Baignade décente

Archives départementales du Rhône

Lettre à Mr le Maire de La Guillotière caleçon

27/7/1830

La chaleur qui s’est manifestée depuis quelques jours a rendu nécessaire une plus grande surveillance pour empêcher les gens de se baigner et de se montrer nus sur les quais et sur les ponts. Je vous invite à donner aux commissaires de police de votre commune les instructions nécessaires et à leur recommander de veiller à ce que toutes les personnes qui se baignent soient pourvues de caleçons. Il paraît que cette mesure n’est pas suivie par le propriétaire des bains couverts situés en aval du pont Morand du côté des Brotteaux ; une foule d’individus se montrent nus hors de ces bains, de chaque côté et même jusqu’à l’entrée du pont. Plusieurs personnes se sont plaintes à ce sujet et je ne saurais trop appeler votre attention sur cet abus qui ne saurait au reste qu’être fort préjudiciable à votre commune, puisque, dit-on, plusieurs personnes annonçaient hier hautement qu’elles se verraient forcées de ne plus franchir le pont Morand pour soustraire leur femme et leurs enfants à un pareil scandale.

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Le pont Morand à Lyon

Ce fut le deuxième pont de Lyon qui a permis de relier le quartier des Brotteaux au centre ville.

Il a été construit en bois et fut achevé en 1774. Pour l’emprunter, il fallait s’acquitter d’un péage avec des tarifs très précis. On pourra constater que, dans ce barême, soit la formulation est maladroite, soit les conducteurs sont considérés comme les animaux qu’ils transportent !

 

pont morand en 1771pt1lmdpont morand

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Emeute au Collège de médecine

 

Le 27 novembre 1768, une rumeur populaire a déclenché une émeute au Collège de médecine de Lyon.

Ci-dessous, transcription d’une partie de la lettre adressée sans doute au Prévôt :

 

Monseigneur,
mutilations 2 1768 lyon

Sur un bruit populaire méchamment ou par indiscrétion répandu que le professeur d’anatomie attirait dans la salle de médecine des enfants vivants pour les y disséquer, le peuple s’est assemblé tumultueusement à la porte du collège placé dans l’enceinte de celui de MMrs de l’Oratoire emutilations 1768 lyont n’écoutant dans sa fureur ni raison ni représentation, a forcé les portes, pillé, enlevé et brûlé tout ce qui pouvait y être renfermé. Je m’y suis transporté sur le champ avec Mr l’Intendant où nous l’avons harangué inutilement pour apaiser cette licence, mais les anciens corps disséqués et renfermés dans les armoires du collège de médecine ont tellement excité la vengeance qu’ils ont mis le feu non seulement à ce que cette salle renfermait mais encore à une porte au-dessous de la bibliothèque célèbre du Collège des anciens Jésuites. Voyant alors Mgr que la force seule pouvait arrêter les séditieux, j’ai chargé MM les officiers de l’Etat major et les officiers des Compagnies de se mettre à la tête ….

 

Pour plus de détails, on peut lire une BD (Les rues de Lyon n°21 ; Le sang des carabins) et un article en suivant les liens indiqués.

 

http://fr.calameo.com/books/004480607d94d48dc3656

 

https://books.google.fr/books?id=0N44AAAAIAAJ&pg=PA436&lpg=PA436&dq=lyon+1768+%C3%A9meute+au+coll%C3%A8ge+de+m%C3%A9decine&source=bl&ots=I4IQoDJwbS&sig=e0StdONQwXY_QR9CfjFDkdwRGt8&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwi0rPOn_6rSAhWLLcAKHZPRDBc4ChDoAQghMAI#v=onepage&q=lyon%201768%20%C3%A9meute%20au%20coll%C3%A8ge%20de%20m%C3%A9decine&f=false

