreuses lit n° 51 dans les mains de Jérôme Géraud Parra prêtre économe du dit Hôtel Dieu qu’il lui a donné l’absolution de l’hérésie après en avoir obtenu le pouvoir par écrit de Monseigneur l’archevêque de Lyon en présence de Messire Claude Mallaval, prêtre servant les pauvres du dit Hôtel Dieu dans la domination des sacrements qui a signé avec le sus dit ….ou la dite Jeanne pour ne pouvoir à cause de sa maladie.

Parra prêtre économe

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1791 dans la Loire

Le curé de St Priest la Prugne termine son témoignage par l’année 1791.

AD42  vue 55 BMS 1789-1792   St Priest la Prugne

Vous vous rappellerez,  mon cher lecteur, du proverbe qui dit « qui nimium probat nihil probat ». J’avais annoncé dans mon dernier mémoire à la fin du registre de 1790 que je ferai voir dans celui-ci quelle sera la fin des débats de 1790 et du refus de serment mais nous sommes toujours aux prises sans espérance de voir encore sitôt la fin de nos guerres. C’est pourquoi je suis obligé de continuer à énoncer ce qui s’est passé de plus remarquable cette année 1791.

Pour d’une, revenir à l’histoire du refus de prestation de serment, il sera notoire que l’assemblée nationale, enfant d’un pouvoir souverain, déclara déchus, dépossédés de leurs bénéfices à charge d’âmes, tous les évêques, curés et autres ecclésiastiques de servant qui refuseraient de prêter le serment. Sur 133 évêques en France, quatre seulement le prêtèrent. Tous les autres, appuyés de l’autorité de notre saint père le pape qui n’approuvait pas cette constitution civile du clergé refusèrent et furent remplacés. Beaucoup de curés furent aussi remplacés pour la même cause. Là commença le schisme. L’unanimité des évêques de France, le pape à leur tête qui lança un bref comminatoire contre tous ceux du clergé de France qui avaient prêté le serment de maintenir la constitution du clergé ne se seraient rétractés dans quarante jours à compter du jour de sa fulmination et suspense de leurs fonctions, de leurs ordres.

Beaucoup se rétractèrent, plusieurs, au contraire, ne firent que s’en obstiner davantage. Dès lors, on vit dans plusieurs diocèses deux évêques et dans plusieurs cures et en grand nombre, deux curés. Chacun faisait bande à part. Le nombre des catholiques romains était en certains endroits fort nombreux et ils suivaient leur ancien pasteur. Dans d’autres paroisses, les anciens curés furent obligés de s’éloigner, pressés, insultés, persécutés par les agents du pouvoir civil. Dans d’autres, les curés catholiques romains, c’est-à-dire ceux qui refusèrent le serment ou se rétractèrent et s’attachèrent au parti du pape et des anciens évêques, se retirèrent tranquillement.

Les curés et autres ecclésiastiques constitutionnels étaient soutenus par l’autorité et la force publiques. Les curés et autres ecclésiastiques inconstitutionnels, c’était le nom qu’on donnait à ceux qui avaient épousé le parti du pape. Des évêques catholiques étaient en certains endroits soutenus par le peuple mais tourmentés par les administrateurs : procès verbal contre eux, décrets de prise de corps, mauvais traitements, insultes, prison, persécution, privés de tout revenu.

La rage ne s’exerça pas seulement sur les prêtres catholiques romains, c’est-à-dire qui tenaient au pape et à la chaire de St Pierre, elle se porta aussi sur les fidèles qui refusaient d’aller aux messes des prêtres constitutionnels et de recevoir d’eux les sacrements, crainte de participer à leur schisme. Des filles, des femmes, insultées, fustigées et même maltraitées par une espèce de gens qui se disaient patriotes et qui, à ce titre, se croyaient tout permis. On a vu des coups de fusil tirés sur des prêtres, d’autres se donner la mort, ceux tombés raides morts comme pour servir d’exemples à la race à venir. Enfin, un a été massacré au pied de l’autel au moment où il va dire la messe. Nous ne voyons pas encore au moment où j’écris d’apparence de paix. L’agiotage sur les assignats est porté à son comble et les vols deviennent de jour en jour plus célèbres et plus fréquents et tout impunément.

Curé Tissier

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1790 dans la Loire

 

Le curé de St Priest la Prugne poursuit son témoignage pour 1790.

AD42  vue 35  BMS 1789-1792   St Priest la Prugne

 

Continuation du mémoire soussigné au registre de 1789

Nous en étions restés à la formation des municipalités qui ont été formées beaucoup plus tranquillement et moins dangereusement qu’on l’espérait. D’abord quelques insultes de part et d’autre, des briques et cabales mais tout cela dans un temps d’effervescence ne méritait pas attention.

