Hiver 1709 en Brionnais

AD71  Colombier en Brionnais  1703-1743    vue 13

 Dans l’année 1709, le fort de l’hiver se prit la veille des rois par une rigoureuse bise et par une forte gelée qui dura le reste du mois et davantage. Le froid fut si terrible et si cruel que les noyers, les châtaigniers, les cerisiers et quantité d’autres arbres moururent ; mais le plus grand mal fut que les froments et les seigles gelèrent en terre et se perdirent entièrement, ce qui causa une chère année qui n’a guère eu de semblable car la famine fut si grande que l’on fut contraint de manger pendant longtemps du pain de fougère et de gland, et que la cinquième partie du peuple mourut de faim, surtout les petits enfants.

Enfin, l’on ne peut se ressouvenir d’un si triste temps que les cheveux n’en hérissent, surtout quand l’on se remet devant les yeux, comme la faim avait défiguré le visage des pauvres qui étaient hideux et épouvantables à voir, qui jetaient sans cesse des cris dignes de compassion, et qui tombaient souvent morts par les chemins.

Dans la paroisse de Colombier qui est de 200 communiants tout au plus, on y fit depuis Pâques jusqu’à la St Martin 72 enterrements, les deux tiers de petits enfants.

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Nouveau-né abandonné

AD38   Corbelin   BMS 1748-1768   vue 45

 

En conséquence de la procédure faite par les officiers de la communauté de Faverges, et ayant été requis par iceux, j’ai inhumé dans le cimetière un garçon qui avait été exposé dans un four où l’on l’a trouvé mort, le dit garçon paraissait être âgé suivant l’interprétation du chirurgien duquel il doit avoir été fait mention dans la dite procédure, d’environ six jours, le garçon avait un billet sous lui qui dénotait qu’il avait été baptisé, et je l’ai donc enterré le vingt janvier mille sept cent cinquante deux, en présence d’Antoine Gautier qui a signé et d’Etienne Guicher, illettré.

 

Rabon, vicaire de Veyrins

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Enfants abandonnés

Les archives municipales de Lyon permettent l’accès aux registres des enfants délaissés ou abandonnés.

 

AMLyon  registre des enfants délaissés et abandonnés     La Charité  1771-1785

 

Messieurs les administrateurs ont encore reçu au nombre des enfants délaissés et abandonnés Pierre, Benoît et Catherine Pallabeau, trois des enfants légitimes de Jean Louis Pallabeau, affaneur et de Catherine Martin suivant leurs extraits de baptême, savoir celui de Pierre, du 2 septembre 1760, celui de Benoît du 20 juillet 1763 et celui de Catherine du 16 avril 1764, les trois extraits expédiés signés chacun Pinatel, vicaire de la paroisse de st Paul et après l’information faite par Mr Carrié Lieutenant de Messieurs les administrateurs qui a rapporté que les père et mère depuis quelques temps se sont absentés de la ville, ont abandonné leur domicile à leurs neuf enfants, savoir outre ceux-ci-dessus dénommés, Antoinette, âgée de quatorze ans, Jeanne Marie, âgée de douze ans passés et quatre autres qui ont été renvoyés pour être reçus en la même qualité d’enfants délaissés au grand Hôtel Dieu de cette ville, n’ayant pas l’âge requis pour être dans cet hôpital.

L’absence des dits père et mère est encore attesté par le certificat du 30 juillet dernier signé Chaix, capitaine du quartier du Change lequel certificat et les extraits de baptême ci-dessus énoncés ont été déposés dans les archives de cet hôpital et ont Mesdames et messieurs les administrateurs signé.

 

Note :

Le dit Pierre Pallabeau a été retiré par Joseph Martin, son oncle maternel, maître bourrelier demeurant rue Clermont ainsi qu’il le reconnaît et en décharge Mmrs les administrateurs.

A Lyon, le 23 octobre 1771

 

Autres exemples :

 

…. Le père étant décédé le 11 août dernier, ….. la mère a depuis quelques temps abandonné son domicile et ses dix enfants ……

 

…. Les père et mère depuis environ trois mois se sont absentés de la ville et ont abandonné leur domicile et leur enfant qui en est resté à la charge des voisins qui ne peuvent plus en prendre soin ….

 

… la mère étant décédée le 27 février de la présente année, ………, le père depuis quelques temps s’est absenté de la ville, a abandonné ses douze enfants qui sont restés à la charge de Thomas Bory, son père chez lequel il demeurait qui se trouve aussi hors d’état étant donné son grand âge et sa misère de garder tous les enfants dont l’aînée Françoise, âgée de douze ans, a été mise en apprentissage par Mr le curé d’Ainay …………..

