Le curé de St Priest la Prugne termine son témoignage par l’année 1791.
AD42Â vue 55 BMS 1789-1792Â Â St Priest la Prugne
Vous vous rappellerez, mon cher lecteur, du proverbe qui dit « qui nimium probat nihil probat ». J’avais annoncé dans mon dernier mémoire à la fin du registre de 1790 que je ferai voir dans celui-ci quelle sera la fin des débats de 1790 et du refus de serment mais nous sommes toujours aux prises sans espérance de voir encore sitôt la fin de nos guerres. C’est pourquoi je suis obligé de continuer à énoncer ce qui s’est passé de plus remarquable cette année 1791.
Pour d’une, revenir à l’histoire du refus de prestation de serment, il sera notoire que l’assemblée nationale, enfant d’un pouvoir souverain, déclara déchus, dépossédés de leurs bénéfices à charge d’âmes, tous les évêques, curés et autres ecclésiastiques de servant qui refuseraient de prêter le serment. Sur 133 évêques en France, quatre seulement le prêtèrent. Tous les autres, appuyés de l’autorité de notre saint père le pape qui n’approuvait pas cette constitution civile du clergé refusèrent et furent remplacés. Beaucoup de curés furent aussi remplacés pour la même cause. Là commença le schisme. L’unanimité des évêques de France, le pape à leur tête qui lança un bref comminatoire contre tous ceux du clergé de France qui avaient prêté le serment de maintenir la constitution du clergé ne se seraient rétractés dans quarante jours à compter du jour de sa fulmination et suspense de leurs fonctions, de leurs ordres.
Beaucoup se rétractèrent, plusieurs, au contraire, ne firent que s’en obstiner davantage. Dès lors, on vit dans plusieurs diocèses deux évêques et dans plusieurs cures et en grand nombre, deux curés. Chacun faisait bande à part. Le nombre des catholiques romains était en certains endroits fort nombreux et ils suivaient leur ancien pasteur. Dans d’autres paroisses, les anciens curés furent obligés de s’éloigner, pressés, insultés, persécutés par les agents du pouvoir civil. Dans d’autres, les curés catholiques romains, c’est-à -dire ceux qui refusèrent le serment ou se rétractèrent et s’attachèrent au parti du pape et des anciens évêques, se retirèrent tranquillement.
Les curés et autres ecclésiastiques constitutionnels étaient soutenus par l’autorité et la force publiques. Les curés et autres ecclésiastiques inconstitutionnels, c’était le nom qu’on donnait à ceux qui avaient épousé le parti du pape. Des évêques catholiques étaient en certains endroits soutenus par le peuple mais tourmentés par les administrateurs : procès verbal contre eux, décrets de prise de corps, mauvais traitements, insultes, prison, persécution, privés de tout revenu.
La rage ne s’exerça pas seulement sur les prêtres catholiques romains, c’est-à -dire qui tenaient au pape et à la chaire de St Pierre, elle se porta aussi sur les fidèles qui refusaient d’aller aux messes des prêtres constitutionnels et de recevoir d’eux les sacrements, crainte de participer à leur schisme. Des filles, des femmes, insultées, fustigées et même maltraitées par une espèce de gens qui se disaient patriotes et qui, à ce titre, se croyaient tout permis. On a vu des coups de fusil tirés sur des prêtres, d’autres se donner la mort, ceux tombés raides morts comme pour servir d’exemples à la race à venir. Enfin, un a été massacré au pied de l’autel au moment où il va dire la messe. Nous ne voyons pas encore au moment où j’écris d’apparence de paix. L’agiotage sur les assignats est porté à son comble et les vols deviennent de jour en jour plus célèbres et plus fréquents et tout impunément.
Curé Tissier