Les assemblées primaires ont été un peu plus mémorables. D’abord les ecclésiastiques n’y ont pas été bien reçus quoique ces assemblées se sont tenues dans des lieux consacrés au dieu de … La circonstance du lieu n’empêchait pas que le venin de l’iniquité ne s’installe : disputes, invectives, exécutions, humiliants coups de bâton, menaces de la mort, séditions et groupes de mains. Nous avons un peu respiré si on compte quelques faits éclatants répandus au loin dans le royaume jusqu’au mois de décembre qui a vu éclore un décret émané de l’assemblée nationale accompagné d’une constitution civile du clergé décrétée par l’assemblée qui sera à jamais mémorable dans les annales et fera l’étonnement de la postérité. Chacun en pensera ce qu’il voudra. Ce décret portait que les fonctionnaires (or on donna cette qualification à tous les prêtres de servant) prêteraient serment de maintenir la constitution sous peine d’être dépossédés de leur fonction. Ce fut là l’époque étonnante de la division générale parmi le clergé. Comme la constitution du clergé sabre bien des choses et sans forme de procès quantité d’ecclésiastiques – entre autre le haut clergé – s’y préjugèrent, beaucoup d’autres, servis de leurs goûts, le prêtèrent avec plaisir.

Dès lors, …. de part et d’autre, un mélange se fit : les laïques, les femmes, tout se mêla d’égaliser, de philosopher, le clergé d’…….. La terre fut couverte d’écrits les plus satiriques. Les plus impies étaient des mieux reçus et s’imprimaient, se publiaient ouvertement. Il y en avait de bons, de catholiques, mais ils n’étaient pas de saison. De là, les noms d’aristocrates qui se prononçaient également par la bouche du liquoreux comme du stupide, devinrent des dénominations insultantes. Le mot de citoyen rehaussait infiniment celui qui était qualifié, soit qu’il le fût en réalité ou non. Patriote était le superlatif et l’assemblage de toutes les bonnes qualités du temps. On verra quelle fut la fin de tout ce débat et du refus de prestation de serment.

En 1791, l’émission des assignats eut lieu à la fin de 1790. Le moment qui vit ouvrir la porte à cette espèce de monnaie la vit fermer à l’argent. Les guerres civiles en 1790 et 1791 n’eurent guère lieu qu’à Avignon et Carpentras. Les troupes n’étaient guère tranquilles non plus, soit par rapport à l’indocilité des soldats qui ne faisaient pas difficultés de répudier leurs officiers quand ils ne leur plaisaient pas et s’en donnaient d’autres, soit parce qu’on voulut exiger le serment des officiers de guerre qui pour la plupart y répugnaient.

Curé Tissier

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1789 à St Priest la Prugne (Loire)

Le curé de ce village avait manifestement l’intention de laisser un témoignage de ces années révolutionnaires.

AD42  vue 17  BMS 1789-1792   St Priest la Prugne

 

Mémoire intéressant de ce qui s’est passé tant dans la paroisse que dans le royaume de France.

C’est cette année 1789 qu’on a réédifié la voûte à canne de l’église de Saint Priest ; sous la direction des Sieurs Jean Garet, maréchal au bourg, Pierre Débatisse, village Combe, tous deux …. et Louis Tissier curé de la dite paroisse de Saint Priest.

J’ai observé, mon cher lecteur, et cela pour l’utilité de la postérité et la vôtre, j’ai observé et très attentivement qu’à compter depuis l’époque de 1783, on a vu des révolutions physiques qui ne furent que trop certainement les présages assurés de ce qui est arrivé en 1789.

D’abord on a aperçu dans la saison d’été de l’an 1783 et cela pendant plusieurs jours une rougeur sanguine au soleil, tout le moins à son lever jusqu’à neuf heures du matin et depuis les cinq ou six heures du soir et une grande partie de la nuit. Cette même rougeur reparaissait en sorte qu’on avait peine à reconnaître au milieu de ces signes effrayants cet astre qui jusque là avait présidé au jour.

De là, des inondations inouïes, des chaleurs excessives ; enfin, en 1789, l’hiver fut un prodige de surprise à tous les hommes qui purent se défendre des redoutables et mortelles influences tant il fut rigoureux. Beaucoup en sont péris. Les …. de sang, les maladies épidémiques et contagieuses devinrent générales, tant dans les plaines que sur les montagnes et encore plus dans les villes.