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Nos chers voisins

Archives  Départementales du Rhône  1685  cote BP 2905

Concurrence ?mes chers voisins

Du deuxième novembre 1685

Par devant nous se sont comparus Pierre Morial maître ouvrier en drap de soie de cette ville et Claudine Collon sa femme qui nous ont dit en se plaignant que le nommé Henry aussi maître ouvrier en drap de soie ayant conçu une haine toute particulière contre eux depuis quelques temps en ça aurait diverses fois menacé de les maltraiter comme de… . Il y a environ quinze ou seize jours dit à la dite Collon qu’elle était une putain, carrougue, qu’elle ne valait rien non plus que son mari, qu’il savait qu’elle sortait matin, qu’il l’attendrait et lui couperait le nez. Et ce jourd’hui environ sur onze heures du matin, tant le dit Henry que sa femme qui demeurent dans la même maison où ils habitent étant à leur fenêtre, il n’y a sorte d’injures qu’il n’ait proféré contre les dits plaignants, les traitant de voleurs, qu’ils mouillaient la soie du marchand, qu’ils étaient des faux témoins et en réitérant (?) toujours de dire que la dite Collon était une putain, qu’elle ne valait rien et qu’il lui couperait le nez ……………….

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Les cent jours

Le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan, près d’Antibes, avec 900 grenadiers, en provenance de l’île d’Elbe.

Confiné par les Alliés dans cette île pauvre de 230 km2, à peine peuplée de 12.000 habitants, l’ex-empereur des FraRoute-Napoleonnçais s’est refait une santé et a mis tout son génie au service de ses nouveaux sujets en s’appliquant à moderniser ses infrastructures. Mais il s’en lasse très vite. Ruminant son abdication forcée, il ne se satisfait pas de la souveraineté sur l’île et du titre d’Empereur qui lui a été généreusement laissé.

Il est aussi contrarié de ne pas recevoir la pension de 2 millions de livres promise par son successeur Louis XVIII et regrette l’absence de sa femme Marie-Louise et de son fils. Il a par ailleurs vent de rumeurs faisant état de son possible transfert sur un îlot beaucoup plus hostile, Sainte-Hélène !

 

Informé du mécontentement latent chez les paysans français et surtout les militaires, tenus à l’écart par le nouveau roi, rentré à Paris dans les fourgons des Alliés, Napoléon se convainc que les Français n’attendent que son retour et décide de s’enfuir.

Il profite de ce que le commandant anglais Campbell chargé de surveiller l’île est amoureux d’une Florentine et se rend fréquemment sur le continent. À la faveur de l’une de ces escapades à Livourne, il réquisitionne tous les navires de Portoferraio, capitale de l’île, et quitte celle-ci le 26 février 1815 à bord du brick L’Inconstant, accompagné de six autres bateaux. Échappant aux Anglais, la flotille gagne par surprise Golfe-Juan.

Évitant la Provence et la vallée du Rhône, qui se sont montrées hostiles à son égard lors de son transfert à l’île d’Elbe, l’année précédente, Napoléon emprunte la route des Alpes. Il reçoit le ralliement du 5ème de ligne à Laffrey, au sud de Grenoble, puis, à Auxerre, celui du maréchal Ney. Enfin, il peut remonter jusqu’à Paris et fait une entrée triomphale le 20 mars 1815 au palais des Tuileries, d’où s’est enfui le roi pas plus tard que la veille.

Mais cette équipée entamée à Golfe-Juan va durer à peine plus de trois mois avant de s’achever à Waterloo par une défaite militaire définitive, le 18 juin 1815. Les Cent-Jours vont aboutir à un deuxième traité de Paris, beaucoup plus dur que le précédent à l’égard de la France…

http://www.herodote.net/1er_mars_1815-evenement-18150301.php

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Débarquement de Napoléon en 1815

Archives départementales du Rhône

Lettre du Préfet du Rhône au sous-Préfet de Lyon le 6 mars 1815

Napoléon à Lyon

 

Monsieur le sous-Préfet, J’ai l’honneur de vous prévenir que le 1er de ce mois, Bonaparte a débarqué près de Cannes en Provence, à la tête de 12 à 1500 hommes et deux pièces de canon.

D’après les avis que j’ai reçus, il est arrivé le 2 à Séranon, le 3 à midi à Castellane et le lendemain à 8 heures du matin à Barrême. On craignait qu’il arrivât le 4au matin à Dignes où il se faisait précéder par un ordre de fournir 5000 rations de pain, de viande et de vin. Comme il est probable que de Dignes il se dirigera sur Gap, on a pris dans cette dernière ville les mesures nécessaires pour arrêter sa marche et donner le temps de réunir des troupes pour s’opposer à l’exécution de ses projets.

