La gazette de Primarette

Le curé de Primarette a noté de multiples remarques et décrit de nombreux événements entre 1747 et 1764. Il aurait pu être élu Mr Météo car il donne d’innombrables détails sur le temps. Je n’en ai transcrit que quelques passages. J’ai d’autre part sélectionné certains écrits qui me paraissaient intéressants.

AD38  Primarette  1741-1764 

1747

Le 31 mai, il arriva dans Revel deux compagnies de dragons habillés de rouge, vestes vertes du régiment de Brétillon qui se cantonnèrent au dit lieu pendant un mois. Ils taxèrent le foin à 30 sols le quintal et l’avoine à 30 sols le quartal quoique le foin eut été vendu ci-devant à 40 sols. Nota que l’avoine ayant manqué, les dragons furent contraints de faire manger le blé à leurs chevaux en le faisant tremper dans l’eau et payé 40 sols le quartal.

En août et septembre, grande quantité de fièvres et dysenterie ; grande mortalité à St Jean, Meyssies et Beaurepaire de même qu’en plusieurs autres lieux.

Les loups carnassiers ont dévoré trois enfants dans Primarette. On croit plus probablement que c’étaient des loups cerviers et le vulgaire soutient que ce sont des loups garous à qui les curés donnent permission de faire semblables chasses pour fournir aux verreries ; rien n’est capable de leur ôter cette crédulité.

1748

Cette année 1748, il y eu trois hivers différents par la tombée copieuse de neiges extrêmement froides venant de la bise, ce qui a fait une grande stérilité dans les blés en cette province et plusieurs autres.

Le froment s’est vendu  cinq livres et dix sols le quartal, le seigle quatre livres et dix et ont  même enchéri depuis la récolte.

Le vin a beaucoup diminué de prix depuis la St Jean et tel en avait refusé 25 sols qui l’offrait au mois d’août pour 15 sols.

Les boulangers ont vendu le pain quatre sols la livre et les bouchers quatre sols de la viande à Beaurepaire.

Les cabaretiers ont toujours vendu cinq à six sols le pot de vin jusqu’à la Toussaint : les vins nouveaux ont été préférés aux vieux par leur bonté et leur maturité. Les habitants de Primarette malgré leurs misères ont toujours rempli les cabarets surtout aux fêtes et dimanches, et plusieurs y ont passé des semaines entières, buvant et mangeant nuit et jour, ce qui en a réduit à la dernière misère une partie.

 1749

La misère de l’année précédente a toujours continué par la cherté du blé qui a coûté six livres le quartal  du froment, quatre livres quinze sols le seigle, vingt-cinq sols l’avoine et 40 sols le blé noir. Beaucoup d’habitants de Primarette ont fait du pain tout l’hiver de ces deux espèces de grain soit séparément soit mélangés. Malgré cette disette, les cabarets ont toujours été pleins, fêtes et dimanches, d’ivrognes et de libertins.

Monseigneur l’Archevêque de Vienne, Jean d’Yse de Saléon, a fait une aumône de 40 livres aux pauvres de Primarette ; cette aumône fut distribuée par le curé à la porte de l’église en présence de notables de la paroisse le 9ème mars 1749.

Madame de Blanville envoya douze livres en aumône et le vingtième mars six livres qui furent distribuées aux plus nécessiteux de la paroisse : toutes lesquelles aumônes n’ont fait que des murmurateurs et des mécontents – ingratis servire nefas –

Tous les habitants de Primarette ont persévéré dans la folle croyance que le curé avait donné permission aux loups garous de dévorer les enfants jusque là qu’ils en députèrent deux pour en porter plainte à Mgr l’Archevêque qui écrivit au curé de l’informer plus particulièrement de ce désastre, ce qu’ayant fait, les deux députés passèrent dans l’esprit du prélat pour des malicieux et insensés et furent condamnés à demander pardon au curé publiquement la seconde fête de Pâques en présence de toute la paroisse.

L’hiver a été des plus doux, n’ayant fait que très peu de neige et environ huit jours de froid.

Le 25ème mars, une bise forte s’éleva pendant la nuit et fit geler quatre jours de suite.

Le 30 mars, jour des Rameaux, et le lendemain il tomba beaucoup de neige.

Depuis le 12 avril jusqu’au 1er mai, des pluies fréquentes et abondantes.

Le 15 mai, jour de l’Ascension, on alla en procession au Bois Maret pour bénir la croix dite de Bon Rencontre qu’on planta près la maison d’Etienne Goubet et on fit l’exorcisme contre les loups et autres bêtes féroces qui dévoraient les enfants. De là, on revint par le bois pour bénir la croix que Guillaume Peiron le tuilier avait plantée près de sa maison à l’entrée du bois, lieu dit le chemin des mulets,pour être préservé de ces animaux. On a nommé cette croix la croix d St Vincent.

Le 7ème juin, il tomba beaucoup de grêle en deça de Revel ; cette grêle survint sans tonnerre et sans orage, alors les raisins coulèrent beaucoup.

Dans ce temps là, on publia à Primarette et aux environs un monitoire* contre les contrebandiers.

*Lettre adressée par l’autorité ecclésiastique aux fidèles leur enjoignant, sous peine d’excommunication, de dénoncer tous les faits répréhensibles dont ils ont connaissance.

 1750

Le 3 février parut une grande clarté du côté du levant sur les sept heures du soir causée par un incendie arrivé dans la paroisse d’Izeaux où il brûla plusieurs maisons avec l’église.

Le 22ème mars, jour des Rameaux à dix heures du soir, quelques ivrognes et autres de la paroisse venant chercher un milicien absent qu’ils prétendaient s’être réfugié dans la maison curiale de Primarette ne furent pas bienvenus.

Le 1er août sur le soir, il plut si abondamment du côté de Saint Jean de Bournay et Saint Georges qu’il renversa tout dans la plaine de Moidieu, Estrablin, Pont-Evêque et Vienne où il périt grand nombre de personnes qui furent englouties dans ce déluge. Beaucoup de maisons, martinets¹, moulins et autres artifices² entièrement ruinés dont la perte et dégâts a été évaluée à trois millions.

¹Un martinet est un gros marteau à bascule, longtemps mu par l’énergie hydraulique d’un moulin à eau, et utilisé depuis le Moyen Age pour des productions diverses comme la fabrication du papier, du tan, du foulon, du chanvre, le forgeage du fer, le battage du cuivre. Le mot désigne aussi le bâtiment où il est installé.

²Bien qu’il soit écrit artifices, le mot édifice conviendrait mieux.

 1752

Le 19ème mars, dimanche de la passion, un loup emporta Marie Anne Bondrieux, âgée de trois ans, pendant la messe.

Belles vendanges commencées le 12ème octobre et finies le 27ème du même mois ; continuation de beau temps sans pluie qui a fait les vins violents.

Nota que cette année, il y a eu fort peu de maladies et de morts, grâces à Dieu, le vin bon partout et à bon marché, de même que le blé.

1753

Le 30 mars, Joseph Chautens dit Romanet fut trouvé mort dans l’étang des chèvres. La justice ordonna qu’il fût enseveli dans le cimetière de Primarette.

La petite vérole a régné à Pisieux, Revel, Primarette et les mois de juin et juillet ont été extrêmement chauds et secs jusqu’au 28 juillet qu’il plut abondamment.

Août :

On apprit au commencement de ce mois que Faneroz, Esparron, Fouilleux, marchands de Vienne avec St Just de Mépin s’étaient noyés au Pont du Saint Esprit en allant à la foire de Beaucaire.

Au mois de septembre, les rosiers, les buissons et quelques arbres fruitiers refleurirent comme au printemps, ce qui pronostiquait un grand hiver.

1755

Cette année a été fameuse par la prodigieuse quantité de chenilles et par les pirateries de Louis Mandrin, fameux capitaine des contrebandiers qui fut enfin exécuté à Valence le 26 mai. Toutes les relations et gazettes sont pleines de ses exploits.

Le 21 août, un camp de plaisir de 10000 hommes dressé autour de Valence et fut levé le 21 septembre.

