Le curé de Primarette a noté de multiples remarques et décrit de nombreux événements entre 1747 et 1764. Il aurait pu être élu Mr Météo car il donne d’innombrables détails sur le temps. Je n’en ai transcrit que quelques passages. J’ai d’autre part sélectionné certains écrits qui me paraissaient intéressants.
AD38 Primarette 1741-1764Â
1747
Le 31 mai, il arriva dans Revel deux compagnies de dragons habillés de rouge, vestes vertes du régiment de Brétillon qui se cantonnèrent au dit lieu pendant un mois. Ils taxèrent le foin à 30 sols le quintal et l’avoine à 30 sols le quartal quoique le foin eut été vendu ci-devant à 40 sols. Nota que l’avoine ayant manqué, les dragons furent contraints de faire manger le blé à leurs chevaux en le faisant tremper dans l’eau et payé 40 sols le quartal.
En août et septembre, grande quantité de fièvres et dysenterie ; grande mortalité à St Jean, Meyssies et Beaurepaire de même qu’en plusieurs autres lieux.
Les loups carnassiers ont dévoré trois enfants dans Primarette. On croit plus probablement que c’étaient des loups cerviers et le vulgaire soutient que ce sont des loups garous à qui les curés donnent permission de faire semblables chasses pour fournir aux verreries ; rien n’est capable de leur ôter cette crédulité.
1748
Cette année 1748, il y eu trois hivers différents par la tombée copieuse de neiges extrêmement froides venant de la bise, ce qui a fait une grande stérilité dans les blés en cette province et plusieurs autres.
Le froment s’est vendu cinq livres et dix sols le quartal, le seigle quatre livres et dix et ont même enchéri depuis la récolte.
Le vin a beaucoup diminué de prix depuis la St Jean et tel en avait refusé 25 sols qui l’offrait au mois d’août pour 15 sols.
Les boulangers ont vendu le pain quatre sols la livre et les bouchers quatre sols de la viande à Beaurepaire.
Les cabaretiers ont toujours vendu cinq à six sols le pot de vin jusqu’à la Toussaint : les vins nouveaux ont été préférés aux vieux par leur bonté et leur maturité. Les habitants de Primarette malgré leurs misères ont toujours rempli les cabarets surtout aux fêtes et dimanches, et plusieurs y ont passé des semaines entières, buvant et mangeant nuit et jour, ce qui en a réduit à la dernière misère une partie.
 1749
La misère de l’année précédente a toujours continué par la cherté du blé qui a coûté six livres le quartal du froment, quatre livres quinze sols le seigle, vingt-cinq sols l’avoine et 40 sols le blé noir. Beaucoup d’habitants de Primarette ont fait du pain tout l’hiver de ces deux espèces de grain soit séparément soit mélangés. Malgré cette disette, les cabarets ont toujours été pleins, fêtes et dimanches, d’ivrognes et de libertins.
Monseigneur l’Archevêque de Vienne, Jean d’Yse de Saléon, a fait une aumône de 40 livres aux pauvres de Primarette ; cette aumône fut distribuée par le curé à la porte de l’église en présence de notables de la paroisse le 9ème mars 1749.
Madame de Blanville envoya douze livres en aumône et le vingtième mars six livres qui furent distribuées aux plus nécessiteux de la paroisse : toutes lesquelles aumônes n’ont fait que des murmurateurs et des mécontents – ingratis servire nefas –
Tous les habitants de Primarette ont persévéré dans la folle croyance que le curé avait donné permission aux loups garous de dévorer les enfants jusque là qu’ils en députèrent deux pour en porter plainte à Mgr l’Archevêque qui écrivit au curé de l’informer plus particulièrement de ce désastre, ce qu’ayant fait, les deux députés passèrent dans l’esprit du prélat pour des malicieux et insensés et furent condamnés à demander pardon au curé publiquement la seconde fête de Pâques en présence de toute la paroisse.
L’hiver a été des plus doux, n’ayant fait que très peu de neige et environ huit jours de froid.
Le 25ème mars, une bise forte s’éleva pendant la nuit et fit geler quatre jours de suite.