Il est vraisemblable, Monsieur le sous-Préfet, que la nouvelle de son débarquement et de sa marche se répandra aujourd’hui à Lyon et que demain elle se propagera dans les communes de votre arrondissement avec des détails plus ou moins exagérés. Il est donc urgent que vous preniez des mesures pour qu’elle ne trouble pas la tranquillité publique.

Recommandez en conséquence à tous les maires des communes de redoubler de zèle et de surveillance pour prévenir toute espèce d’attroupement et de tumulte, de porter la plus sévère attention sur tous les individus.

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Baptême d’un esclave affranchi

 

 

AMLyon   Ainay  BM 1781-1785  vue 200

 

 Camille Charles, chevalier de Fresne, Seigneur de La Verpillière, Gouverneur général de l’île Maurice et de Pondichéry, marié le 20 juin 1788 à Pondichéry avec Thomase de Solminihac, était vraisemblablement de retour à Lyon pour un séjour assez court.

L’île Maurice était appelée île de France et colonisée par les français de 1715 à 1810. Dès le début de la colonisation française à l’île de France (Maurice), surtout entre 1721 et 1735, quelques centaines (entre 400 et 600) d’esclaves en provenance du Sénégal et de la Guinée arrivèrent à l’île.

 

Camille Charles Marie dit Priam âgé d’environ vingt-deux ans, nègre affranchi par Messire de Fresne de La Verpillière, colonel du régiment de l’île de France en Asie, et actuellement à son service, né à la Côte de Guinée ainsi que son maître nous l’a déclaré, et transporté ensuite dans l’île de St Vincent, où mon dit Sieur de Fresne l’avait acheté, résidant depuis environ trois mois sur notre paroisse rue Ste Hélène à l’hôtel de Mre de La Verpillière, a été baptisé par moi Prévôt curé soussigné, le six juillet mil sept cent quatre-vingt quatre. Le parrain a été Messire Camille Charles Leclerc de Fresne de La Verpillière, sus dit Colonel du Régiment de l’île de France en Asie et la marraine Demoiselle Marie Charlotte Leclerc de La Verpillière, nièce du parrain, lesquels ont signé avec nous et non le baptisé pour ne savoir ainsi qu’il nous l’a déclaré ….

 

Charrier de la Roche, prévôt curé

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Revendications

AD69 Villeurbanne BMS 1779 vue 25

Les fièvres règnent toujours et accablent les habitants.

J’ai fait un baptême de la Ferrandière d’après les deux arrêts du parlement de Grenoble.

On a fait des mémoires dans plusieurs diocèses pour obtenir une augmentation de portion congrue.

Les curés du diocèse de Grenoble et sortant de celui de Vienne se sont distingués ; ceux-ci ont statué contre leurs archevêques une augmentation nécessaire et même le besoin de la destruction du casuel, leurs droits pour les cas réservés et la nomination de leurs vicaires.

J’ai fait bien des réparations, une partie du clos, une vigne renouvelée et toujours pour le bien public mille démarches pour faire réussir le chemin du pont Morand à l’église et de là par différentes paroisses jusqu’en Savoie. Tous mes devis pour le bien s’y portent au défrichement et au dessèchement des marais qui seuls causent la perte du pays.

L’archevêque de Lyon a réuni cette année par son crédit l’abbaye d’Ainay à son archevêché quoique déjà très riche.

Les Célestins de Lyon ont été sécularisés entièrement cette année avec 1500 livres de retraite. L’archevêque semble vouloir tous leurs biens comme les croyant célescistiques et qui valent plus de trois millions mais il vient de paraître des oppositions de la part du duc de Savoie fondateur de cette maison à qui ils ont été adjugés par arrêt du conseil.

Le couvent des Célestins de Lyon fut fondé en 1407 sur les bords de la Saône, à la suite de la donation de l’ancienne propriété des Templiers par Amédée VIII, comte puis duc de Savoie. A cet emplacement, les religieux édifièrent un couvent et une église, qu’ils occupèrent jusqu’en 1779.
En 1773, l’archevêque de Lyon visite les seize célestins de son diocèse. Les religieux acceptent alors une vie séculière en contrepartie d’une rente.