 

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Mortalité des enfants en nourrice

Nombreux étaient les enfants de la ville en nourrice à la campagne ; nombreux aussi à mourir en bas âge. En quelques pages de registres, le bilan est déjà bien lourd.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 93 (curé Robion)

 

Le 27 septembre 1747  a été enterré Jean-Claude, mort en nourrice chez Pierre Vigny, âgé de deux ans, fils légitime de Jean Baptiste Pignière, satinaire à Lyon.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 184 (curé Fontanel)

 

Le 1er août 1758 a été inhumé un enfant nommé Mathieu, âgé d’environ 3 mois, fils de Sr André Trabaud, maître ferblantier rue Pêcherie à Lyon, ainsi que me l’a déclaré Claudine Martelat, veuve de Jean Piolat, sa nourrice.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 192

 

Marie Gabrielle, fille de Sr Jean Etienne Petiot, fabricant en étoffes d’or et d’argent, de Lyon, nourrie par la femme de Benoît Guigoz, maréchal de ce lieu, âgée d’environ 9 mois, décédée hier, a été inhumée dans le cimetière le vingt-troisième septembre 1759, ainsi je le certifie.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 194

 

Le douzième mars 1760 a été inhumée dans le cimetière une fille âgée d’environ cinq semaines du nommé Jacques Morin, serrurier rue Bourgchanin à Lyon et de Marie Guiliomine mariée, au col de laquelle était une médaille ayant d’un côté le numéro 1866 et de l’autre l’inscription « enfant légitime de Lyon » ; la dite fille décédée hier en cette paroisse, hameau du Revollet où elle était nourrie par la femme de Claude Berger ; ainsi je le certifie.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 198

 

Le vingt-troisième juillet 1760 a été inhumé dans le cimetière un garçon de Me Réginaud, maître satinaire, Grande Rue à Lyon, lequel était nourri par la femme de Jean Canel depuis environ deux mois ; ainsi je le certifie.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 201

 

Le cinquième avril 1761 a été inhumé dans le cimetière un enfant mâle du nommé Eutrope Giraud, cordonnier rue Thomassin à Lyon, âgé d’une semaine, ayant au col un plomb avec l’inscription « enfant légitime de Lyon » et sur le revers le numéro 9888, lequel était allaité par la femme de François Guillermin de la Grande Forêt ; ainsi je le certifie.

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La mortalité infantile

La mortalité infantile était très importante au 18ème siècle :

– un enfant sur quatre mourait avant 1 an.

– un enfant sur quatre mourait avant d’avoir 10 ans.

Seulement un enfant sur deux parvenait à l’âge adulte.

 

Statistiquement, il fallait quatre enfants pour assurer le remplacement de la population et davantage pour un accroissement. Les maternités étaient souvent très nombreuses et l’importance donnée à l’enfant moindre.

La mortalité infantile très élevée était due à un manque absolu d’hygiène et à une grande misère, des conditions de vie très dures et de nombreuses épidémies.

Les bébés étaient souvent laissés seuls pendant les travaux des champs. L’hiver, ils dormaient dans un lit commun et mouraient parfois étouffés. Il y a eu d’ailleurs une interdiction devant ce fait assez répandu.

La mort d’un enfant n’était pas considérée comme une perte irréparable et on pouvait donner le même prénom que celui de l’enfant disparu à un ou deux autres enfants nés ultérieurement.

Les infanticides n’étaient pas rares, notamment pour des enfants illégitimes ou malades.

L’abandon était considéré comme moins grave que l’infanticide. On les abandonnait dans la forêt puis au fur et à mesure on les laissait aux portes des églises et des institutions religieuses.

L’infanticide était en régression et les abandons se multipliaient. Au 17ème siècle, il y a eu      33 000 abandons d’enfants. L’église ouvrit alors des hospices pour accueillir tous ces enfants qui étaient parfois déposés devant la porte : les « tourniquets » permettaient de laisser l’enfant de manière anonyme.

A Lyon, la Charité et l’Hôtel-Dieu accueillaient des enfants malades ou non. La mortalité y était démentielle.

Une forme déguisée d’abandon était le recours à une nourrice. En milieu bourgeois, les nourrices étaient soigneusement choisies et vivaient dans la maison. En milieu pauvre et urbain, le père cherchait une nourrice à la campagne. Les contrôles n’étaient pas rigoureux.

Déjà, le voyage en charrette pour conduire le nouveau-né chez la nourrice comportait de grands risques (chutes, chocs, intempéries) et entre 5 et 15% perdaient la vie au cours du transport.

Les nourrices n’étaient pas toujours payées régulièrement et l’enfant était délaissé. Une forte mortalité était constatée par défaut de soin, maladie, froid … On en trouve de multiples exemples dans les registres paroissiaux.

Dans la seconde moitié du 19ème siècle, la mortalité infantile augmenta de nouveau. L’industrialisation attirait les populations dans les villes et les épidémies, notamment le choléra, se répandirent. De nombreux décès subsistaient toujours chez les enfants placés en nourrice.

Il fallut attendre la fin du 19ème siècle, le développement de l’asepsie et une surveillance plus rigoureuse des enfants et des nourrices pour voir la diminution de la mortalité infantile. Ce phénomène ne fera alors que s’amplifier sauf lors d’épidémies particulièrement agressives.

 

Graphiques : Le premier n’a pas valeur statistique mais indicative. Il est basé sur les âges de décès connus des personnes de mon arbre (1000 individus). Il pourra être affiné si la base de données augmente de manière significative. Le second provient de L’Ined.

graphiquegraph_mortalite_infanti

 

 

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