Chacun était dans l’admiration des événements futurs lorsque tout à coup et de toutes parts on vit arriver des révolutions générales dans le royaume. A l’occasion des assemblées des Etats Généraux qui se tinrent cette année 1789, on vit donc éclore des révoltes de part et d’autre. Les seigneurs ne trouvaient guère plus d’asile, assurés que dans la fuite ; les châteaux brûlaient avec les archives. Le moindre soupçon de trahir les intérêts des particuliers était plus que suffisant pour mériter de devenir une prompte victime des soupçonneurs sans forme de procès. Ils étaient pris et immolés à la fureur des turbulents. On vit établir à l’occasion des révoltes qui se tramaient de toute part, la loi martiale, loi cruelle mais nécessaire en ce temps.

Je serais presque infini. Je voulais, mon cher lecteur, vous faire un récit entier des tristes événements dont nous avons été témoins. Je me contenterai seulement de vous dire que la crainte et la frayeur avaient tellement saisi les esprits qu’on en a vu sortir les uns de leur foyer pour partir dans les bois, les autres ne pas se donner le temps d’emporter leurs victimes mais se levant brusquement de leur couche pauvre et tous hors d’eux-mêmes courir ça et là, annonçant partout l’effroi dont ils étaient saisis. Enfin l’on était dans le … et dans la frayeur.

Et nous en sommes encore là au commencement de l’année 1790. Nous dirons succinctement l’année prochaine si nous échappons aux périls, ce qui se sera passé à l’occasion de la formation des municipalités qui sont déjà appréhendées de tristes faits ce 17 février 1790.

Tissier, curé

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1791 : prêtres réfractaires à Chasselay

En 1790, paraît un décret obligeant les prêtres à prêter serment à la constitution. Ceux qui refusent sont dits « réfractaires » et encourent des sanctions.

AD69   Chasselay  BMS 1791   vue 8

 

Arrêté et paraphé le 17 juin, jour auquel je me suis vu obligé de quitter mes chers paroissiens. Déclarant néanmoins que je ne les quitte que comme contraint et désirant leur donner en partant une nouvelle preuve de ma fidélité, de mon zèle et de mon attachement, je consigne la présente déclaration dans le registre de baptêmes, mariages et enterrements :  des baptêmes pour renouveler à la face des saints autels ma profession de vivre et mourir dans la foi de l’église catholique, apostolique et romaine ; des mariages, pour cimenter de nouveau l’union que j’ai contractée avec mon église et à laquelle je serai fidèle jusqu’à la mort ; des enterrements pour me consoler devant Dieu de ce que mes cendres ne seront pas déposées dans le cimetière au milieu de celles de mon troupeau.

Condentia, bachelier de Sorbonne, curé de Chasselay et Leschères

Et moi, Claude Pradier, qui depuis plusieurs années exerce le divin ministère dans la paroisse de Chasselay, je déclare que c’est avec le regret le plus vif que je me vois contraint d’abandonner des paroissiens que j’aimais. Je désire de toute mon âme qu’un nouvel accord entre les lois de l’église et de l’état me mette à même de leur prouver de nouveau de vive voix combien je leur suis attaché.

Pradier, vicaire

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1791 : prêtre réfractaire à Roche

 

En 1790, paraît un décret obligeant les prêtres à prêter serment à la constitution. Ceux qui refusent sont dits « réfractaires » et encourent des sanctions.

 

AD38  Roche  BMS CC 1756-1792  Vue 240

 

Du 26 juin 1791, ayant appris par la voie publique et notamment par la lettre du Sieur Vuillet, vicaire de St Marcel, qu’il était nommé par les électeurs pour me remplacer pour la seule raison que j’avais ajouté à mon serment du 16 janvier qu’en qualité de chrétien et de prêtre , je voulais professer et enseigner la religion catholique, apostolique et romaine ; je déclare de nouveau de demeurer fidèle à la nation, à la loi et au roi et par conséquent de me conformer à tous les décrets de l’assemblée nationale sanctionnés par le roi pour ce qui regarde l’autorité temporelle et civile, que je mourrais plutôt que d’y être infidèle ; je déclare aussi que je serai toujours soumis et inviolablement attaché à l’autorité de l’église catholique, du vicaire de Jésus christ sur la terre et du premier pasteur de l’église de Vienne. En conséquence, pour le dit spirituel, je m’oppose à tout ce qu’on pourrait faire contre mes droits et ceux de l’église.

Etienne Fontanel

Depuis, ayant entendu lecture faite par Mr Payet, greffier de cette paroisse des provisions ou ablutions canoniques du 6ème feuillet, nous avons vu ce qu’il y a à voir, un faux énoncé car il y est dit que nous avons retraité notre serment ; nous défions qui que ce soit, soit officiers municipaux, soit … du directoire ou du département ou même l’assemblée nationale de donner des preuves de notre rétractation. Nous avons simplement assuré la confirmation de notre premier serment qui est celui de tout catholique. En conséquence, l’institution est nulle étant subreptice.

Ce jour, Etienne Fontanel

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