(plutôt appelés camps de plaisance, ces endroits regroupaient les troupes au repos entre deux campagnes)

1756

Le 4ème juillet, jour de dimanche, vogue de Cours : Ferréol Pichon, dit Bonneton, maltraita rudement Antoine Guet, sergent de Revel, lui cassa un bras avec l’aubris ? de son fusil. Il y a eu procès contre le dit Pichon.

Le 30ème juillet à la minuit, deux voleurs entrèrent dans la cure de Primarette par la fenêtre qui vise contre le four dont ils forcèrent les barreaux de fer, pillèrent l’argent de la boîte et le mien, emportèrent de mes nippes et de celles de ma nièce, tout ce qu’ils voulurent ; ils étaient noircis par le visage et à pieds nus, armés l’un et l’autre de pistolets dont ils nous menaçaient en cas de résistance et un coup de pistolet contre la porte de la chambre ainsi qu’il est évident. On sait positivement que c’était les Peirieux de Moissieu dont le père aussi mauvais qu’eux retirait les voleries.

Le 6ème août, à deux heures après midi, un ouragan accompagné de grosses pluies, grêles et tonnerre, arracha de terre plusieurs arbres, ravagea les vignes, les jardins et emporta les tuiles de dessus les couverts avec une impétuosité étonnante.

Le 22ème décembre, les Peirieux, insignes voleurs, furent arrêtés à Serre et traduits dans les prisons de Vienne.

1757

Le 2ème février, je fus assigné pour déposer contre le vol des Peirieux qui avaient ravagé la cure de Primarette le 30ème juillet de l’année précédente.

Le 16ème février, Pierre Peirieux, voleur susdit, sortit des prisons de Vienne à deux heures après midi avec une dizaine d’autres malfaiteurs. Il fut repris près de Chanas le 10ème mars par Mr Prunet de Vienne. Le 14 du même, il fut conduit à Grenoble ave son père et un autre voleur.

L’onzième mai, le dit Pierre Peirieux fut rompu à Grenoble. Avant l’exécution, il se battit cruellement avec l’exécuteur et s’étrangla de lui-même au pilier de l’échafaud. Il ne voulut jamais souffrir aucun confesseur. Le 13 du dit mois, sa tête fut exposée à Primarette sur les quatre heures du soir près de la maison de Jean Bardin jouxte le chemin tendant de Revel à Court et l’autre tendant de l’église à Moissieu. Son père mourut en prison.

Grande guerre en Prusse, Pologne et Autriche ; le roi de Prusse battit les français et les autrichiens. Le cinquième novembre a vu une grande perte.

1758

Le 30 mai mercredi dans l’octave du Saint Sacrement, on bénit le bétail dans la terre des Châtilières pour le préserver du mal contagieux qui courait alors. Ce mal se manifestait à la langue du gros bétail par une vessie qui croissait chaque jour et qui leur coupait la langue si on n’y apportait rien de prompt, même en crevant et ratissant cette vessie avec une pièce d’argent et frottant la plaie avec sel, poivre et vinaigre.

Le 7ème novembre, un loup enragé venant du côté de Bossieu et Pommier fit beaucoup de ravages dans toute la route, tant à gens qu’à bêtes et fut assommé à coups de pierres dans la paroisse de Moissieu.

1759

Le 23 juin commença une grande pluie qui dura 30 heures en sorte que la vogue de St Sulpit fut de reste et la chapelle servit de retraite aux cabaretiers et aux ivrognes.

1761

Le 4 juillet, Mre Léonard de Blanville, lieutenant colonel du régiment de Bretagne fut emporté d’un coup de canon à la tête de 400 chasseurs qu’il commandait.

Le 16 novembre, on trouva une petite fille exposée sur le cimetière à nuit tombante.

1762

Depuis la Toussaint, on a beaucoup parlé de paix après sept ans de guerre qui n’a point été publiée.

Les troupes qui sont revenues d’Allemagne en qualité de troupes auxiliaires ont paru fort fatiguées et peu contentes de leurs campagnes.

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Baignade décente

Archives départementales du Rhône

Lettre à Mr le Maire de La Guillotière caleçon

27/7/1830

La chaleur qui s’est manifestée depuis quelques jours a rendu nécessaire une plus grande surveillance pour empêcher les gens de se baigner et de se montrer nus sur les quais et sur les ponts. Je vous invite à donner aux commissaires de police de votre commune les instructions nécessaires et à leur recommander de veiller à ce que toutes les personnes qui se baignent soient pourvues de caleçons. Il paraît que cette mesure n’est pas suivie par le propriétaire des bains couverts situés en aval du pont Morand du côté des Brotteaux ; une foule d’individus se montrent nus hors de ces bains, de chaque côté et même jusqu’à l’entrée du pont. Plusieurs personnes se sont plaintes à ce sujet et je ne saurais trop appeler votre attention sur cet abus qui ne saurait au reste qu’être fort préjudiciable à votre commune, puisque, dit-on, plusieurs personnes annonçaient hier hautement qu’elles se verraient forcées de ne plus franchir le pont Morand pour soustraire leur femme et leurs enfants à un pareil scandale.

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Le pont Morand à Lyon

Ce fut le deuxième pont de Lyon qui a permis de relier le quartier des Brotteaux au centre ville.

Il a été construit en bois et fut achevé en 1774. Pour l’emprunter, il fallait s’acquitter d’un péage avec des tarifs très précis. On pourra constater que, dans ce barême, soit la formulation est maladroite, soit les conducteurs sont considérés comme les animaux qu’ils transportent !

 

pont morand en 1771pt1lmdpont morand

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Hiver 1709 en Brionnais

AD71  Colombier en Brionnais  1703-1743    vue 13

 Dans l’année 1709, le fort de l’hiver se prit la veille des rois par une rigoureuse bise et par une forte gelée qui dura le reste du mois et davantage. Le froid fut si terrible et si cruel que les noyers, les châtaigniers, les cerisiers et quantité d’autres arbres moururent ; mais le plus grand mal fut que les froments et les seigles gelèrent en terre et se perdirent entièrement, ce qui causa une chère année qui n’a guère eu de semblable car la famine fut si grande que l’on fut contraint de manger pendant longtemps du pain de fougère et de gland, et que la cinquième partie du peuple mourut de faim, surtout les petits enfants.

Enfin, l’on ne peut se ressouvenir d’un si triste temps que les cheveux n’en hérissent, surtout quand l’on se remet devant les yeux, comme la faim avait défiguré le visage des pauvres qui étaient hideux et épouvantables à voir, qui jetaient sans cesse des cris dignes de compassion, et qui tombaient souvent morts par les chemins.

Dans la paroisse de Colombier qui est de 200 communiants tout au plus, on y fit depuis Pâques jusqu’à la St Martin 72 enterrements, les deux tiers de petits enfants.

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médecines naturelles

http://www.archives-numerisees.ain.fr/m/documents/view/37/n:50

 

 Les bonnes recettes d’un curé

Carnet de recettes du curé de Mollon, fin du 18è siècle – 200 J 394

 

Les Archives départementales ont fait tout récemment l’acquisition d’un carnet de recettes en tous genres : recettes médicinales, recettes de cuisine et recettes pratiques. Ce recueil manuscrit de 150 pages a été écrit par Léonard Burjoud, curé de la paroisse de Mollon (actuelle commune de Villieu-Loyes-Mollon), durant son exil à Waldbourg en Souabe, près du Lac de Constance.

