- Journal des canuts
L’écho de la fabrique
La Croix Rousse, laboratoire social ?

Il est certain qu’on y voit naître, surtout dans les années 1830, des institutions originales : la première mutuelle de travailleurs, la Société de Devoir Mutuel, les premiers journaux « ouvriers », l’Echo de la Fabrique, l’Echo des Travailleurs, le premier magasin coopératif, tandis que certains chefs d’ateliers participent au très officiel Conseil des Prudhommes de la ville. Les historiens marxistes ont vu dans la révolte de 1831 un tournant de l’histoire ouvrière.
Il faut cependant être prudent : au soir d’une victoire inattendue, qui leur livre la ville de Lyon, en 1831, les chefs des canuts se déclarent partisans de “la loi et de l’ordre”, “le peuple a faim, mais ne pille pas”, car ces hommes ne font pas partie des bataillons des nouveaux prolétaires de la grande industrie naissante. Certes, ils savent s’unir et agir contre la misère et l’exploitation, “la dureté des temps et des marchands”, mais ils font aussi preuve d’un conservatisme certain, acceptant mal les innovations techniques (la mécanique Jacquard, entre autres). Il n’y a là rien d’étonnant, puisque l’on en est ici au stade de la préindustrialisation, avec la survivance de pratiques ou d’institutions anciennes, comme l’est par exemple la très agissante association des Compagnons Ferrandiniers du Devoir.
C’est grâce au développement de la soierie, que le plateau de la Croix-Rousse va se recouvrir de constructions nouvelles adaptées aux tisserands (les canuts) à partir de 1800. Ces maisons sont hautes (jusqu’à 6 étages) et chaque étage est d’une hauteur suffisante (de 3,6 m à 4 m) pour pouvoir mettre des mécaniques Jacquard au-dessus des métiers à tisser qui sont placés devant les fenêtres. L’arrière des ateliers est aménagé en appartement comportant un coin pour la cuisine, un alcôve avec le lit conjugal ainsi qu’une mezzanine (la soupente) sur laquelle dorment les enfants voire les apprentis.
Bien que propriétaires de leurs métiers, les tisserands sont plus à considérer comme des ouvriers à domicile exploités par les « fabricants » qui habitent en ville. Les conditions de vie deviennent si mauvaises que plusieurs révoltes éclatent en 1831 et 1834 puis 1848 et 1849. C’est pour faire régner l’ordre que le 19 juin 1851 les députés votent la loi de réunion des faubourgs (La Croix-Rousse, Vaise et La Guillotière) à la ville de Lyon. Le décret paraît le 24 mars 1852 et la Croix-Rousse devient le 4ème arrondissement. La ville est placée sous l’autorité du préfet du Rhône et les maires d’arrondissement n’ont que des responsabilités subalternes.
Les révoltes des canuts : 1831 ; 1834 ; 1848
| Mes ancêtres Brunet ont vécu cette époque difficile.Le conflit de 1831 a pour origine la question du “Tarif”, parce que les marchands, gênés eux-mêmes par la crise économique et politique de 1830, ont rogné sur le prix de façon, dont la chute est de 60 % pour les façonnés. La misère qui règne est d’autant moins bien supportée que les commandes ont repris et elle jette dans la rue les tisseurs et leur entourage, qui dignement et en silence envahissent toute la ville, le 25 octobre 1831. Très inquiets, mais aussi favorablement impressionnés, une grande partie des marchands et des autorités, sur l’initiative du préfet Bouvier-Dumolart, acceptent de négocier pour le relèvement d’un tarif officiel. Les marchands opposés au tarif (100 sur 400), les autorités de Paris et la Garde Nationale bourgeoise de Lyon bloquent l’application des accords et provoquent un soulèvement de la Croix-Rousse, où les tisseurs s’emparent du préfet et du général commandant les troupes, où des coups de feu éclatent dans des circonstances mal élucidées.
Grâce à une bonne organisation et à l’avantage de la position stratégique de la colline de la Croix-Rousse, les insurgés triomphent en moins de 48 heures (les 21 et 22 novembre 1831). Le sang a coulé et il y aura environ 150 tués et 500 blessés, mais un ordre relatif a été maintenu par les chefs d’atelier restés maîtres de la révolte; un “apprêteur“ de velours, Martin Buisson, a pris la direction des troupes, qui prennent le contrôle de la ville et s’opposent aux tentatives de pillage. Les chefs ouvriers, qui ne sont entrés dans le mouvement que pour défendre l’accord collectif et n’ont pas de visées politiques, déclarent même qu’ils ne veulent que “la loi et l’ordre” et ne savent pas très bien quoi faire de leur victoire. Le préfet, les autorités locales sont rétablies et le tarif est confirmé. La révolte de 1834, beaucoup plus politique, prouve que le malaise persiste; tout commence bien, en février, par une grève des canuts à la Croix-Rousse, mais le mouvement s’étend à d’autres quartiers, celui de Vaise surtout, et déborde dans le domaine politique, car les républicains veulent en profiter pour s’opposer au gouvernement de la monarchie de Juillet qui a restreint les libertés. Cette fois, les notables, qui ont eu si peur en 1831 de la “racaille” de la Croix-Rousse et qui peuvent compter sur une armée de 10 000 hommes restée en place réagissent très vite. Comme la Croix-Rousse elle-même n’a pas beaucoup bougé, c’est la grande rue de Vaise qui voit les principaux massacres, vite oubliés d’ailleurs. ”L’ordre règne” à Lyon pour de longues années, qui sont celles de l’essor de la soierie, à peine ralenti par tous ces évènements. http://www.soierie-vivante.asso.fr/Histoire_Revolte.php Il existe une grande quantité d’informations sur ce sujet si vous êtes intéressés. |








