1789 à Villeurbanne

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La récolte en « bled » a été fort abondante et malgré cela, le bled a été cher toute l’année à cause des accaparements et surtout des envois considérables en Allemagne qui était en guerre, avec la poste. A la fin de l’année, le bled a valu jusqu’à neuf livres dix le bichet. Les provinces de grain ne voulaient point permettre l’exportation. Plusieurs grandes villes, surtout Paris, ont été à la veille d’éprouver la famine.

La récolte en vin a été médiocre et le vin généralement mauvais. Il n’a pas été cher jusqu’à la St Jean, dix, douze et quinze l’anée, mais dans le courant de juillet, une petite révolte arrivée à Lyon parmi le peuple qui a brisé les barrières et chassé les commis a porté le prix à vingt et vingt-quatre l’anée parce qu’on n’a point payé d’entrée pendant cinq jours. Deux habitants de la paroisse de St Cyr au Mont d’Or ont été tués aux portes de Vaise. Ils se trouvèrent malheureusement les premiers et se moquèrent des représentations qu’on leur fit. Les portes furent fermées et on tira par le guichet. Le calme fut rétabli le lendemain par les troupes de ligne qui étaient arrivées et les entrées se perçurent.

 

L’hiver a été des plus longs et des plus rigoureux qu’on se rappelle. Il a commencé le 25 novembre, jour de Ste Catherine et a duré jusqu’au douze janvier. Les 27, 28 et 30 novembre ont été les jours les plus froids. Le thermomètre n’est pas descendu plus bas qu’en 1704 (1707 ?) mais le froid a duré plus longtemps. Heureusement qu’il y avait un peu de neige sur les bleds, ce qui les a garantis car il semblait après le dégel que la plupart avait péri. Le printemps a tout renouvelé, jamais aussi bonne récolte. Les vignes n’ont pas été de même. Dans le Beaujolais, Mâconnais et Bas Lyonnais, il y a eu beaucoup de gelées, ce qui a beaucoup contribué à la cherté du vin.

Les moulins ont cessé de moudre pendant près d’un mois. Encore quelques jours de plus, toutes les grandes villes étaient à la famine. Beaucoup de gibiers et d’oiseaux ont péri.

Tous les marronniers des environs de Lyon qui donnent à cette ville de si bons marrons ont péri en grande partie. On a passé longtemps sur le Rhône à ponts de glace. Elles avaient 14  pouces d’épaisseur. J’y ai passé deux fois avec la plus grande assurance vis-à-vis le grand collège. Toute la journée on ne voyait sur le Rhône que des amateurs patinant.

Enfin, le douze janvier, le dégel commença par un vent chaud et le 14 sur les 3 heures du soir, les glaces partirent. Le beau pont Morand résista à la fureur des glaces à part quelques petits dommages. Mais tous les bateaux, plates, frises, moulins furent fracassés ou coulés à fond à l’exception de trois moulins. Les glaces de la Saône ne partirent que quelques jours après et entraînèrent le pont Serin malgré toutes les précautions que la ville pût prendre. Ceux d’Ainay éprouvèrent de grands dommages. Il périt aussi une infinité de bateaux depuis Mâcon jusqu’à Lyon. Mr Rey, lieutenant de police, se distingua par son zèle, sa vigilance et surtout sa prévoyance à ce que personne ne pérît. Il avait soin de faire porter des secours partout où il apercevait du danger.

Nous eûmes à Villeurbanne un événement singulier. Le 14 janvier, jour du dégel à 6 heures du matin ; le Rhône du Velin s’annonça à grand bruit. Comme la terre était fortement gelée quand la neige tomba qui garantit nos bleds, dès qu’elle vint à fondre, elle ne put pas s’imbiber. Toutes les eaux de Genas et d’une partie de Bron se réunirent dans le vallon des Combes et formèrent au-dessous du jardin de la cure un torrent de six pieds-cubes d’eau sur 14 de large. Il passait au bas de Cusset, renversant une partie des écuries de Quentin, le mur de clôture du clos de Me Amblard, procureur fiscal, le fournier et loge de François Payet et aurait probablement renversé toutes les écuries de Me Quentin sans la précaution que j’eus de faire traîner de gros arbres entiers le long des bâtiments pour arrêter le torrent des eaux.

 

Sur les dix heures, après avoir fait l’office des petits morts, je vins revoir notre Rhône qui me parut augmenter de plus en plus, ce qui me donna des inquiétudes terribles sur la situation où se trouvait la veuve de Claude Garin. Le torrent semblait aller frapper en droite ligne contre la maison de cette jeune veuve qui était toute seule avec deux petits enfants et la servante. Déjà, elle avait lâché ses vaches. Mais pour elle, comment se sauver ?

Deux braves citoyens, Claude Gonon et Pierre Martin étaient allés à son secours avant que le torrent fût si considérable. Ils eurent la précaution de porter au grenier tout ce qu’ils purent, jusqu’à douze ruches d’abeilles qui étaient dans le jardin. Mais tout cela ne paraissait à l’abri que pour le moment car il semblait que la maison qui était en pisé ne devait pas résister longtemps aux vagues du torrent.

Croyant voir à chaque instant écrouler cette maison, je demandai le cheval du granger d’Amblard qui se trouva heureusement ferré à glaces et je passai le torrent dans un endroit fort large mais la difficulté était d’aborder chez cette pauvre veuve entourée d’eau de partout. Il fallait traverser en faisant un grand contour six fossés pleins d’eau. Je forçai un homme de Cusset en le menaçant de monter derrière moi pour me guider. Enfin nous arrivons près de la maison où était une petite élévation de fumier sur laquelle on avait apporté les enfants et quelques comestibles. J’encourageais mes hommes à sauver tout ce qu’ils pourraient. Pendant ce temps, je fis trois voyages par la même route que j’étais venu, emmenant la servante et les enfants et quelques petites denrées.