Léonard Burjoud était titulaire de la cure de la paroisse Saint-Laurent de Mollon depuis le mois de février 1774. Les événements révolutionnaires l’ont contraint à prendre parti. Il s’est résigné à rester fidèle à sa foi ainsi qu’il l’écrit le 1er juin 1791 au district de Montluel pour demander que l’on raye son nom de la liste des prêtres jureurs : « je suis un des citoyens les plus soumis aux lois de ma patrie que j’aime, et à laquelle je suis inviolablement attaché ; mais en même temps, je confesse que je suis aussi très sincèrement attaché à la religion de mes Pères, c’est-à-dire à la Sainte Eglise catholique apostolique et romaine, que je me soumets de préférence à ses lois lorsqu’elles sont contrariées par celles des puissances temporelles. »

 

Plantes propres pour purifier le sang

Les deux espèces de scabieuses, la langue de loup, le verbascum ou bouillon blanc, la chicorée amère, surtout la racine, la primevère ou camedris ; faire une tisane de ces simples mélangées et en boire pendant huit ou quinze jours un verre une heure avant chaque repas. On peut y joindre la brunelle, la saponaire, la capucine, germandrée, iris de Florence, quintefeuille, la grande serpentaire, la véronique, sainfoin, le myrte, graines de navet.

 Pour éteindre le feu du ciel, versez dessus du lait de vache.

 Petite vérole : pour l’empêcher de rentrer

Mettez un fer percé, par exemple le fer d’une hache dont vous aurez ôté le manche, mettez-le, dis-je, sous la garde-paille du malade.

Pour guérir une inflammation extérieure, par exemple près des yeux

Mettez le blanc d’un œuf frais sur une assiette d’étain ; broyez-le ensuite avec une pierre d’alun de la grosseur du bout d’un petit doigt ; appliquez de suite l’emplâtre sur la partie enflammée.

 Yeux :

Remède éprouvé et efficace pour éclaircir la vue lorsqu’elle commence à s’affaiblir ou qu’une toile se forme sur les yeux.

Mettez une araignée vivante de la grosseur d’un petit pois dans la quantité de 2 ou 3 cuillerées d’huile d’olive superfine de l’espèce dont se servent les horlogers, laissez la mourir dans cette huile ; elle s’agite un moment, elle meurt, alors retirez la tout de suite ; trempez une plume dans la dite huile, faites en tomber une goute dans l’oeil affaibli, ou dans chaque oeil, s’ils sont tous les deux troublés. L’infirme souffrira des douleurs inexprimables pendant 5 à 6 minutes ; mais bientôt après, elles s’apaiseront entièrement et sa vue s’éclaircira presque subitement.

N.B. pendant les douleurs, il découle des yeux beaucoup d’humeurs qui font éternuer l’infirme, lequel doit s’empêcher cependant d’éternuer autant qu’il est possible. On peut réitérer le remède pendant trois jours, ce une fois chaque jour jusqu’à ce

que la vue soit parfaitement rétablie. Si la personne qui a la vue trouble est jeune ou enfant, il ne faut pas laisser tout à fait mourir l’araignée dans l’huile, mais la retirer après qu’elle s’est un peu agitée. On peut ensuite conserver cette huile dans une fiole bien bouchée.

Si un cheval par exemple a les yeux troubles, il faut faire mourir dans l’huile une grosse araignée mais 3 ou 4 personnes sont nécessaires pour contenir le cheval quoiqu’attaché et celle qui doit faire l’opération monte sur le cheval pour lui passer la plume imbibée d’huile dans les yeux en lui tenant la bouche levée le plus qu’il est possible. Le cheval fait alors des efforts terribles mais il recouvre la vue. Il faut réitérer l’opération 3 jours de suite s’il est nécessaire.

 Brûlure : pour la guérir

Suivant la largeur de la plaie, râpez une quantité suffisante de pommes de terre ; imbibez-les d’huile d’olive et appliquez-les à nu sur la brûlure. Dès que l’emplâtre commence à sécher, il faut en mettre un autre et ainsi de suite jusqu’à parfaite guérison.

 Douleurs ou points vagues de côté ou ailleurs

Même sur une femme enceinte, râpez une pleine assiette de pommes de terre, imbibez-les d’huile d’olive et appliquez-les ensuite tant soit peu chaudes sur le point ou la douleur ; renouvelez aussi l’emplâtre dès qu’il sera sec jusqu’à la fin de guérison. Si après l’application la douleur se faisait sentir ailleurs, il faudrait y appliquer une assiette de terre chaude.

NB : il faut mettre les pommes de terre râpées et imbibées d’huile dans un sac ou entre deux linges.

 Cors aux pieds

Prenez un morceau d’amadou, mettez-y le feu et brulez tout doucement le cor sans toucher les chairs aux environs ; brûlez le dit cor jusqu’à ce que la douleur parvienne à la racine ; recommencez le lendemain ; le cor jaunira et vous l’arracherez peu à peu.

 

 

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Querelles de voisinage

AD38 Veyrins BMS 1680-1742 vue 62

Le curé de Veyrins a eu de nombreux démélés avec ses paroissiens au sujet d’un chemin traversant ses terres et il juge bon d’informer ses successeurs de la situation.

 

Mes chers successeurs, je trace ici les raisons qui m’ont déterminé à faire condamner le chemin qui traversait le fonds obit et la basse-cour de la cure depuis les serves de Musy jusqu’à l’entrée du cimetière posée du côté du village de Veyrins.

1° Le sieur Musy du Molard Gabriel se jactait d’avoir acquis le passage par le sol et par la basse-cour de la cure. Cette jactance faite contre toute sorte de droit contre l’honneur, la probité et la vicinité annonçait le prix qu’il prétendait avoir sur les cures de Veyrins en les assujettissant à une servitude induée et la plus onéreuse qu’il puisse être.

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2° Les passants qui se multipliaient à l’infini pouvaient tuer, voler, incendier la grange, la cure et l’église ce qui serait arrivé plusieurs fois lors des fiançailles, des noces et le jour de la fête Dieu ne m’étais trouvé présent pour l’empêcher ; il était encore un autre danger évident, les ivrognes de Teppes, Mont Maurin, le Molard, de Chassin se retirant des cabarets de Veyrins partaient et se retiraient la nuit à toutes heures des torches de paille qui ont souvent failli incendier la grange.

Ce chemin ouvrait la porte aux voisins à venir voler le bois du curé ce qu’on m’a fait plusieurs fois et à porter les tonneaux déposés dans la basse-cour dans les serves Musy. Les bestiaux du voisinage étaient à tout instant dans la basse-cour et dans les pièces créées dans les marais défrichés et desséchés. Les chiens de toute la paroisse réunis à Veyrins se répandaient dans les récoltes du marais et surtout quand les chiennes étaient en folie. Les ânes du meunier Musy étaient journellement dans les ….. y provenant et causèrent des ravages étonnants la nuit ou le jour ; les chars et charrettes venaient contourner dans la cour ne se pouvant faire ailleurs à cause de son peu de largeur quand elles se rencontraient dans le susdit chemin. Les curés n’entendaient que les sottises des muletiers, charretiers et libertins la nuit et le jour.

Voilà en abrégé les principales raisons qui m’ont déterminé à le faire interdire aux habitants de Teppes, Mont Maurin, le Molard et Chassin, les plus intéressés à passer par lechemin. Melchior Musy à la tête de tous ces habitants vint renverser les clôtures faites sur le décret du Vibally qui a été confirmé par arrêt du 2 juillet 1780 rendu à Grenoble au rapport de Mr de Chalon commissaire à ce député, voyez l’arrêt dans son sac attaché à mes imprimés et à deux de Musy ayant égaré l’autre chez le procureur Allégret et Dubois procureur de Musy.

Quand j’aurais cent plumes, cent têtes et cent langues, je ne pourrais tracer toutes les impertinences que les gens de Veyrins, du Molard, de Mont Maurin, Teppes et Chassin ont vomi contre moi. Cela doit vous suffire pour ne jamais négliger de tenir barré entre la grange et le cimetière pour n’être plus exposé à tout ce que je trace ici, pour vous instruire de l’importance de cette négligence et des conséquences fâcheuses qui en résultent. Je l’ai éprouvé, vous devez m’en croire puisque j’écris ceci pour votre avantage et pour votre instruction ; enfin, les peines, les inquiétudes que cette affaire m’a données sont inouïes,

Après l’intimation de l’arrêt, ils sont venus encore renverser les clôtures, la nuit emporter le bois et le brûler. Ils ont fait ce train tous les dimanches et …… deux fois par jour.

