Le curé de ce village avait manifestement l’intention de laisser un témoignage de ces années révolutionnaires.
AD42Â vue 17Â BMS 1789-1792Â Â St Priest la Prugne
Mémoire intéressant de ce qui s’est passé tant dans la paroisse que dans le royaume de France.
C’est cette année 1789 qu’on a réédifié la voûte à canne de l’église de Saint Priest ; sous la direction des Sieurs Jean Garet, maréchal au bourg, Pierre Débatisse, village Combe, tous deux …. et Louis Tissier curé de la dite paroisse de Saint Priest.
J’ai observé, mon cher lecteur, et cela pour l’utilité de la postérité et la vôtre, j’ai observé et très attentivement qu’à compter depuis l’époque de 1783, on a vu des révolutions physiques qui ne furent que trop certainement les présages assurés de ce qui est arrivé en 1789.
D’abord on a aperçu dans la saison d’été de l’an 1783 et cela pendant plusieurs jours une rougeur sanguine au soleil, tout le moins à son lever jusqu’à neuf heures du matin et depuis les cinq ou six heures du soir et une grande partie de la nuit. Cette même rougeur reparaissait en sorte qu’on avait peine à reconnaître au milieu de ces signes effrayants cet astre qui jusque là avait présidé au jour.
De là , des inondations inouïes, des chaleurs excessives ; enfin, en 1789, l’hiver fut un prodige de surprise à tous les hommes qui purent se défendre des redoutables et mortelles influences tant il fut rigoureux. Beaucoup en sont péris. Les …. de sang, les maladies épidémiques et contagieuses devinrent générales, tant dans les plaines que sur les montagnes et encore plus dans les villes.
Chacun était dans l’admiration des événements futurs lorsque tout à coup et de toutes parts on vit arriver des révolutions générales dans le royaume. A l’occasion des assemblées des Etats Généraux qui se tinrent cette année 1789, on vit donc éclore des révoltes de part et d’autre. Les seigneurs ne trouvaient guère plus d’asile, assurés que dans la fuite ; les châteaux brûlaient avec les archives. Le moindre soupçon de trahir les intérêts des particuliers était plus que suffisant pour mériter de devenir une prompte victime des soupçonneurs sans forme de procès. Ils étaient pris et immolés à la fureur des turbulents. On vit établir à l’occasion des révoltes qui se tramaient de toute part, la loi martiale, loi cruelle mais nécessaire en ce temps.
Je serais presque infini. Je voulais, mon cher lecteur, vous faire un récit entier des tristes événements dont nous avons été témoins. Je me contenterai seulement de vous dire que la crainte et la frayeur avaient tellement saisi les esprits qu’on en a vu sortir les uns de leur foyer pour partir dans les bois, les autres ne pas se donner le temps d’emporter leurs victimes mais se levant brusquement de leur couche pauvre et tous hors d’eux-mêmes courir ça et là , annonçant partout l’effroi dont ils étaient saisis. Enfin l’on était dans le … et dans la frayeur.
Et nous en sommes encore là au commencement de l’année 1790. Nous dirons succinctement l’année prochaine si nous échappons aux périls, ce qui se sera passé à l’occasion de la formation des municipalités qui sont déjà appréhendées de tristes faits ce 17 février 1790.
Tissier, curé