Le 30 septembre 1778, un bref du Pape Pie VI supprime l’ordre des célestins. L’archevêque de Lyon tente de réunir les biens des Célestins à son clergé. Après un long procès, en 1784, le roi Victor-Emmanuel III est reconnu héritier du comte de Savoie donateur du terrain au XVe siècle. Le monastère est vendu au promoteur André Devouges.

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Compléments d’information

L’anée :               Mesure de futaille (tonneaux de bois)

                            Anée du Mâconnais = 300 litres

                            Anée de l’Isère = entre 72 et 76 litres

                            Anée du Rhône = 93 litres

 

Une hommée :Terme rural. Quantité qu’un homme peut labourer en un jour ; travail d’une journée.

 

 

Venir à jubé : se soumettre

 

Nolo judicare quemquam : je ne veux juger personne

 

Utilisée pour certaines cérémonies, en particulier les processions, la chape est une sorte de grande cape sans manches, fermée devant par une agrafe, souvent décorée de broderies et d’incrustations.

Le rochet a presque la même forme que l’aube : mêmes manches, même corps mais s’arrêtant à la hauteur des genoux. L’extrémité des manches est généralement ornée de dentelles laissant apparaître une étoffe de la couleur des manches de la soutane : noire, violette, cramoisie ou rouge.

Une prébende désigne un revenu strictement attaché à un canonicat, charge ecclésiastique du chanoine. Par extension, le terme s’est peu à peu appliqué à tout revenu découlant d’une charge ou fonction rémunérée de façon forfaitaire. Le terme de prébendier, ou bénéficiaire d’une prébende, peut également désigner un ecclésiastique servant au-dessous du chanoine.

Un obit est un service fondé pour le repos de l’âme d’un mort. Par extension, c’est aussi ce que rapporte ce service.

 

Pour  avoir plus de renseignements sur le suicide de l’évêque de Grenoble, Hay de Bonteville, on peut consulter « Les mystères du Dauphiné » de Claude Muller pages 150 et suivantes.

http://books.google.fr

 

Riverieulx de la Ferrandière :

  • Charles (1669-1748), conseiller du roi en la sénéchaussée et siège présidial (tribunal de justice) de Lyon, meurt au château;
  • Claude (1701-1790), neveu du précédent, prévôt des marchands, épouse en 1731 Hélène Morel;
  • Claude Antoine (1733-1794), fils des précédents, banquier, épouse en 1779 Claudine Bertholon; il meurt victime de la Révolution;

 

Marie-Aimé Guillin-Dumontet au château de Poleymieux :

http://www.cerpi-officiel.be/Lieux/lieux-hantes-du-rhone.html

 

En1790, l’Assemblée voulut que cette première commémoration du 14 juillet 1789 soit la fête de la réconciliation et de l’unité de tous les Français. L’Assemblée s’inspira des fêtes civiques spontanées organisées çà et là dans les départements.

Fête de la Fédération de Lyon, le 30 mai 1790

Le 30 mai 1790, la municipalité de Lyon organise une grande fête civique : les 28 bataillons de la garde nationale de Lyon et des délégations des départements voisins défilent et s’assemblent dans le « Grand-Camp », à l’extérieur de la ville dans la plaine des Brotteaux, où l’on a construit pour l’occasion un temple de la Concorde et un rocher surmonté par une statue de la liberté portant d’une main une pique surmontée du bonnet phrygien et de l’autre une branche d’olivier. Un vaste public est spectateur. Une messe est célébrée par le curé de la paroisse Saint-Georges, l’abbé Benoît-Nizier Servier. Un serment de fidélité à la nation, à la loi et au roi est prononcé.

 

 

Les muscadins

Le terme de muscadin a longtemps désigné les commis de magasin lyonnais.