Quand toutes les ruches furent montées au grenier, je visitai si elles étaient bien arrangées, j’entrai dans la maison ayant de l’eau jusqu’aux cuisses. Mais on ne pouvait tenir longtemps, l’eau nous glaçait. André Chapolard, granger de Mr Nesme, qui était venu juste à la fin et dont le cheval n’était pas fatigué, prit la pauvre veuve derrière lui. Claude Gonon emmena sur sa petite jument Pierre Martin et moi mon conducteur. Tous ces braves gens se rendirent à la cure.

Après avoir changé de linge, je les fis bien chauffer et donner des restaurants dont ils avaient grand besoin. L’après dîner, je pris mon cheval ferré à glace et j’allai me promener  pour reconnaître l’origine du torrent. Je fus forcé de le passer dans plus de six endroits différents mais fort larges pour éviter tout danger. Je reconnus cependant mon imprudence quelques jours après, voyant dans beaucoup d’endroits des creux très profonds mais je dois rendre des actions de grâce à la providence qui veillait sur ma conservation.

Après avoir parcouru près d’une demi-lieue, je vis à n’en pas douter que toutes les eaux étaient produites par la fonte des neiges et qu’elles venaient en partie de Chassieu et Genas et un peu de Bron.

Le lendemain matin, après 24 heures, il était plus considérable et plus rapide que jamais. Les prés du village et les plaines de St Antoine étaient couverts d’eau, de manière qu’on pouvait facilement aller de Villeurbanne à Lyon par bateau. Plusieurs lyonnais vinrent à Villeurbanne pour savoir d’où pouvaient venir ces eaux. On croyait que c’était la rivière d’Ain qui franchissait le Rhône gelé et qui se jetait dans le Dauphiné. D’autres s’imaginaient que c’était une trombe d’eau qui était tombée sur Villeurbanne. Mais je désabusai tout le monde parce que j’avais vu et bien reconnu l’origine du torrent.

Toute la matinée fut employée à courir à cheval, à donner du secours aux uns, aux autres, à porter du pain à quelques personnes de Cusset qui, fermées par les eaux, ne pouvaient en venir chercher au village.

A midi, le torrent du Rhône du Velin comme nos gens l’appellent, alla toujours en diminuant jusqu’à minuit qu’il n’en passait pas une goutte, ce qui fait à peu près 42 heures qu’il a duré. Le lendemain, nous eûmes une journée superbe, le plus beau soleil. Chacun se croyait dans le printemps. Nous allâmes examiner tous les dégâts du torrent. Il avait creusé plus de six pieds tout le long de Quentin et entraîné des pierres de taille du mur d’Amblard à deux cents pas mais il avait respecté la maison de notre pauvre veuve. Beaucoup des murs de clôture renversés, des terres et des prés sablés mais personne ne périt.

 

Les Etats Généraux ayant été convoqués, chaque baillage a reçu des ordres pour nommer ses députés, le Tiers-Etat seul en nombre égal au clergé et à la noblesse. Comme le Dauphiné était un pays d’état, son assemblée fut tenue à Moirans où chaque député choisi dans son baillage fut rendu pour nommer aux Etats Généraux : 12 pour le Tiers Etat, 8 pour la noblesse, 4 pour le clergé. Mr l’Archevêque de Vienne, Lefranc de Pompignan, homme respectable et trois chanoines ont été députés. Le Dauphiné est la seule province de France qui n’ait point eu de curé aux Etats Généraux, ce qui n’est pas surprenant puisqu’à l’assemblée de Moirans, il n’y avait que deux curés par diocèse sur douze chanoines au moins qui ont été bien sûrs de réunir les voix pour eux. Au reste, quant il n’y aurait point eu de curés aux Etats Généraux, les choses en seraient peut-être mieux allées.

L’ouverture des Etats Généraux eut lieu le 4 mai mais les députés au nombre de 1200 s’y sont rendus chargés des cahiers de leurs commettants. Ceux qui ont vu cette ouverture prétendent qu’on ne pouvait rien voir de plus majestueux. Chaque ordre avait son costume. Le premier mois fut passé à discuter sur les droits de l’homme. On s’est beaucoup débattu sur la vision des pouvoirs. L’ordre de la noblesse voulait viser les siens. Le Tiers voulait que ce fût en commun. Enfin, après deux mois de débats, menaces, le tiers l’a emporté. Les trois ordres ont été réunis pour n’en faire plus qu’un depuis ce moment-là, ce qui a occasionné des illuminations dans toute la France pendant trois jours.

Le premier jour des illuminations, le peuple de Lyon dans son effervescence, a brûlé ou démoli les barrières des portes. Pendant cinq à six jours, on entrait toutes sortes de marchandises sans payer d’entrée, ce qui avait causé l’augmentation du prix du vin dont j’ai parlé plus haut. Dans la nuit du second jour, il est péri beaucoup de monde à Perrache parce qu’on voulait empêcher la démolition des bureaux. On eut la précaution de les jeter pendant la nuit dans le Rhône de manière qu’au jour le nombre de morts parût moins grand.

Le 12 juillet arriva à Paris la prise tant vantée de la Bastille. Les parisiens montrèrent tant d’intrépidité qu’avec des canons, ils en furent bientôt les maîtres. Le gouverneur tranquille dans sa chambre ne se doutait pas qu’on pût en venir à bout. On le traîna sur la place de grève où il fut pendu. Mr de Flesselles, ancien intendant de Lyon, pour lors prévôt de Paris, éprouva le même sort ainsi que Mrs Foulon et Berthier son gendre. Le peuple se mit à démolir la Bastille. Il en est venu à bout après plusieurs mois de travail.