Le 30 mars, jour des Rameaux, et le lendemain il tomba beaucoup de neige.
Depuis le 12 avril jusqu’au 1er mai, des pluies fréquentes et abondantes.
Le 15 mai, jour de l’Ascension, on alla en procession au Bois Maret pour bénir la croix dite de Bon Rencontre qu’on planta près la maison d’Etienne Goubet et on fit l’exorcisme contre les loups et autres bêtes féroces qui dévoraient les enfants. De là , on revint par le bois pour bénir la croix que Guillaume Peiron le tuilier avait plantée près de sa maison à l’entrée du bois, lieu dit le chemin des mulets,pour être préservé de ces animaux. On a nommé cette croix la croix d St Vincent.
Le 7ème juin, il tomba beaucoup de grêle en deça de Revel ; cette grêle survint sans tonnerre et sans orage, alors les raisins coulèrent beaucoup.
Dans ce temps là , on publia à Primarette et aux environs un monitoire* contre les contrebandiers.
*Lettre adressée par l’autorité ecclésiastique aux fidèles leur enjoignant, sous peine d’excommunication, de dénoncer tous les faits répréhensibles dont ils ont connaissance.
 1750
Le 3 février parut une grande clarté du côté du levant sur les sept heures du soir causée par un incendie arrivé dans la paroisse d’Izeaux où il brûla plusieurs maisons avec l’église.
Le 22ème mars, jour des Rameaux à dix heures du soir, quelques ivrognes et autres de la paroisse venant chercher un milicien absent qu’ils prétendaient s’être réfugié dans la maison curiale de Primarette ne furent pas bienvenus.
Le 1er août sur le soir, il plut si abondamment du côté de Saint Jean de Bournay et Saint Georges qu’il renversa tout dans la plaine de Moidieu, Estrablin, Pont-Evêque et Vienne où il périt grand nombre de personnes qui furent englouties dans ce déluge. Beaucoup de maisons, martinets¹, moulins et autres artifices² entièrement ruinés dont la perte et dégâts a été évaluée à trois millions.
¹Un martinet est un gros marteau à bascule, longtemps mu par l’énergie hydraulique d’un moulin à eau, et utilisé depuis le Moyen Age pour des productions diverses comme la fabrication du papier, du tan, du foulon, du chanvre, le forgeage du fer, le battage du cuivre. Le mot désigne aussi le bâtiment où il est installé.
²Bien qu’il soit écrit artifices, le mot édifice conviendrait mieux.
 1752
Le 19ème mars, dimanche de la passion, un loup emporta Marie Anne Bondrieux, âgée de trois ans, pendant la messe.
Belles vendanges commencées le 12ème octobre et finies le 27ème du même mois ; continuation de beau temps sans pluie qui a fait les vins violents.
Nota que cette année, il y a eu fort peu de maladies et de morts, grâces à Dieu, le vin bon partout et à bon marché, de même que le blé.
1753
Le 30 mars, Joseph Chautens dit Romanet fut trouvé mort dans l’étang des chèvres. La justice ordonna qu’il fût enseveli dans le cimetière de Primarette.
La petite vérole a régné à Pisieux, Revel, Primarette et les mois de juin et juillet ont été extrêmement chauds et secs jusqu’au 28 juillet qu’il plut abondamment.
Août :
On apprit au commencement de ce mois que Faneroz, Esparron, Fouilleux, marchands de Vienne avec St Just de Mépin s’étaient noyés au Pont du Saint Esprit en allant à la foire de Beaucaire.
Au mois de septembre, les rosiers, les buissons et quelques arbres fruitiers refleurirent comme au printemps, ce qui pronostiquait un grand hiver.
1755
Cette année a été fameuse par la prodigieuse quantité de chenilles et par les pirateries de Louis Mandrin, fameux capitaine des contrebandiers qui fut enfin exécuté à Valence le 26 mai. Toutes les relations et gazettes sont pleines de ses exploits.
Le 21 août, un camp de plaisir de 10000 hommes dressé autour de Valence et fut levé le 21 septembre.