1789 fut marquée à Lyon par des émeutes contre les octrois. Pour les réprimer, le premier échevin Jacques Imbert-Colomès, qui dirigeait le Consulat en l’absence du Prévôt Tolozan de Monfort, fit appel à la troupe de ligne. Il ressentit également le besoin de former une milice à sa main dans laquelle il invita à s’enrôler les « bons citoyens », sous entendu les fils de familles nobles ou bourgeoises. Pour abonder cette troupe qui sans cela n’aurait peut être pas été assez nombreuse, on y recruta également ceux qui étaient les fidèles serviteurs de la plupart des grandes familles lyonnaises : les commis. Ce que voyant, le peuple de Lyon fit passer le sobriquet de muscadin sur les épaules de l’ensemble de cette nouvelle troupe.

http://lespetitslyonnais.hautetfort.com/archive/2011/08/07/le-siege-de-lyon.html

http://muscadins.com/muscadin.htm

 

Histoire de Villeurbanne :   http://www.viva-interactif.com

 

 

 

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1788 à Villeurbanne

AD69   Villeurbanne   BMS 1788   vues 17 à 19

 

La récolte de grains a été très médiocre à cause de l’hiver qui a été trop pluvieux et qui a pourri le grain. Il y eut peu de froid. Celle en vin a été fort abondante et de très bonne qualité. Le prix de l’anée est de dix, douze et quinze. Celle du bled est de 36, 38, 40.

 

Il y a eu cette année dans le royaume de grandes révolutions. Mr de Calonne, contrôleur général des finances pendant les cinq ou six ans de gestion, avait achevé de ruiner la France. Ne sachant comment se procurer de l’argent, il a demandé au roi la convocation des notables de son royaume. Mr Tolozan, commandant de Lyon, a été le député de la ville. Cette respectable assemblée s’est passée en beaux compliments et en beaux discours. Le seul bien  qu’elle a opéré est la disgrâce de Mr de Calonne et la convocation des Etats Généraux qu’elle a demandée.

Le roi a donné sa place à Mr de Brienne, archevêque de Toulouse et puis de Sens et l’a nommé son principal ministre. Les sceaux ont été donnés à Mr Delamoignon, avocat général au parlement de Paris. Ces deux ministres qui s’entendaient comme deux larrons en foire, ont bouleversé toute la France. Ne pouvant obtenir des parlements l’enregistrement nécessaire à leurs édits, ils ont voulu les détruire et les remplacer par des grands baillages. Ils ont fait enregistrer militairement l’édit portant création des grands baillages, ce qui a occasionné plusieurs émeutes dans les villes de parlement, entre autres à Grenoble.

Le 8 mai, le peuple de la ville et de la campagne s’est réuni, est allé chez Mr Clermont-Tonnerre, menaçant de lui couper le col s’il exécutait les ordres et n’a pas voulu laisser sortir les membres exilés qui se sont rendus cependant quelques jours après dans leurs terres. On accablait les troupes à coups de pierre. Il y a eu quelques personnes de blessées de part et d’autre. Mr De Vaux qui a fait la conquête de la Corse a été envoyé pour apaiser les troubles. Sa présence a tout pacifié. Il est mort quelques jours après à 78 ans.

Enfin le roi a renvoyé ses deux ministres au souhait général de toute la nation qui a demandé Mr Necker cet homme universel qui avait déjà été contrôleur général mais qui n’avait pu tenir parce qu’il aimait trop à faire le bien. Autant il a été applaudi et regardé comme un vrai restaurateur, autant les deux autres ont été bafoués. Le peuple les a brûlés en effigie en différents endroits. On ne savait assez sa joie de leur disgrâce.

Beaucoup de petites villes avaient accepté de grands baillages, Valence, Lyon, surtout parce qu’il est indigne qu’on soit obligé d’aller plaider à 100 lieues mais ils ne seront pas à s’en repentir. Nombre de parlements trouveront bien des occasions pour les mortifier.

Tous les parlements sont rentrés dans le courant de septembre, quelques uns plus tard. Le peuple leur a fait beaucoup de fêtes jusqu’à illuminer.