Tout le monde arbora la cocarde nationale. Tout ecclésiastique qui paraissait en public sans l’avoir s’exposait aux injures du peuple. Pour ma tranquillité, je l’ai portée au chapeau près d’un mois.

Enfin, sur la fin de juillet, arriva dans toute la France, le même jour à la même heure, l’épouvante des brigands qui brûlaient les châteaux. Dans tous les villages, la frayeur s’était emparée de tous les esprits à un tel point qu’il est impossible de l’exprimer. Chacun se croyait perdu. Il y en a qui cachèrent leur argent et effets précieux. Les femmes allaient se cacher dans les églises demandant à se confesser. Combien qui passèrent une partie de la journée dans des chanvres. Partout on faisait courir qu’il arrivait dix mille hommes et dans le vrai, ce n’était que quelques brigands auxquels se réunissaient les mauvais sujets de chaque village pour incendier les châteaux des seigneurs.

Tous ceux des environs jusqu’à Meyzieu ont été en partie brûlés. Mais le fils du marquis de Leusse vint à toute bride chercher du secours à Lyon. Il emmena 9 dragons à cheval qui arrivèrent au moment où ces drôles après avoir brisé tous les meubles allaient mettre le feu. Ils furent dispersés dans la minute. On n’en put tuer que cinq mais dans la nuit, plus de cinquante jeunes volontaires de Lyon les vinrent poursuivre. On en fit un grand massacre dans les environs de la Balme près la chartreuse de Salette où ces gens s’étaient fait donner beaucoup d’argent. Le nombre des châteaux incendiés dans la France a été très considérable mais ce qui révolte, c’est qu’on croit que les ordres pour cette affreuse scène sont partis de plusieurs membres de l’Assemblée Nationale comme un moyen bien sûr pour réduire et faire venir à jubé la noblesse. Mais tirons le rideau là-dessus. Le temps nous découvrira dans la suite de semblables horreurs. Ayons toujours confiance à la Providence qui veille sur ses fidèles serviteurs.

Il n’arriva rien de fâcheux dans ma paroisse. On faisait courir le bruit qu’il y avait à la Guillotière des gens mal intentionnés qui voulaient venir brûler le château de la Ferrandière. Le respectable Mr de Riverieulx qui se reposait beaucoup sur moi me pria d’y aller coucher. Je le fis avec plaisir pendant huit jours et je dormais fort tranquillement parce que tout était si bien disposé que nous avions pu donner la chasse à plus de quarante brigands. Comme la famille craignait beaucoup, on envoya pendant quatre soirs coucher 9 soldats suisses. L’orage et les craintes disparurent et tout le monde fut tranquille.

Jamais on n’a tant vu de libelles.  C’est tout le monde qui veut se mêler d’écrire. On est inondé de journaux. Il y en a qui sont remplis de tant de mensonges et de faussetés que cela dégoûte de les lire et qu’on ne sait que croire. Mais espérons que nos sages représentants conduiront bien la barque.

 

Ora pro rectore 

 

Fin 1789   curé Dechastelin

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1790 à Villeurbanne

AD69   Villeurbanne  BMS 1790  vues 22 à 24

 

Le bled a été extraordinairement cher. Il a valu presque toute l’année de 8 à 9 livres et demie le bichet. La récolte a été généralement très abondante, malgré cela le prix fut soutenu jusqu’au mois d’octobre qu’il a commencé à diminuer un peu. Il y a eu beaucoup d’accaparement et des envois dans l’étranger. Sans cela, le prix en aurait été modique parce que la France avait presque pour trois ans de bled. Le vin a valu depuis un louis jusqu’à 30 livres l’anée et le vieux s’est vendu 36 et même 40 livres l’anée. La récolte quoique médiocre l’a fait un peu diminuer mais à la foire des rois, le prix a été plus haut que jamais.

 

Le 7 février, il arriva à Lyon une révolte sérieuse qui heureusement n’eut pas de suites. Il s’était formé une compagnie de volontaires composée de jeunes gens de la ville qui montaient la garde tous les dimanches. Le peuple, poussé par des esprits turbulents et jaloux, les dispersa à coups de pierres sur les midi et demi près de la rue de l’Arsenal où ils allaient prendre leur poste. Il y en eut plusieurs qui furent cruellement martyrisés. On tira quelques coups de fusil qui tuèrent deux ou trois personnes du peuple mais aucun des jeunes gens qu’on appela muscadins n’est péri. Ils furent obligés de se tenir cachés pendant quelques temps pour éviter la fureur de la populace qui s’était emparée des armes de l’Arsenal. Sur le soir, le peuple furieux se transporta à l’Hôtel de Ville. Mr Imbert Colomès qui était commandant fut obligé de se sauver par des souterrains. On demandait sa tête à grands cris. Sans les suisses qui continrent ce peuple, il aurait été perdu. Il sortit de la ville dans la nuit pour se retirer à Bourg-en-Bresse où il fut fêté.

Un décret de l’Assemblée Nationale portant établissement d’une municipalité dans chaque ville et bourg du royaume, nous nous occupâmes de former celle de Villeurbanne dans le courant de février ; il fallut trois séances. Le curé présida l’assemblée d’une voix unanime. Le second tour de scrutin nous donna pour maire Me Etienne Debourg ; ensuite, on procéda à l’élection des municipaux et du procureur de la commune. Félix Petit fut procureur d’un commun accord ; Pierre Peyot, gendre de Bressiaud, Georges Garnier, Michel Robert, Joseph Buer et Nicolas Bouchet, tous les cinq officiers municipaux. On peut dire que l’on avait fait de bons choix pour la probité et la sagesse mais il aurait été à définir qu’il s’y trouvât un peu plus de lumières, surtout pour un commencement où tout le monde était bien novice. On choisit ensuite douze notables et un greffier, ce qui faisait 20 membres dont fut composée la municipalité de Villeurbanne.