Et malgré le roi et la justice, ils voulaient passer par ce chemin escarpé sur le sol obit qui doit être conservé tel qu’il a été donné par Claude Patricot par son testament du trois mai 1680.

fait ce 10 août 1780

 

Blanc, curé de Veyrins

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1788 à Villeurbanne

AD69   Villeurbanne   BMS 1788   vues 17 à 19

 

La récolte de grains a été très médiocre à cause de l’hiver qui a été trop pluvieux et qui a pourri le grain. Il y eut peu de froid. Celle en vin a été fort abondante et de très bonne qualité. Le prix de l’anée est de dix, douze et quinze. Celle du bled est de 36, 38, 40.

 

Il y a eu cette année dans le royaume de grandes révolutions. Mr de Calonne, contrôleur général des finances pendant les cinq ou six ans de gestion, avait achevé de ruiner la France. Ne sachant comment se procurer de l’argent, il a demandé au roi la convocation des notables de son royaume. Mr Tolozan, commandant de Lyon, a été le député de la ville. Cette respectable assemblée s’est passée en beaux compliments et en beaux discours. Le seul bien  qu’elle a opéré est la disgrâce de Mr de Calonne et la convocation des Etats Généraux qu’elle a demandée.

Le roi a donné sa place à Mr de Brienne, archevêque de Toulouse et puis de Sens et l’a nommé son principal ministre. Les sceaux ont été donnés à Mr Delamoignon, avocat général au parlement de Paris. Ces deux ministres qui s’entendaient comme deux larrons en foire, ont bouleversé toute la France. Ne pouvant obtenir des parlements l’enregistrement nécessaire à leurs édits, ils ont voulu les détruire et les remplacer par des grands baillages. Ils ont fait enregistrer militairement l’édit portant création des grands baillages, ce qui a occasionné plusieurs émeutes dans les villes de parlement, entre autres à Grenoble.

Le 8 mai, le peuple de la ville et de la campagne s’est réuni, est allé chez Mr Clermont-Tonnerre, menaçant de lui couper le col s’il exécutait les ordres et n’a pas voulu laisser sortir les membres exilés qui se sont rendus cependant quelques jours après dans leurs terres. On accablait les troupes à coups de pierre. Il y a eu quelques personnes de blessées de part et d’autre. Mr De Vaux qui a fait la conquête de la Corse a été envoyé pour apaiser les troubles. Sa présence a tout pacifié. Il est mort quelques jours après à 78 ans.

Enfin le roi a renvoyé ses deux ministres au souhait général de toute la nation qui a demandé Mr Necker cet homme universel qui avait déjà été contrôleur général mais qui n’avait pu tenir parce qu’il aimait trop à faire le bien. Autant il a été applaudi et regardé comme un vrai restaurateur, autant les deux autres ont été bafoués. Le peuple les a brûlés en effigie en différents endroits. On ne savait assez sa joie de leur disgrâce.

Beaucoup de petites villes avaient accepté de grands baillages, Valence, Lyon, surtout parce qu’il est indigne qu’on soit obligé d’aller plaider à 100 lieues mais ils ne seront pas à s’en repentir. Nombre de parlements trouveront bien des occasions pour les mortifier.

Tous les parlements sont rentrés dans le courant de septembre, quelques uns plus tard. Le peuple leur a fait beaucoup de fêtes jusqu’à illuminer.

La province a obtenu un arrêt pour la convocation des Etats. Chaque communauté du baillage de Vienne a nommé un député qui s’est rendu à Bourgoin le dernier dimanche de novembre pour nommer les députés de l’assemblée qui s’est tenue à Romans. La noblesse s’est rendue à Vienne pour nommer les siens et le clergé pareillement, un par chaque archiprêtre. Le curé de Villeurbanne, comme seul des suburbes, s’est rendu à Vienne et a voté avec les autres sur les observations que Mres les grands vicaires ont voulu faire. Mrs le curés, ses chers confrères, ont pris la parole d’après les bonnes raisons que le Père Dechastelin donnait et ont décrété qu’il paraîtrait à toutes les assemblées jusqu’à ce que les Etats en aient décidé autrement. Le 20 décembre, il a fallu se rendre de nouveau à Vienne pour nommer des nouveaux députés, le même nombre que la 1ère fois, 144 sur tout 288, moitié du Tiers-Etat. Tous ces députés devaient se trouver à Romans le 29 pour nommer tous ensemble les députés aux Etats généraux. On a nommé 12 pour le Tiers-Etat, 8 pour la noblesse et 4 pour le clergé ! Les pauvres curés ont eu beau faire, ils n’ont pas pu en avoir un. Monsieur l’archevêque de Vienne, deux chanoines, grands vicaires de Vienne, Dolomieu et St Albin, doyen de St Maurice et un autre chanoine, ce qui prouve qu’ils ont beaucoup brigué. Je ne sais comment on a pu nommer des êtres aussi inutiles que ceux-là. Mais d’après les lettres de convocation, on croit que toutes ces nominations n’auront pas lieu et qu’on se rassemblera de nouveau. C’est le vœu général.

L’évêque de Grenoble a été trouvé mort dans son palais d’un coup de fusil qu’il s’est, dit-on, tiré lui-même. On avait découvert sa correspondance avec Mr de Brienne, le principal ministre. On a bien voulu chercher à pallier sa mort. Quoi qu’il en soit, c’est un grand scandale pour la religion.

L’archevêque de Lyon, Malvin de Montazet, est mort à Paris dans son abbaye de St Victor dans le mois de mai, âgé de 77 ans. C’était un prélat rempli de lumières, mais plus encore de politique. Il n’a pas été beaucoup regretté de Lyon où il avait fait beaucoup de changements, surtout dans les séminaires. On ne le voyait que 3 à 4 fois dans l’année dans son diocèse. Mr de Marbeuf, évêque d’Autun, comte de Lyon, lui a succédé. Nous n’avons eu encore le bonheur de le posséder tant le diocèse a applaudi avec juste raison en apprenant sa promotion. La feuille des bénéfices qu’il a depuis longtemps qu’il est aimé à la cour, qu’il est riche et par conséquent qu’il fera beaucoup de bien à la ville de Lyon qui éprouve de grandes misères, à cause de la cessation du travail.

Il y a eu une visite dans cette paroisse de Mrs de Sarept suffragant et de Castillon grand vicaire dans le mois de juin relativement à la difficulté entre les habitants et le curé qui ne veut pas que l’on enterre dans la partie qui est au nord de l’église parce que c’est devant la cure et que d’ailleurs c’est le passage pour aller à l’église. Il observe aux habitants que le cimetière est trop petit pour la paroisse qui s’agrandit tous les jours, qu’il serait à propos de le transporter ailleurs. Le curé leur donne la terre de l’inviolata si cela leur fait plaisir. Mais la visite de Mr l’évêque a tout pacifié parce que le curé a donné à ses habitants plus qu’ils ne demandaient. On est demeuré d’accord dans le procès verbal que le curé prendrait cette petite portion de terrain qui est au nord de l’église et qui touche son petit jardin et qu’en place il céderait tout son petit jardin qui est au midi de l’église pour l’agrandissement du cimetière, ce qui fait trois fois plus de terrain et que les habitants feraient à leurs frais un mur de clôture à prendre depuis l’angle de l’église jusqu’au chemin. Tout le monde s’est retiré en paix. Mais tout cela n’est pas encore exécuté ni près de l’être. Les choses sont dans le même état et, selon toute apparence, y resteront longtemps. L’agrandissement de l’église a aussi été arrêté mais on n’en parle plus quoique ce soit une chose indispensable.

 

Ora pro rectore

 

Curé Dechastelin

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1789 à Villeurbanne

AD69   Villeurbanne  BMS 1789  vues 23 à 26

 

 

La récolte en « bled » a été fort abondante et malgré cela, le bled a été cher toute l’année à cause des accaparements et surtout des envois considérables en Allemagne qui était en guerre, avec la poste. A la fin de l’année, le bled a valu jusqu’à neuf livres dix le bichet. Les provinces de grain ne voulaient point permettre l’exportation. Plusieurs grandes villes, surtout Paris, ont été à la veille d’éprouver la famine.

