AD01 Leaz BMS 1681-1697 vues 15 Ã 18
 Le 27 février 1692 je soussigné atteste et confesse qu’ayant ensépulturé honorable Benoît Brunet mon père bourgeois de Montreuil le 5 mai 1691 ayant satisfait à tous les devoirs funéraires mais comme il est mort beaucoup de personnes pendant la présente année et que ayant voulu satisfaire à la dévotion des parents des défunts soit aux messes de fondation je n’ai pu appliquer tous mes sacrifices pour le repos de l’âme de mon père et pendant six semaines on a oui un grand bruit dans la dite cure presque toutes les nuits et si vrai que mes neveux n’osant coucher seuls appelaient les voisins pour coucher de compagnie avec eux qui ont eu part de la peur causée par le bruit et moi certifiant étant dans le lit je me sentis roulé de part et d’autre dans le dit lit et comme lorsqu’on excite un dormant pour l’éveiller. Je criai Qui est là , une voix me répond en langue vulgaire Il est jour, je lève mon rideau et je réponds Il n’est pas vrai. Après quoi j’entends un bruit tout le long de ma chambre comme si on avait traîné un plein sac de blé ; je me lève promptement vais chercher partout, je ne trouve personne et c’était l’aube du jour et l’instant d’aller dire la sainte messe pour mon dit père et comme Madame Buffet vient à mourir, je fus occupé pendant une neuvaine pour elle et les bruits de la dite cure s’augmentaient le dit soir 27 février un mercredi des quatre temps à neuf heures du soir pendant un temps de pluies sans fin venant de voir un malade, le sieur Buffet de Lyon pour la confession, étant entré dans mon dit presbytère ayant fermé la porte à clé par derrière et allumé la lampe pour faire ma prière, j’entends un grand coup sur le plancher d’en haut en la chambre du dessus le pressoir au même moment j’entrai et soudain voilà un bruit si violent que douze batteurs de blé n’en auraient pas fait davantage. Le grenier me tombait dessus de tous côtés comme la grêle. Je crie Qui est là -haut, point de réponse ; je sors et passe par la grande chambre et entre dans la petite où je couche, le bruit continue, je criai plusieurs fois Qui est là -haut, répondez, que voulez-vous, et je n’eus aucune réponse. Je le presse et lui dis Répondez de la part de Dieu, que voulez-vous ; et pour lors j’entends une voix qui me répond d’un ton pitoyable et dolent hoy*.
Je lui demande pour une seconde fois Etes-vous en peine. Il me répond pour la seconde fois hoy et pour la 3ème Je vous promets parce que je prierai Dieu demain pour vous ; il me répond pour la dernière fois hoy et fit en même temps encore un bruit en se traînant par le dessus de la chambre et de peur que je ne fus trompé par quelqu’un, j’allai moi même au galetas par dessus tout avec ma lampe allumée que je n’avais point quittée et cherchai par tous les coins, je ne trouvai rien.
Tout le contenu ci dessus est véritable sans ajouter ni diminuer ; c’est un homme de cinquante ans qui parle, prêtre et curé qui ne voudrait pas conter des fables et le lendemain j’envoyai prendre les prêtres du voisinage pour prier pour le repos de l’âme de mon dit père ensuite de quoi nous n’avons oui aucun bruit.
Je certifie par foi et serment qu’il est véritable ce 29 février 1692.
Brunet, prêtre et curé
 *hoy : très certainement « oil » qui signifiait « oui »