Celle de Lyon eut pour maire Mr Palerne de Savy, gendre de Mr de Riverieulx, homme plein de mérites et de talents. Tout parut assez tranquille jusqu’au 1er mai que Lyon annonça une fédération pour le trente du mois. Tous les villages des environs s’occupèrent à former des gardes nationales. Celle de notre paroisse occasionna de grandes difficultés. On ne voulait former qu’une compagnie de cent hommes y compris les officiers et ne point admettre les locataires parce que disait-on, ils avaient assez de charges à parer et que d’ailleurs, ils étaient presque tous aubergistes, par conséquent trop occupés le dimanche à leurs affaires pour s’occuper de la garde qu’il était indispensable de faire ce jour-là dans la paroisse. Quoique ces raisons ne regardaient que leurs intérêts, ils les prirent en mauvaise part et crurent qu’on les méprisait. Aussi montrèrent-ils qu’ils avaient autant de patriotisme, de zèle et de courage que personne. En conséquence, ils convoquèrent une assemblée générale où ils cassèrent tout ce qui s’était fait la précédente.

On nomma pour commandant Mr Mermet, avocat domicilié depuis deux ans, Mr Decomberousse, capitaine de la 1ère division, Mr Nivon, capitaine de la 2ème, Mr Joannon, capitaine de la 7ème, Mr Christian Fr..tier, capitaine de la 4ème des Charpennes et Mr le curé aumonier de la troupe. Mr Mermet fit présent du drapeau que je bénis sur la place du Plâtre où on avait dressé un autel et où je célébrai le dimanche 30 mai.  Notre garde, ayant tous les officiers municipaux, se rendit à Lyon auprès des autres gardes nationales qui étaient sur une même ligne depuis le pont Morand jusqu’au fond de l’allée Perrache.

Sur les midis, l’armée composée d’environ 40000 hommes se mit en marche, ayant en tête Mr Dervieu du Villard, commandant général. 16 batteries de canons précédaient la troupe. Il était deux heures quand tout le monde a été arrivé au camp qui fut tenu dans les communaux de la paroisse. Un autel majestueux d’environ 50 pieds de hauteur présentant quatre faces, élevé au milieu. On y célébra quatre messes. Une seule fut dite en haut. Encore, on eut assez de peine de garantir de la pluie le célébrant avec 4 parapluies. Comme curé du camp, je fis les honneurs de l’autel en rochet et en chape.

Les messes finies, le commandant monta en haut de l’autel et prononça le serment militaire que toute l’armée répéta de cœur et d’âme. Ensuite, on se livra à la joie et à la danse malgré une pluie averse qui durait depuis midi. On s’embrassait en bons patriotes et en bons frères. Jamais on n’avait vu un spectacle plus imposant et plus gai malgré le mauvais temps. Le camp était entouré de superbes loges. J’allai complimenter la municipalité de Lyon qui était dans une loge au levant de l’autel. Mr de Savy me combla d’amitié en m’embrassant. Il y eut quelques intervalles où la pluie cessa mais sur les cinq heures recommençant plus fort que jamais. Le commandant fit battre la retraite. Dans une demi-heure, il ne resta personne au camp, si ce n’est les cafetiers et cabaretiers qui firent mal leurs affaires.

Le lendemain, un malheureux voulut s’aviser de filouter. Il fut surpris et pendu sur le champ à un saule par le peuple après l’avoir fait confesser. Je l’enterrai le lendemain au cimetière de Villeurbanne.

On fit courir le bruit que des brigands et des ennemis de l’état voulaient brûler des bleds. Pour la sûreté de la paroisse, le commandant fit monter la garde tout le mois de juillet depuis les neuf heures du soir jusqu’à 4 heures du matin mais il n’arriva heureusement aucun accident. Il y avait 4 piquets : le 1er au village, le 2ème aux maisons neuves, le 3ème chez Mr Mermet et le 4ème aux Charpennes.

Il y a eu de grandes difficultés dans la paroisse dont je ne parlerai point parce qu’il y a beaucoup de personnes impliquées. Comme je n’ai point entendu les dépositions ni vu les lettres répandues de côté et d’autre, je n’ose point ajouter foi à tous ces rapports et discours méchants. Je garde le silence, crainte de m’écarter de la vérité.

Cette année sera à jamais mémorable, partant de décrets surprenants, surtout celui qui abolit les vÅ“ux monastiques des deux sexes, qui adjuge à la nation tous les biens du clergé sans aucune distinction, moyennant une pension de 700 livres – la dite pension variera suivant l’âge – qu’ils pourront manger où bon leur semblera. On a déjà beaucoup vendu dans le courant de novembre et décembre des maisons des chapitres et communautés.

L’Assemblée Nationale a trouvé un bon secret pour payer. C’est en créant pour quatre cents millions d’assignats ou papier monnaie de 1000, de 700, de 200. Elle vient encore d’en décréter pour 800 000 000. Les plus bas seront de 50 livres, ce qui fait en tout douze cents millions. L’argent se resserre et se cache. On perd pour l’échange des assignats jusqu’à 5, 6 et 7 pour cent.

 

Il y a eu de grandes inondations. Le Rhône est venu deux fois à la Guillotière mais point de plus surprenante que celle de la Loire, arrivée la nuit du 11 novembre, qui fut élevée à plus de 27 pieds de hauteur. Tout le Forez a éprouvé de grandes pertes, le pont de Roanne entraîné et toute l’île et peut-être plus de cent maisons qu’il faudra reconstruire, l’eau ayant miné par-dessous les fondations. Vingt-cinq maisons dans mon village natal (Epercieux) ont été entraînées. Cinq appartenaient à mon père qui mourut quelques jours après à la suite d’une révolution que cette fâcheuse nouvelle lui occasionna. Trois femmes et 7 de leurs enfants réfugiés dans une de nos maisons périrent pendant que leurs maris et domestiques avaient emmené les bateaux dans le haut du village. A St Paul d’Epercieux, il n’est resté que l’église et deux maisons. Dieu veuille nous préserver dans la suite de semblables fléaux.