La province a obtenu un arrêt pour la convocation des Etats. Chaque communauté du baillage de Vienne a nommé un député qui s’est rendu à Bourgoin le dernier dimanche de novembre pour nommer les députés de l’assemblée qui s’est tenue à Romans. La noblesse s’est rendue à Vienne pour nommer les siens et le clergé pareillement, un par chaque archiprêtre. Le curé de Villeurbanne, comme seul des suburbes, s’est rendu à Vienne et a voté avec les autres sur les observations que Mres les grands vicaires ont voulu faire. Mrs le curés, ses chers confrères, ont pris la parole d’après les bonnes raisons que le Père Dechastelin donnait et ont décrété qu’il paraîtrait à toutes les assemblées jusqu’à ce que les Etats en aient décidé autrement. Le 20 décembre, il a fallu se rendre de nouveau à Vienne pour nommer des nouveaux députés, le même nombre que la 1ère fois, 144 sur tout 288, moitié du Tiers-Etat. Tous ces députés devaient se trouver à Romans le 29 pour nommer tous ensemble les députés aux Etats généraux. On a nommé 12 pour le Tiers-Etat, 8 pour la noblesse et 4 pour le clergé ! Les pauvres curés ont eu beau faire, ils n’ont pas pu en avoir un. Monsieur l’archevêque de Vienne, deux chanoines, grands vicaires de Vienne, Dolomieu et St Albin, doyen de St Maurice et un autre chanoine, ce qui prouve qu’ils ont beaucoup brigué. Je ne sais comment on a pu nommer des êtres aussi inutiles que ceux-là. Mais d’après les lettres de convocation, on croit que toutes ces nominations n’auront pas lieu et qu’on se rassemblera de nouveau. C’est le vœu général.

L’évêque de Grenoble a été trouvé mort dans son palais d’un coup de fusil qu’il s’est, dit-on, tiré lui-même. On avait découvert sa correspondance avec Mr de Brienne, le principal ministre. On a bien voulu chercher à pallier sa mort. Quoi qu’il en soit, c’est un grand scandale pour la religion.

L’archevêque de Lyon, Malvin de Montazet, est mort à Paris dans son abbaye de St Victor dans le mois de mai, âgé de 77 ans. C’était un prélat rempli de lumières, mais plus encore de politique. Il n’a pas été beaucoup regretté de Lyon où il avait fait beaucoup de changements, surtout dans les séminaires. On ne le voyait que 3 à 4 fois dans l’année dans son diocèse. Mr de Marbeuf, évêque d’Autun, comte de Lyon, lui a succédé. Nous n’avons eu encore le bonheur de le posséder tant le diocèse a applaudi avec juste raison en apprenant sa promotion. La feuille des bénéfices qu’il a depuis longtemps qu’il est aimé à la cour, qu’il est riche et par conséquent qu’il fera beaucoup de bien à la ville de Lyon qui éprouve de grandes misères, à cause de la cessation du travail.

Il y a eu une visite dans cette paroisse de Mrs de Sarept suffragant et de Castillon grand vicaire dans le mois de juin relativement à la difficulté entre les habitants et le curé qui ne veut pas que l’on enterre dans la partie qui est au nord de l’église parce que c’est devant la cure et que d’ailleurs c’est le passage pour aller à l’église. Il observe aux habitants que le cimetière est trop petit pour la paroisse qui s’agrandit tous les jours, qu’il serait à propos de le transporter ailleurs. Le curé leur donne la terre de l’inviolata si cela leur fait plaisir. Mais la visite de Mr l’évêque a tout pacifié parce que le curé a donné à ses habitants plus qu’ils ne demandaient. On est demeuré d’accord dans le procès verbal que le curé prendrait cette petite portion de terrain qui est au nord de l’église et qui touche son petit jardin et qu’en place il céderait tout son petit jardin qui est au midi de l’église pour l’agrandissement du cimetière, ce qui fait trois fois plus de terrain et que les habitants feraient à leurs frais un mur de clôture à prendre depuis l’angle de l’église jusqu’au chemin. Tout le monde s’est retiré en paix. Mais tout cela n’est pas encore exécuté ni près de l’être. Les choses sont dans le même état et, selon toute apparence, y resteront longtemps. L’agrandissement de l’église a aussi été arrêté mais on n’en parle plus quoique ce soit une chose indispensable.

 

Ora pro rectore

 

Curé Dechastelin

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