AD71 Colombier en Brionnais 1703-1743   vue 13
 Dans l’année 1709, le fort de l’hiver se prit la veille des rois par une rigoureuse bise et par une forte gelée qui dura le reste du mois et davantage. Le froid fut si terrible et si cruel que les noyers, les châtaigniers, les cerisiers et quantité d’autres arbres moururent ; mais le plus grand mal fut que les froments et les seigles gelèrent en terre et se perdirent entièrement, ce qui causa une chère année qui n’a guère eu de semblable car la famine fut si grande que l’on fut contraint de manger pendant longtemps du pain de fougère et de gland, et que la cinquième partie du peuple mourut de faim, surtout les petits enfants.
Enfin, l’on ne peut se ressouvenir d’un si triste temps que les cheveux n’en hérissent, surtout quand l’on se remet devant les yeux, comme la faim avait défiguré le visage des pauvres qui étaient hideux et épouvantables à voir, qui jetaient sans cesse des cris dignes de compassion, et qui tombaient souvent morts par les chemins.
Dans la paroisse de Colombier qui est de 200 communiants tout au plus, on y fit depuis Pâques jusqu’à la St Martin 72 enterrements, les deux tiers de petits enfants.