 

Ora pro rectore

 

Curé Dechastelin

 

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1791 à Villeurbanne

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Sur la fin de juin, il est arrivé à Poleymieux au Mont d’Or un événement des plus affreux. Un dimanche matin après la messe, quelques personnes de la garde nationale se présentèrent chez Mr Guillin, le seigneur, pour faire perquisition. Il demanda en vertu de quel ordre. Comme il n’y en avait point, il les pria de se retirer. On ne voulut pas. Bref, Mr Guillin tira un coup de pistolet qui ne blessa personne. Sur le champ, ces forcenés coururent sonner le tocsin, ce qui jeta l’alarme dans les paroisses voisines qui accoururent. Mr Guillin songea à se barricader chez lui et tira des coups de feu mais en vain. Ces scélérats viennent à bout de s’introduire dans le château en escaladant les fenêtres.

La pauvre Madame Guillin âgée de 21 ans et nourrice de son 3ème enfant fut obligée de se sauver par derrière tout échevelée. On trouva le malheureux Guillin caché dans son donjon. On le fait descendre en bas du château où malgré les maires de Poleymieux et de St Germain qui l’entouraient, on le mit en pièces. Chacun de ces enragés se disputait ses membres. Plusieurs en mangèrent qu’ils firent cuire à Neuville, à Chasselay et à Quincieux. La raison se refuse à croire de semblables horreurs. Français, qu’êtes-vous devenus ?

 

Le bled est toujours allé en diminuant jusqu’à la récolte qui a été assez abondante. Il ne valait pour lors que six livres le bichet, mais deux mois après, il est augmenté et a valu à la fin de l’année jusqu’à 8 livres 10 sols et 9 livres le bichet. Le coût de cette augmentation est la disette des menus grains qui ont manqué presque généralement et la peste des assignats. La sécheresse qui a duré quatre mois a tout grillé. On ne se rappelle pas de mémoire d’homme d’avoir vu une sécheresse si longue aussi on n’a cueilli ni second foin, ni raves, peu de truffes valant trois livres le bichet. En beaucoup d’endroits, les fruits ont été fort mauvais, n’étant pas venus à maturité. Les bêtes à cornes n’ont pour nourriture que de la paille. Ce qu’il y eut de bon, c’est le vin mais en petite quantité. Le raisin a mûri. Il a été cueilli dans le plus grand sec. A la fin de septembre, les vendanges étaient finies dans tout le lyonnais. A la Toussaint, le vin nouveau valait couramment dix sous l’anée.

 

L’Assemblée Nationale a tout changé ou détruit ce qu’il était de l’ancien régime. Ses décrets sont en si grand nombre qu’il serait impossible de tout rapporter. Elle en a rendu un dans le courant de novembre dernier qui enjoint à tous les fonctionnaires publics de prêter le serment ainsi conçu pour les curés :

« Je jure d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi, de veiller au besoin sur le troupeau qui m’est confié et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi. » La plupart des curés se sont refusés à un pareil serment, plusieurs l’ont prêté avec restriction et il en est qui se sont prêtés à toutes les circonstances nolo judicare quemquam. Tous ceux qui se sont refusés ou qui ont fait des restrictions dont le procès verbal faisait mention ont été expulsés de leur cure et, ce qui est étonnant, c’est qu’il se soit trouvé des ecclésiastiques assez avides pour remplacer ces respectables curés. On n’arrêtait point de le dire, on n’a trouvé que des moines défroqués ou quelques vicaires manquant de délicatesse et de sentiment ; aussi ont-ils été mal accueillis dans la plupart des paroisses lorsqu’ils se sont présentés pour prendre possession d’une place dont le titulaire vivait et qu’il ne doit qu’à la force et à la rigueur. Tous les évêques de France ont subi le même sort à l’exception de quatre. Tout cela occasionne beaucoup de trouble et de désordre dans les villes et paroisses. Enfin, grâce à Dieu, j’ai su sagement concilier tous les esprits de manière que ma paroisse n’éprouve aucun de ces désagréments mais il n’en manque pas d’autres.

On a procédé dans les fêtes de Noël à la nomination d’un juge de paix. Les suffrages ont porté Mr Decomberousse, avocat à Vienne, qui a donné sa démission au bout de deux mois pour prendre la place de juge au tribunal du district de Vienne. La seconde assemblée nous a donné pour juge de paix Mr Faure, notaire à Décines. On peut regarder cette institution des juges de paix pour les campagnes comme très sage et bien ordonnée. Il y en a un par canton. Villeurbanne en est déjà le chef-lieu et comprend Vaulx, Bron, Décines, Charpieu, Chassieu et Meyzieu.

Depuis le 1er janvier 1791, tous les curés et vicaires ont reçu leur traitement, chacun dans leur district, suivant la population de leur paroisse. Les moindres ont 1200 livres et les vicaires 700 livres. D’après le dénombrement que j’ai fait moi-même, la population monte ici à 1630 âmes, ainsi, il me revient 1500 livres par an ; mais on ne connaît plus l’argent, on ne paie qu’en papier, c’est-à-dire les assignats qui sont toujours allés en perdant. A la fin de cette année, ils perdent trente pour cent, ce que j’atteste avoir vu de mes propres yeux.