(plutôt appelés camps de plaisance, ces endroits regroupaient les troupes au repos entre deux campagnes)
1756
Le 4ème juillet, jour de dimanche, vogue de Cours : Ferréol Pichon, dit Bonneton, maltraita rudement Antoine Guet, sergent de Revel, lui cassa un bras avec l’aubris ? de son fusil. Il y a eu procès contre le dit Pichon.
Le 30ème juillet à la minuit, deux voleurs entrèrent dans la cure de Primarette par la fenêtre qui vise contre le four dont ils forcèrent les barreaux de fer, pillèrent l’argent de la boîte et le mien, emportèrent de mes nippes et de celles de ma nièce, tout ce qu’ils voulurent ; ils étaient noircis par le visage et à pieds nus, armés l’un et l’autre de pistolets dont ils nous menaçaient en cas de résistance et un coup de pistolet contre la porte de la chambre ainsi qu’il est évident. On sait positivement que c’était les Peirieux de Moissieu dont le père aussi mauvais qu’eux retirait les voleries.
Le 6ème août, à deux heures après midi, un ouragan accompagné de grosses pluies, grêles et tonnerre, arracha de terre plusieurs arbres, ravagea les vignes, les jardins et emporta les tuiles de dessus les couverts avec une impétuosité étonnante.
Le 22ème décembre, les Peirieux, insignes voleurs, furent arrêtés à Serre et traduits dans les prisons de Vienne.
1757
Le 2ème février, je fus assigné pour déposer contre le vol des Peirieux qui avaient ravagé la cure de Primarette le 30ème juillet de l’année précédente.
Le 16ème février, Pierre Peirieux, voleur susdit, sortit des prisons de Vienne à deux heures après midi avec une dizaine d’autres malfaiteurs. Il fut repris près de Chanas le 10ème mars par Mr Prunet de Vienne. Le 14 du même, il fut conduit à Grenoble ave son père et un autre voleur.
L’onzième mai, le dit Pierre Peirieux fut rompu à Grenoble. Avant l’exécution, il se battit cruellement avec l’exécuteur et s’étrangla de lui-même au pilier de l’échafaud. Il ne voulut jamais souffrir aucun confesseur. Le 13 du dit mois, sa tête fut exposée à Primarette sur les quatre heures du soir près de la maison de Jean Bardin jouxte le chemin tendant de Revel à Court et l’autre tendant de l’église à Moissieu. Son père mourut en prison.
Grande guerre en Prusse, Pologne et Autriche ; le roi de Prusse battit les français et les autrichiens. Le cinquième novembre a vu une grande perte.
1758
Le 30 mai mercredi dans l’octave du Saint Sacrement, on bénit le bétail dans la terre des Châtilières pour le préserver du mal contagieux qui courait alors. Ce mal se manifestait à la langue du gros bétail par une vessie qui croissait chaque jour et qui leur coupait la langue si on n’y apportait rien de prompt, même en crevant et ratissant cette vessie avec une pièce d’argent et frottant la plaie avec sel, poivre et vinaigre.
Le 7ème novembre, un loup enragé venant du côté de Bossieu et Pommier fit beaucoup de ravages dans toute la route, tant à gens qu’à bêtes et fut assommé à coups de pierres dans la paroisse de Moissieu.
1759
Le 23 juin commença une grande pluie qui dura 30 heures en sorte que la vogue de St Sulpit fut de reste et la chapelle servit de retraite aux cabaretiers et aux ivrognes.
1761
Le 4 juillet, Mre Léonard de Blanville, lieutenant colonel du régiment de Bretagne fut emporté d’un coup de canon à la tête de 400 chasseurs qu’il commandait.
Le 16 novembre, on trouva une petite fille exposée sur le cimetière à nuit tombante.
1762
Depuis la Toussaint, on a beaucoup parlé de paix après sept ans de guerre qui n’a point été publiée.
Les troupes qui sont revenues d’Allemagne en qualité de troupes auxiliaires ont paru fort fatiguées et peu contentes de leurs campagnes.