La récolte en vin a été médiocre et le vin généralement mauvais. Il n’a pas été cher jusqu’à la St Jean, dix, douze et quinze l’anée, mais dans le courant de juillet, une petite révolte arrivée à Lyon parmi le peuple qui a brisé les barrières et chassé les commis a porté le prix à vingt et vingt-quatre l’anée parce qu’on n’a point payé d’entrée pendant cinq jours. Deux habitants de la paroisse de St Cyr au Mont d’Or ont été tués aux portes de Vaise. Ils se trouvèrent malheureusement les premiers et se moquèrent des représentations qu’on leur fit. Les portes furent fermées et on tira par le guichet. Le calme fut rétabli le lendemain par les troupes de ligne qui étaient arrivées et les entrées se perçurent.

 

L’hiver a été des plus longs et des plus rigoureux qu’on se rappelle. Il a commencé le 25 novembre, jour de Ste Catherine et a duré jusqu’au douze janvier. Les 27, 28 et 30 novembre ont été les jours les plus froids. Le thermomètre n’est pas descendu plus bas qu’en 1704 (1707 ?) mais le froid a duré plus longtemps. Heureusement qu’il y avait un peu de neige sur les bleds, ce qui les a garantis car il semblait après le dégel que la plupart avait péri. Le printemps a tout renouvelé, jamais aussi bonne récolte. Les vignes n’ont pas été de même. Dans le Beaujolais, Mâconnais et Bas Lyonnais, il y a eu beaucoup de gelées, ce qui a beaucoup contribué à la cherté du vin.

Les moulins ont cessé de moudre pendant près d’un mois. Encore quelques jours de plus, toutes les grandes villes étaient à la famine. Beaucoup de gibiers et d’oiseaux ont péri.

Tous les marronniers des environs de Lyon qui donnent à cette ville de si bons marrons ont péri en grande partie. On a passé longtemps sur le Rhône à ponts de glace. Elles avaient 14  pouces d’épaisseur. J’y ai passé deux fois avec la plus grande assurance vis-à-vis le grand collège. Toute la journée on ne voyait sur le Rhône que des amateurs patinant.

Enfin, le douze janvier, le dégel commença par un vent chaud et le 14 sur les 3 heures du soir, les glaces partirent. Le beau pont Morand résista à la fureur des glaces à part quelques petits dommages. Mais tous les bateaux, plates, frises, moulins furent fracassés ou coulés à fond à l’exception de trois moulins. Les glaces de la Saône ne partirent que quelques jours après et entraînèrent le pont Serin malgré toutes les précautions que la ville pût prendre. Ceux d’Ainay éprouvèrent de grands dommages. Il périt aussi une infinité de bateaux depuis Mâcon jusqu’à Lyon. Mr Rey, lieutenant de police, se distingua par son zèle, sa vigilance et surtout sa prévoyance à ce que personne ne pérît. Il avait soin de faire porter des secours partout où il apercevait du danger.

Nous eûmes à Villeurbanne un événement singulier. Le 14 janvier, jour du dégel à 6 heures du matin ; le Rhône du Velin s’annonça à grand bruit. Comme la terre était fortement gelée quand la neige tomba qui garantit nos bleds, dès qu’elle vint à fondre, elle ne put pas s’imbiber. Toutes les eaux de Genas et d’une partie de Bron se réunirent dans le vallon des Combes et formèrent au-dessous du jardin de la cure un torrent de six pieds-cubes d’eau sur 14 de large. Il passait au bas de Cusset, renversant une partie des écuries de Quentin, le mur de clôture du clos de Me Amblard, procureur fiscal, le fournier et loge de François Payet et aurait probablement renversé toutes les écuries de Me Quentin sans la précaution que j’eus de faire traîner de gros arbres entiers le long des bâtiments pour arrêter le torrent des eaux.

 

Sur les dix heures, après avoir fait l’office des petits morts, je vins revoir notre Rhône qui me parut augmenter de plus en plus, ce qui me donna des inquiétudes terribles sur la situation où se trouvait la veuve de Claude Garin. Le torrent semblait aller frapper en droite ligne contre la maison de cette jeune veuve qui était toute seule avec deux petits enfants et la servante. Déjà, elle avait lâché ses vaches. Mais pour elle, comment se sauver ?

Deux braves citoyens, Claude Gonon et Pierre Martin étaient allés à son secours avant que le torrent fût si considérable. Ils eurent la précaution de porter au grenier tout ce qu’ils purent, jusqu’à douze ruches d’abeilles qui étaient dans le jardin. Mais tout cela ne paraissait à l’abri que pour le moment car il semblait que la maison qui était en pisé ne devait pas résister longtemps aux vagues du torrent.

Croyant voir à chaque instant écrouler cette maison, je demandai le cheval du granger d’Amblard qui se trouva heureusement ferré à glaces et je passai le torrent dans un endroit fort large mais la difficulté était d’aborder chez cette pauvre veuve entourée d’eau de partout. Il fallait traverser en faisant un grand contour six fossés pleins d’eau. Je forçai un homme de Cusset en le menaçant de monter derrière moi pour me guider. Enfin nous arrivons près de la maison où était une petite élévation de fumier sur laquelle on avait apporté les enfants et quelques comestibles. J’encourageais mes hommes à sauver tout ce qu’ils pourraient. Pendant ce temps, je fis trois voyages par la même route que j’étais venu, emmenant la servante et les enfants et quelques petites denrées.

Quand toutes les ruches furent montées au grenier, je visitai si elles étaient bien arrangées, j’entrai dans la maison ayant de l’eau jusqu’aux cuisses. Mais on ne pouvait tenir longtemps, l’eau nous glaçait. André Chapolard, granger de Mr Nesme, qui était venu juste à la fin et dont le cheval n’était pas fatigué, prit la pauvre veuve derrière lui. Claude Gonon emmena sur sa petite jument Pierre Martin et moi mon conducteur. Tous ces braves gens se rendirent à la cure.

Après avoir changé de linge, je les fis bien chauffer et donner des restaurants dont ils avaient grand besoin. L’après dîner, je pris mon cheval ferré à glace et j’allai me promener  pour reconnaître l’origine du torrent. Je fus forcé de le passer dans plus de six endroits différents mais fort larges pour éviter tout danger. Je reconnus cependant mon imprudence quelques jours après, voyant dans beaucoup d’endroits des creux très profonds mais je dois rendre des actions de grâce à la providence qui veillait sur ma conservation.

Après avoir parcouru près d’une demi-lieue, je vis à n’en pas douter que toutes les eaux étaient produites par la fonte des neiges et qu’elles venaient en partie de Chassieu et Genas et un peu de Bron.

Le lendemain matin, après 24 heures, il était plus considérable et plus rapide que jamais. Les prés du village et les plaines de St Antoine étaient couverts d’eau, de manière qu’on pouvait facilement aller de Villeurbanne à Lyon par bateau. Plusieurs lyonnais vinrent à Villeurbanne pour savoir d’où pouvaient venir ces eaux. On croyait que c’était la rivière d’Ain qui franchissait le Rhône gelé et qui se jetait dans le Dauphiné. D’autres s’imaginaient que c’était une trombe d’eau qui était tombée sur Villeurbanne. Mais je désabusai tout le monde parce que j’avais vu et bien reconnu l’origine du torrent.

Toute la matinée fut employée à courir à cheval, à donner du secours aux uns, aux autres, à porter du pain à quelques personnes de Cusset qui, fermées par les eaux, ne pouvaient en venir chercher au village.

A midi, le torrent du Rhône du Velin comme nos gens l’appellent, alla toujours en diminuant jusqu’à minuit qu’il n’en passait pas une goutte, ce qui fait à peu près 42 heures qu’il a duré. Le lendemain, nous eûmes une journée superbe, le plus beau soleil. Chacun se croyait dans le printemps. Nous allâmes examiner tous les dégâts du torrent. Il avait creusé plus de six pieds tout le long de Quentin et entraîné des pierres de taille du mur d’Amblard à deux cents pas mais il avait respecté la maison de notre pauvre veuve. Beaucoup des murs de clôture renversés, des terres et des prés sablés mais personne ne périt.