La ville de Lyon pour suppléer à la monnaie qui a disparu, a imaginé des petits mandats en carton de 6 livres, 3, 1 livre, 10 sols, 1 livre et 10 sols. Nos femmes au retour du marché, n’apportent que cette paperasse. La peste des assignats et les autres papiers monnaie ont fait augmenter tous les comestibles ainsi que toutes les marchandises quelconques de près d’un tiers. Il y en a même qui doublent. Ainsi, les pauvres curés qui croient recevoir 1200 livres en reçoivent à peine 800 par le prix des denrées.

Tandis que toutes les autres paroisses sollicitent auprès des districts la conservation et même l’agrandissement des jardins de leur cure, qui le croirait que celle de Villeurbanne demande auprès du district de Vienne que le surplus du demi-arpent du jardin de leur cure soit vendu parce que le jardin contient environ quatre bicherées et demie et que le décret n’accorde qu’un demi-arpent aux curés pour former leur jardin, lequel demi-arpent est de deux bicherées et quelques toises.

Mais rendons justice à nos paroissiens. Il ne s’en trouve que trois dans le nombre des citoyens qui demandent cette vente. Ces trois individus que l’on ne craindrait pas d’appeler mauvais sujets puisqu’ils se conduisent par pure vengeance et par malice contre leur curé qui ne leur veut que du bien et qui leur rend service quand l’occasion se présente, ont dénoncé et même fait des soumissions au district pour le surplus du clos. Le curé a présenté différentes requêtes. On a ordonné la mensuration du dit jardin et les choses en sont demeurées là.

Tous les fonds d’obit dépendant de la cure ont été vendus dans le courant d’août. La veuve Gacon au-dessous du Mollard est restée adjudicataire. Il y avait une vigne aux Combes de dix hommées, l’inviolata et la terre près Robert dit Marcellin, chacune d’environ trois bicherées, une terre au chemin de Ruelles de quatre bicherées et une autre au marais de dix.

Ces trois susnommés n’occasionnent que le trouble et le désordre dans la paroisse. Tient-on une assemblée, ils y cabalent. Ils s’imaginent avoir plus de lumières et d’esprit que tout le reste des citoyens et quiconque voudra bien les apprécier reconnaîtra qu’ils ont même fort peu de bon sens, mais seulement beaucoup d’orgueil.

Dans tous les districts, on a vendu en grande partie les biens du clergé, prébendes ecclésiastiques ou laïques, fonds d’obit, rien n’a été réservé mais le tout très chèrement.

L’assemblée était divisée en deux parties, le côté droit attaché au roi et le côté gauche parmi lesquels un grand nombre voulait la république, la révolution telle qu’ils l’ont décrétée tandis que les autres demandaient beaucoup de modifications.

Mirabeau, député de Provence, était le chef du parti gauche. On peut le regarder même comme le chef de la révolution. Sans lui, jamais elle ne se serait opérée. Ce grand homme, il l’était par ses vastes lumières et ses connaissances mais qu’il a ternies  par tant de scélératesse. Aujourd’hui, ses cendres reposent dans le lieu destiné aux grands hommes. Il est mort dans le courant de mars âgé de quarante deux ans. Si la mort ne l’eût pas enlevé si tôt, il aurait peut-être tout réparé et procuré de grands biens à la patrie. Il semblait le promettre.

L’abbé Maury était le 1er homme du côté droit, on peut même dire de l’assemblée et sans contredit de la France. Quelle science et quel génie ! En général, l’assemblée renfermait des hommes d’un grand mérite. Elle a terminé ses séances le 30 septembre. La seconde législature lui a succédé de suite au nombre de 700 députés.

Mr de Savy, le digne maire de Lyon, a été nommé président du tribunal de district. Il a été remplacé dans la mairie par Mr Vitet, médecin fort enragé, grand républicain faisant mouvoir à son gré les clubs.

 

Depuis la St Jean, il n’y a plus de vicaire. Le père Thévenin, qui l’était ici, n’a pas craint de manquer de délicatesse pour prendre la cure de Pusignan et succéder à un homme vivant et que l’on chasse de la place. Par mes soins, la paroisse a eu une seconde messe toutes les fêtes et dimanches.

 

Curé Dechastelin

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1791 : Serment d’un prêtre

Le curé de Rochetoirin, ayant accepté de prêter serment, témoigne dans le registre paroissial. Ce dernier ayant subi les outrages du temps …ou des souris … présente des pages incomplètes.

 

AD38   Rochetoirin   BMS 1770-1792   vue 237

 

Le trente janvier mil sept cent quatre-vingt onze, vu le décret de l’Assemblée Nationale sanctionné du roi, m’ayant intimé la municipalité de la Tour du Pin, faire un serment à l’issue de la messe de paroisse, après avoir assisté au saint sacrifice de la messe, j’ai parlé ainsi mon serment en présence de la paroisse mais avec toutes les conditions et restrictions capables de mettre ma conscience en sûreté, ainsi que m’avait autorisé Mr Brochier, vicaire général de Vienne qui le lut et l’approuva huit jours avant.

Je leur ai dit que je venais remplir deux devoirs : le premier, je venais me soumettre, par le second, je dois l’instruction à chaque citoyen envers Dieu et la patrie. Comme pasteur, j’ai promis de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés et, en conséquence, que je professerai et leur enseignerai jusqu’au dernier soupir de ma vie la religion catholique, apostolique et romaine, sa foi, sa morale, sa discipline et sa soumission due à ses légitimes pasteurs et comme citoyen ……… à l’ordre civil et politique, j’ai juré d’obéir à la nation, à la loi et au roi et de maintenir en mon pouvoir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi ……..

 

 

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1789 : la grande peur à Bourgoin

Le curé Enjelvin de la paroisse de Jallieu décrit dans le détail les événements liés à « la grande peur en Dauphiné » à une époque où la Savoie n’était pas française (rattachement en 1860). J’ai transcrit l’intégralité du récit et seuls les courageux ou les passionnés iront au bout. Le récit est parfois confus mais il ne manque pas d’intérêt pour ceux qui aiment voir l’histoire à travers la « petite histoire ».