 

Les Etats Généraux ayant été convoqués, chaque baillage a reçu des ordres pour nommer ses députés, le Tiers-Etat seul en nombre égal au clergé et à la noblesse. Comme le Dauphiné était un pays d’état, son assemblée fut tenue à Moirans où chaque député choisi dans son baillage fut rendu pour nommer aux Etats Généraux : 12 pour le Tiers Etat, 8 pour la noblesse, 4 pour le clergé. Mr l’Archevêque de Vienne, Lefranc de Pompignan, homme respectable et trois chanoines ont été députés. Le Dauphiné est la seule province de France qui n’ait point eu de curé aux Etats Généraux, ce qui n’est pas surprenant puisqu’à l’assemblée de Moirans, il n’y avait que deux curés par diocèse sur douze chanoines au moins qui ont été bien sûrs de réunir les voix pour eux. Au reste, quant il n’y aurait point eu de curés aux Etats Généraux, les choses en seraient peut-être mieux allées.

L’ouverture des Etats Généraux eut lieu le 4 mai mais les députés au nombre de 1200 s’y sont rendus chargés des cahiers de leurs commettants. Ceux qui ont vu cette ouverture prétendent qu’on ne pouvait rien voir de plus majestueux. Chaque ordre avait son costume. Le premier mois fut passé à discuter sur les droits de l’homme. On s’est beaucoup débattu sur la vision des pouvoirs. L’ordre de la noblesse voulait viser les siens. Le Tiers voulait que ce fût en commun. Enfin, après deux mois de débats, menaces, le tiers l’a emporté. Les trois ordres ont été réunis pour n’en faire plus qu’un depuis ce moment-là, ce qui a occasionné des illuminations dans toute la France pendant trois jours.

Le premier jour des illuminations, le peuple de Lyon dans son effervescence, a brûlé ou démoli les barrières des portes. Pendant cinq à six jours, on entrait toutes sortes de marchandises sans payer d’entrée, ce qui avait causé l’augmentation du prix du vin dont j’ai parlé plus haut. Dans la nuit du second jour, il est péri beaucoup de monde à Perrache parce qu’on voulait empêcher la démolition des bureaux. On eut la précaution de les jeter pendant la nuit dans le Rhône de manière qu’au jour le nombre de morts parût moins grand.

Le 12 juillet arriva à Paris la prise tant vantée de la Bastille. Les parisiens montrèrent tant d’intrépidité qu’avec des canons, ils en furent bientôt les maîtres. Le gouverneur tranquille dans sa chambre ne se doutait pas qu’on pût en venir à bout. On le traîna sur la place de grève où il fut pendu. Mr de Flesselles, ancien intendant de Lyon, pour lors prévôt de Paris, éprouva le même sort ainsi que Mrs Foulon et Berthier son gendre. Le peuple se mit à démolir la Bastille. Il en est venu à bout après plusieurs mois de travail.

Tout le monde arbora la cocarde nationale. Tout ecclésiastique qui paraissait en public sans l’avoir s’exposait aux injures du peuple. Pour ma tranquillité, je l’ai portée au chapeau près d’un mois.

Enfin, sur la fin de juillet, arriva dans toute la France, le même jour à la même heure, l’épouvante des brigands qui brûlaient les châteaux. Dans tous les villages, la frayeur s’était emparée de tous les esprits à un tel point qu’il est impossible de l’exprimer. Chacun se croyait perdu. Il y en a qui cachèrent leur argent et effets précieux. Les femmes allaient se cacher dans les églises demandant à se confesser. Combien qui passèrent une partie de la journée dans des chanvres. Partout on faisait courir qu’il arrivait dix mille hommes et dans le vrai, ce n’était que quelques brigands auxquels se réunissaient les mauvais sujets de chaque village pour incendier les châteaux des seigneurs.

Tous ceux des environs jusqu’à Meyzieu ont été en partie brûlés. Mais le fils du marquis de Leusse vint à toute bride chercher du secours à Lyon. Il emmena 9 dragons à cheval qui arrivèrent au moment où ces drôles après avoir brisé tous les meubles allaient mettre le feu. Ils furent dispersés dans la minute. On n’en put tuer que cinq mais dans la nuit, plus de cinquante jeunes volontaires de Lyon les vinrent poursuivre. On en fit un grand massacre dans les environs de la Balme près la chartreuse de Salette où ces gens s’étaient fait donner beaucoup d’argent. Le nombre des châteaux incendiés dans la France a été très considérable mais ce qui révolte, c’est qu’on croit que les ordres pour cette affreuse scène sont partis de plusieurs membres de l’Assemblée Nationale comme un moyen bien sûr pour réduire et faire venir à jubé la noblesse. Mais tirons le rideau là-dessus. Le temps nous découvrira dans la suite de semblables horreurs. Ayons toujours confiance à la Providence qui veille sur ses fidèles serviteurs.

Il n’arriva rien de fâcheux dans ma paroisse. On faisait courir le bruit qu’il y avait à la Guillotière des gens mal intentionnés qui voulaient venir brûler le château de la Ferrandière. Le respectable Mr de Riverieulx qui se reposait beaucoup sur moi me pria d’y aller coucher. Je le fis avec plaisir pendant huit jours et je dormais fort tranquillement parce que tout était si bien disposé que nous avions pu donner la chasse à plus de quarante brigands. Comme la famille craignait beaucoup, on envoya pendant quatre soirs coucher 9 soldats suisses. L’orage et les craintes disparurent et tout le monde fut tranquille.

Jamais on n’a tant vu de libelles.  C’est tout le monde qui veut se mêler d’écrire. On est inondé de journaux. Il y en a qui sont remplis de tant de mensonges et de faussetés que cela dégoûte de les lire et qu’on ne sait que croire. Mais espérons que nos sages représentants conduiront bien la barque.

 

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Fin 1789   curé Dechastelin

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1790 à Villeurbanne

AD69   Villeurbanne  BMS 1790  vues 22 à 24

 

Le bled a été extraordinairement cher. Il a valu presque toute l’année de 8 à 9 livres et demie le bichet. La récolte a été généralement très abondante, malgré cela le prix fut soutenu jusqu’au mois d’octobre qu’il a commencé à diminuer un peu. Il y a eu beaucoup d’accaparement et des envois dans l’étranger. Sans cela, le prix en aurait été modique parce que la France avait presque pour trois ans de bled. Le vin a valu depuis un louis jusqu’à 30 livres l’anée et le vieux s’est vendu 36 et même 40 livres l’anée. La récolte quoique médiocre l’a fait un peu diminuer mais à la foire des rois, le prix a été plus haut que jamais.

 

Le 7 février, il arriva à Lyon une révolte sérieuse qui heureusement n’eut pas de suites. Il s’était formé une compagnie de volontaires composée de jeunes gens de la ville qui montaient la garde tous les dimanches. Le peuple, poussé par des esprits turbulents et jaloux, les dispersa à coups de pierres sur les midi et demi près de la rue de l’Arsenal où ils allaient prendre leur poste. Il y en eut plusieurs qui furent cruellement martyrisés. On tira quelques coups de fusil qui tuèrent deux ou trois personnes du peuple mais aucun des jeunes gens qu’on appela muscadins n’est péri. Ils furent obligés de se tenir cachés pendant quelques temps pour éviter la fureur de la populace qui s’était emparée des armes de l’Arsenal. Sur le soir, le peuple furieux se transporta à l’Hôtel de Ville. Mr Imbert Colomès qui était commandant fut obligé de se sauver par des souterrains. On demandait sa tête à grands cris. Sans les suisses qui continrent ce peuple, il aurait été perdu. Il sortit de la ville dans la nuit pour se retirer à Bourg-en-Bresse où il fut fêté.

Un décret de l’Assemblée Nationale portant établissement d’une municipalité dans chaque ville et bourg du royaume, nous nous occupâmes de former celle de Villeurbanne dans le courant de février ; il fallut trois séances. Le curé présida l’assemblée d’une voix unanime. Le second tour de scrutin nous donna pour maire Me Etienne Debourg ; ensuite, on procéda à l’élection des municipaux et du procureur de la commune. Félix Petit fut procureur d’un commun accord ; Pierre Peyot, gendre de Bressiaud, Georges Garnier, Michel Robert, Joseph Buer et Nicolas Bouchet, tous les cinq officiers municipaux. On peut dire que l’on avait fait de bons choix pour la probité et la sagesse mais il aurait été à définir qu’il s’y trouvât un peu plus de lumières, surtout pour un commencement où tout le monde était bien novice. On choisit ensuite douze notables et un greffier, ce qui faisait 20 membres dont fut composée la municipalité de Villeurbanne.

Celle de Lyon eut pour maire Mr Palerne de Savy, gendre de Mr de Riverieulx, homme plein de mérites et de talents. Tout parut assez tranquille jusqu’au 1er mai que Lyon annonça une fédération pour le trente du mois. Tous les villages des environs s’occupèrent à former des gardes nationales. Celle de notre paroisse occasionna de grandes difficultés. On ne voulait former qu’une compagnie de cent hommes y compris les officiers et ne point admettre les locataires parce que disait-on, ils avaient assez de charges à parer et que d’ailleurs, ils étaient presque tous aubergistes, par conséquent trop occupés le dimanche à leurs affaires pour s’occuper de la garde qu’il était indispensable de faire ce jour-là dans la paroisse. Quoique ces raisons ne regardaient que leurs intérêts, ils les prirent en mauvaise part et crurent qu’on les méprisait. Aussi montrèrent-ils qu’ils avaient autant de patriotisme, de zèle et de courage que personne. En conséquence, ils convoquèrent une assemblée générale où ils cassèrent tout ce qui s’était fait la précédente.

On nomma pour commandant Mr Mermet, avocat domicilié depuis deux ans, Mr Decomberousse, capitaine de la 1ère division, Mr Nivon, capitaine de la 2ème, Mr Joannon, capitaine de la 7ème, Mr Christian Fr..tier, capitaine de la 4ème des Charpennes et Mr le curé aumonier de la troupe. Mr Mermet fit présent du drapeau que je bénis sur la place du Plâtre où on avait dressé un autel et où je célébrai le dimanche 30 mai.  Notre garde, ayant tous les officiers municipaux, se rendit à Lyon auprès des autres gardes nationales qui étaient sur une même ligne depuis le pont Morand jusqu’au fond de l’allée Perrache.

Sur les midis, l’armée composée d’environ 40000 hommes se mit en marche, ayant en tête Mr Dervieu du Villard, commandant général. 16 batteries de canons précédaient la troupe. Il était deux heures quand tout le monde a été arrivé au camp qui fut tenu dans les communaux de la paroisse. Un autel majestueux d’environ 50 pieds de hauteur présentant quatre faces, élevé au milieu. On y célébra quatre messes. Une seule fut dite en haut. Encore, on eut assez de peine de garantir de la pluie le célébrant avec 4 parapluies. Comme curé du camp, je fis les honneurs de l’autel en rochet et en chape.

Les messes finies, le commandant monta en haut de l’autel et prononça le serment militaire que toute l’armée répéta de cœur et d’âme. Ensuite, on se livra à la joie et à la danse malgré une pluie averse qui durait depuis midi. On s’embrassait en bons patriotes et en bons frères. Jamais on n’avait vu un spectacle plus imposant et plus gai malgré le mauvais temps. Le camp était entouré de superbes loges. J’allai complimenter la municipalité de Lyon qui était dans une loge au levant de l’autel. Mr de Savy me combla d’amitié en m’embrassant. Il y eut quelques intervalles où la pluie cessa mais sur les cinq heures recommençant plus fort que jamais. Le commandant fit battre la retraite. Dans une demi-heure, il ne resta personne au camp, si ce n’est les cafetiers et cabaretiers qui firent mal leurs affaires.

Le lendemain, un malheureux voulut s’aviser de filouter. Il fut surpris et pendu sur le champ à un saule par le peuple après l’avoir fait confesser. Je l’enterrai le lendemain au cimetière de Villeurbanne.

On fit courir le bruit que des brigands et des ennemis de l’état voulaient brûler des bleds. Pour la sûreté de la paroisse, le commandant fit monter la garde tout le mois de juillet depuis les neuf heures du soir jusqu’à 4 heures du matin mais il n’arriva heureusement aucun accident. Il y avait 4 piquets : le 1er au village, le 2ème aux maisons neuves, le 3ème chez Mr Mermet et le 4ème aux Charpennes.

Il y a eu de grandes difficultés dans la paroisse dont je ne parlerai point parce qu’il y a beaucoup de personnes impliquées. Comme je n’ai point entendu les dépositions ni vu les lettres répandues de côté et d’autre, je n’ose point ajouter foi à tous ces rapports et discours méchants. Je garde le silence, crainte de m’écarter de la vérité.

Cette année sera à jamais mémorable, partant de décrets surprenants, surtout celui qui abolit les vÅ“ux monastiques des deux sexes, qui adjuge à la nation tous les biens du clergé sans aucune distinction, moyennant une pension de 700 livres – la dite pension variera suivant l’âge – qu’ils pourront manger où bon leur semblera. On a déjà beaucoup vendu dans le courant de novembre et décembre des maisons des chapitres et communautés.

L’Assemblée Nationale a trouvé un bon secret pour payer. C’est en créant pour quatre cents millions d’assignats ou papier monnaie de 1000, de 700, de 200. Elle vient encore d’en décréter pour 800 000 000. Les plus bas seront de 50 livres, ce qui fait en tout douze cents millions. L’argent se resserre et se cache. On perd pour l’échange des assignats jusqu’à 5, 6 et 7 pour cent.

 

Il y a eu de grandes inondations. Le Rhône est venu deux fois à la Guillotière mais point de plus surprenante que celle de la Loire, arrivée la nuit du 11 novembre, qui fut élevée à plus de 27 pieds de hauteur. Tout le Forez a éprouvé de grandes pertes, le pont de Roanne entraîné et toute l’île et peut-être plus de cent maisons qu’il faudra reconstruire, l’eau ayant miné par-dessous les fondations. Vingt-cinq maisons dans mon village natal (Epercieux) ont été entraînées. Cinq appartenaient à mon père qui mourut quelques jours après à la suite d’une révolution que cette fâcheuse nouvelle lui occasionna. Trois femmes et 7 de leurs enfants réfugiés dans une de nos maisons périrent pendant que leurs maris et domestiques avaient emmené les bateaux dans le haut du village. A St Paul d’Epercieux, il n’est resté que l’église et deux maisons. Dieu veuille nous préserver dans la suite de semblables fléaux.

 

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Curé Dechastelin

 

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1791 à Villeurbanne

AD69   Villeurbanne  BMS 1791   vues 25 à 28

 

Sur la fin de juin, il est arrivé à Poleymieux au Mont d’Or un événement des plus affreux. Un dimanche matin après la messe, quelques personnes de la garde nationale se présentèrent chez Mr Guillin, le seigneur, pour faire perquisition. Il demanda en vertu de quel ordre. Comme il n’y en avait point, il les pria de se retirer. On ne voulut pas. Bref, Mr Guillin tira un coup de pistolet qui ne blessa personne. Sur le champ, ces forcenés coururent sonner le tocsin, ce qui jeta l’alarme dans les paroisses voisines qui accoururent. Mr Guillin songea à se barricader chez lui et tira des coups de feu mais en vain. Ces scélérats viennent à bout de s’introduire dans le château en escaladant les fenêtres.

La pauvre Madame Guillin âgée de 21 ans et nourrice de son 3ème enfant fut obligée de se sauver par derrière tout échevelée. On trouva le malheureux Guillin caché dans son donjon. On le fait descendre en bas du château où malgré les maires de Poleymieux et de St Germain qui l’entouraient, on le mit en pièces. Chacun de ces enragés se disputait ses membres. Plusieurs en mangèrent qu’ils firent cuire à Neuville, à Chasselay et à Quincieux. La raison se refuse à croire de semblables horreurs. Français, qu’êtes-vous devenus ?