 

AD38  Jallieu  BMS 1782-1792   vue 116

 

Procès verbal de la paroisse de Jallieu du vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf et trente juillet mil sept cent quatre-vingt neuf par nous curé soussigné témoin des faits ci-dessous mentionnés

 

Le lundi vingt-sept juillet mil sept cent quatre-vingt neuf sur les six heures du soir, il fut annoncé aux habitants de Bourgoin qu’il arrivait subitement des troupes de Savoie contre la patrie et, une heure après, on répandit le bruit que ce n’était pas des troupes réglées, mais des brigands qui voulaient ravager et piller la contrée ; au signal de cette première nouvelle, on sonna les cloches de Bourgoin et bientôt celles de la paroisse de Jallieu à la volée et on ne discontinua de donner l’alarme que sur les neuf heures du soir.

Messieurs les officiers municipaux de Bourgoin se donnèrent tout le mouvement que leur zèle vraiment patriotique leur inspira. La terreur devint si forte que les femmes et les enfants se cachèrent ou s’enfuirent et presque tous passèrent la nuit dans les champs.

Il se ramassa des villages et des paroisses voisines beaucoup d’habitants armés dont le nombre ne s’accrut considérablement qu’au milieu de la nuit. On vit continuellement à la tête de ceux qui venaient donner du secours les sieurs de Beffroi, de St Germain, de St Clair et d’un autre côté, la milice bourgeoise qui ne quitta pas la place.

 

Le vingt-huit juillet 1789

 

Ce fut sur le point du jour que Bourgoin se trouva surchargé d’un grand nombre d’hommes venus de toutes les paroisses voisines. Une partie se retira en paix, voyant que l’alarme avait été fausse, notamment les paroissiens de Jallieu dont les uns arrivèrent à leur église à quatre heures et demie du matin et les autres s’étaient retirés séparément de Bourgoin pour aller à leurs travaux.

Dans ce même temps, certains habitants de plusieurs paroisses délibérèrent avant de sortir de Bourgoin, d’aller piller et brûler les châteaux. Ils entraînèrent tous ceux qu’ils trouvèrent sur la place, du nombre desquels il y eut trois ou quatre jeunes gens de Jallieu. Le sieur Durival, sous-lieutenant de la maréchaussée, fut forcé par les brigands de se mettre à la tête.

Ils sortirent par la route de Lyon pour aller à la dévastation et au pillage des châteaux et à l’incendie du château de Vaux, ayant déjà dévasté celui de Domarin.

Vers midi du même jour, il entra à Bourgoin un nombre considérable d’autres gens de campagne. C’était les habitants de la paroisse de Ruy. Armés, deux à deux, avec un tambour, ils firent plusieurs tours dans la ville jusqu’au moment où ils délibérèrent d’aller au château du seigneur de Maubec situé dans la dite ville pour demander les terriers et titres seigneuriaux aux fins de les brûler.

A une heure après-midi, les officiers de la milice bourgeoise de Jallieu, ayant été commandés par Mr leur colonel de monter à Bourgoin pour faire l’exercice, s’y rendirent avec leur troupe, ignorant parfaitement la manœuvre hardie que tramaient ceux dont nous venons de parler ci-dessus, ne sachant pas même qu’ils fussent dans la ville. Les sieurs Lilatte et Levrat, leurs capitaines, arrêtèrent leurs compagnies sous les allées pour qu’elles ne communiquassent pas avec eux. Ils y réussirent. Leurs gens n’avancèrent pas davantage, se contentant de faire quelque peu d’exercice sous les allées.

A deux heures, la basse cour du château de Bourgoin fut remplie de tous ces gens armés qui réclamaient les susdits terriers et menaçaient du feu. Ils leur furent livrés. On ne pouvait sans imprudence leur résister. Tous ces frénétiques arrivèrent au milieu de la place, entourant quatre des leurs chargés des terriers et titres seigneuriaux du susdit seigneur. Ils les déposèrent et amoncelèrent pour les brûler mais avant de commencer l’incendie, ils se firent lire le titre de chaque terrier, crainte de ne pas brûler ceux qui les concernaient.

Les deux compagnies de Jallieu s’étaient retirées dans leur paroisse et étaient occupées à faire l’exercice sur la grande route au faubourg de St Michel.

Dès qu’on eût lu tous les titres des papiers qu’on devait brûler, opération qui dura une heure et demie, on fut chercher des fagottes pour y jeter les papiers dessus et, dès que la flamme commença à se communiquer aux papiers, on fit une décharge et des hauts cris qui furent redoublés toutes les fois que les flammes détachaient certains papiers qu’elles faisaient sauter en l’air. L’incendie des susdits papiers était presque fini lorsque ces menées détachaient quelques uns des leurs pour aller chercher les habitants de Jallieu afin de les faire participer à leur criminelle entreprise. Certains les suivirent, ayant toujours leurs capitaines et le Sr Seignoret, colonel, à leur tête. Ils arrivèrent à la place lorsqu’il ne reçurent  que les cendres enflammées des papiers. Aussitôt, les incendiaires marchèrent les premiers vers le Sr Duret, rénovateur à terriers, pour lui demander encore des titres et reconnaissances. Les habitants de Jallieu les suivirent mais à peine y furent-ils arrivés que le curé alla prier le colonel de faire retirer la paroisse de Jallieu qui n’avait pas demandé les papiers du Seigneur de Maubec et qui ne les avait pas fait brûler et qu’il serait affreux qu’on l’impliquât dans cette mauvaise entreprise. Le Sr Seignoret, colonel, répondit qu’il était extrêmement fatigué et pria le Sr curé de ramener sa paroisse s’il le pouvait. Ce dernier ne perdit pas de temps et, avant que le Sr Duret se fût saisi des papiers et titres qu’il avait chez lui, il vint à bout par les exhortations de faire retirer les paroissiens avec leurs officiers. Ils laissèrent devant la porte du Sr Duret les incendiaires et se retirèrent en ordre dans leur paroisse. Quelques temps après leur départ, le Sr Duret fut contraint de remettre bien de titres et papiers qu’il avait eu la précaution de cacher et qui furent tous brûlés.