 

Le bled est toujours allé en diminuant jusqu’à la récolte qui a été assez abondante. Il ne valait pour lors que six livres le bichet, mais deux mois après, il est augmenté et a valu à la fin de l’année jusqu’à 8 livres 10 sols et 9 livres le bichet. Le coût de cette augmentation est la disette des menus grains qui ont manqué presque généralement et la peste des assignats. La sécheresse qui a duré quatre mois a tout grillé. On ne se rappelle pas de mémoire d’homme d’avoir vu une sécheresse si longue aussi on n’a cueilli ni second foin, ni raves, peu de truffes valant trois livres le bichet. En beaucoup d’endroits, les fruits ont été fort mauvais, n’étant pas venus à maturité. Les bêtes à cornes n’ont pour nourriture que de la paille. Ce qu’il y eut de bon, c’est le vin mais en petite quantité. Le raisin a mûri. Il a été cueilli dans le plus grand sec. A la fin de septembre, les vendanges étaient finies dans tout le lyonnais. A la Toussaint, le vin nouveau valait couramment dix sous l’anée.

 

L’Assemblée Nationale a tout changé ou détruit ce qu’il était de l’ancien régime. Ses décrets sont en si grand nombre qu’il serait impossible de tout rapporter. Elle en a rendu un dans le courant de novembre dernier qui enjoint à tous les fonctionnaires publics de prêter le serment ainsi conçu pour les curés :

« Je jure d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi, de veiller au besoin sur le troupeau qui m’est confié et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi. » La plupart des curés se sont refusés à un pareil serment, plusieurs l’ont prêté avec restriction et il en est qui se sont prêtés à toutes les circonstances nolo judicare quemquam. Tous ceux qui se sont refusés ou qui ont fait des restrictions dont le procès verbal faisait mention ont été expulsés de leur cure et, ce qui est étonnant, c’est qu’il se soit trouvé des ecclésiastiques assez avides pour remplacer ces respectables curés. On n’arrêtait point de le dire, on n’a trouvé que des moines défroqués ou quelques vicaires manquant de délicatesse et de sentiment ; aussi ont-ils été mal accueillis dans la plupart des paroisses lorsqu’ils se sont présentés pour prendre possession d’une place dont le titulaire vivait et qu’il ne doit qu’à la force et à la rigueur. Tous les évêques de France ont subi le même sort à l’exception de quatre. Tout cela occasionne beaucoup de trouble et de désordre dans les villes et paroisses. Enfin, grâce à Dieu, j’ai su sagement concilier tous les esprits de manière que ma paroisse n’éprouve aucun de ces désagréments mais il n’en manque pas d’autres.

On a procédé dans les fêtes de Noël à la nomination d’un juge de paix. Les suffrages ont porté Mr Decomberousse, avocat à Vienne, qui a donné sa démission au bout de deux mois pour prendre la place de juge au tribunal du district de Vienne. La seconde assemblée nous a donné pour juge de paix Mr Faure, notaire à Décines. On peut regarder cette institution des juges de paix pour les campagnes comme très sage et bien ordonnée. Il y en a un par canton. Villeurbanne en est déjà le chef-lieu et comprend Vaulx, Bron, Décines, Charpieu, Chassieu et Meyzieu.

Depuis le 1er janvier 1791, tous les curés et vicaires ont reçu leur traitement, chacun dans leur district, suivant la population de leur paroisse. Les moindres ont 1200 livres et les vicaires 700 livres. D’après le dénombrement que j’ai fait moi-même, la population monte ici à 1630 âmes, ainsi, il me revient 1500 livres par an ; mais on ne connaît plus l’argent, on ne paie qu’en papier, c’est-à-dire les assignats qui sont toujours allés en perdant. A la fin de cette année, ils perdent trente pour cent, ce que j’atteste avoir vu de mes propres yeux.

La ville de Lyon pour suppléer à la monnaie qui a disparu, a imaginé des petits mandats en carton de 6 livres, 3, 1 livre, 10 sols, 1 livre et 10 sols. Nos femmes au retour du marché, n’apportent que cette paperasse. La peste des assignats et les autres papiers monnaie ont fait augmenter tous les comestibles ainsi que toutes les marchandises quelconques de près d’un tiers. Il y en a même qui doublent. Ainsi, les pauvres curés qui croient recevoir 1200 livres en reçoivent à peine 800 par le prix des denrées.

Tandis que toutes les autres paroisses sollicitent auprès des districts la conservation et même l’agrandissement des jardins de leur cure, qui le croirait que celle de Villeurbanne demande auprès du district de Vienne que le surplus du demi-arpent du jardin de leur cure soit vendu parce que le jardin contient environ quatre bicherées et demie et que le décret n’accorde qu’un demi-arpent aux curés pour former leur jardin, lequel demi-arpent est de deux bicherées et quelques toises.

Mais rendons justice à nos paroissiens. Il ne s’en trouve que trois dans le nombre des citoyens qui demandent cette vente. Ces trois individus que l’on ne craindrait pas d’appeler mauvais sujets puisqu’ils se conduisent par pure vengeance et par malice contre leur curé qui ne leur veut que du bien et qui leur rend service quand l’occasion se présente, ont dénoncé et même fait des soumissions au district pour le surplus du clos. Le curé a présenté différentes requêtes. On a ordonné la mensuration du dit jardin et les choses en sont demeurées là.

Tous les fonds d’obit dépendant de la cure ont été vendus dans le courant d’août. La veuve Gacon au-dessous du Mollard est restée adjudicataire. Il y avait une vigne aux Combes de dix hommées, l’inviolata et la terre près Robert dit Marcellin, chacune d’environ trois bicherées, une terre au chemin de Ruelles de quatre bicherées et une autre au marais de dix.

Ces trois susnommés n’occasionnent que le trouble et le désordre dans la paroisse. Tient-on une assemblée, ils y cabalent. Ils s’imaginent avoir plus de lumières et d’esprit que tout le reste des citoyens et quiconque voudra bien les apprécier reconnaîtra qu’ils ont même fort peu de bon sens, mais seulement beaucoup d’orgueil.

Dans tous les districts, on a vendu en grande partie les biens du clergé, prébendes ecclésiastiques ou laïques, fonds d’obit, rien n’a été réservé mais le tout très chèrement.

L’assemblée était divisée en deux parties, le côté droit attaché au roi et le côté gauche parmi lesquels un grand nombre voulait la république, la révolution telle qu’ils l’ont décrétée tandis que les autres demandaient beaucoup de modifications.

Mirabeau, député de Provence, était le chef du parti gauche. On peut le regarder même comme le chef de la révolution. Sans lui, jamais elle ne se serait opérée. Ce grand homme, il l’était par ses vastes lumières et ses connaissances mais qu’il a ternies  par tant de scélératesse. Aujourd’hui, ses cendres reposent dans le lieu destiné aux grands hommes. Il est mort dans le courant de mars âgé de quarante deux ans. Si la mort ne l’eût pas enlevé si tôt, il aurait peut-être tout réparé et procuré de grands biens à la patrie. Il semblait le promettre.

L’abbé Maury était le 1er homme du côté droit, on peut même dire de l’assemblée et sans contredit de la France. Quelle science et quel génie ! En général, l’assemblée renfermait des hommes d’un grand mérite. Elle a terminé ses séances le 30 septembre. La seconde législature lui a succédé de suite au nombre de 700 députés.

Mr de Savy, le digne maire de Lyon, a été nommé président du tribunal de district. Il a été remplacé dans la mairie par Mr Vitet, médecin fort enragé, grand républicain faisant mouvoir à son gré les clubs.

 

Depuis la St Jean, il n’y a plus de vicaire. Le père Thévenin, qui l’était ici, n’a pas craint de manquer de délicatesse pour prendre la cure de Pusignan et succéder à un homme vivant et que l’on chasse de la place. Par mes soins, la paroisse a eu une seconde messe toutes les fêtes et dimanches.

 

Curé Dechastelin

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