Les deux compagnies de Jallieu, sur la petite place de leur église, posèrent les armes à l’ordre de leurs capitaines qui les exhortèrent conjointement avec leur pasteur de se retirer chacun dans leurs départements et habitations, d’y rester jusqu’à ce que les officiers leur ordonnassent d’en sortir. Les dits habitants obéirent. Il n’y eut que ceux qui montaient la garde qui parurent dans la nuit.

 

Le vingt-neuf juillet

 

Les habitants de Jallieu allèrent à leur travail et le calme semblait être assuré dans la paroisse. Il le fut jusqu’à dix heures du matin. Triste époque à laquelle il arriva des personnes du village de l’Isle d’Abeau qui traversèrent le marais à cheval au galop pour annoncer de sonner l’alarme, que des brigands avaient mis le feu à La Verpillière, qu’il fallait du secours. Des voisins de l’église sonnèrent imprudemment l’alarme à Jallieu, ce qui assembla en peu de temps les habitants de la paroisse au nombre d’environ deux cent cinquante, armés de fusils et de faux. Quelques représentations que fissent le curé et les principaux notables de la paroisse, certaines têtes échauffées, c’est-à-dire cinq ou six mauvais sujets au nombre desquels étaient le nommé Casset et Mathieu Bœuf qui furent pendus, ne voulurent jamais consentir de rester dans leur paroisse jusqu’à ce qu’on fût instruit si l’alarme était vraie ou fausse. Et, pendant que leur curé alla à Bourgoin pour s’informer du fait, par le retour du courrier qu’on avait dépêché à La Verpillière, ceux qui étaient avides du pillage, animés pour avoir entendu dire qu’il y en avait qui se seraient enrichis la veille au château de Vaux, ne voulurent prendre patience. Et, sous prétexte d’aller au secours de La Verpillière, ils défilèrent à travers du marais pour passer à l’Isle d’Abeau, ne pouvant manquer par ce moyen de rejoindre la grande bande qui était aux environs (c’était la même qui avait fait tant de ravages la veille). Les Srs Poulardière, Lainé et Tranchant de Jallieu, leur coururent après, les premiers pour les faire revenir sur leurs pas. Le Sr curé s’y transporta aussi. Ils réussirent à les faire rétrograder, attendu qu’il y en avait peu de mal  intentionnés. Les Srs curé, Poulardière et Tranchant, n’osant pas les laisser tout à la fois de crainte qu’ils n’allassent au château de St Savin ainsi que quelques uns menaçaient, les firent arrêter dans une prairie. On leur donna à manger et à boire, de même qu’à une partie de la paroisse de St Savin qui s’était rendue à Jallieu. Ensuite, les Srs Poulardière et Tranchant voulurent aller amener au Seigneur de St Savin ceux de ses vassaux qui s’étaient joints à Jallieu. Le curé qui se trouva seul avec tout ce monde, ne fut pas sans embarras. Il les exhorta, les prêcha et obtint de la plus grande partie de se retirer à leur travail. Ils le firent. Il emmena les autres à la cure pour les faire boire et passer ainsi le temps mais ce fut là où ceux qui avaient des mauvaises vues ne purent plus le dissimuler.

Ils partirent pour St Savin, demandant cependant que leur curé y fut avec eux, assurant qu’il ne se passerait rien de mauvais si leur curé les accompagnait, protestant de vouloir offrir leurs services au château et que, d’ailleurs, les Srs Poulardière et Tranchant y étaient allés conduire ceux de St Savin, qu’ils leur obéiront et qu’ils reviendront sans faire du mal.

Le sieur curé se retira, triste de n’avoir pu contenir les paroissiens. Néanmoins, demi-heure après, il remonte à cheval et court après cette bande d’environ cent pour en contenir au moins quelques uns. Il y avait réussi, ses paroissiens restèrent seulement dans la basse cour du château de St Savin. Ils burent et se retirèrent sur les sept heures du soir à part une dizaine qu’il laissa derrière mais qui sortaient déjà de la basse cour. On se serait retiré sans être rentré au château, sans y avoir fait aucun mal si on n’eût rencontré à la Croix de St Savin, à la jonction des deux chemins de St Marcel et de Bourgoin, la bande des brigands qui avait déjà ravagé quatre châteaux. Alors le curé ne crut pas qu’il fût prudent de rétrograder, marcha vers sa paroisse, accompagné de ceux qui ne se laissèrent pas gagner par les cris de cette nouvelle bande de brigands qui les menaçaient s’ils ne venaient pas se joindre à eux. Le château de St Savin fut pillé par la susdite bande et par trente-cinq habitants de Jallieu qui échappèrent aux poursuites du curé.(nota que le plus grand nombre des brigands de Jallieu étaient ou des valets ou des fabricants mais fort peu de chefs de famille.

Tous ces brigands ne restèrent à St Savin pour le piller qu’environ une heure et demie. De là, ils allèrent brûler les papiers qu’ils trouvèrent à Demptézieu et furent passer la nuit au château de Montcarra où ils firent une dévastation et un pillage affreux.

 

Le trente juillet, le jeudi

 

Les habitants du mandement de Maubec et d’autres paroisses dévastèrent de fond en comble le château de Césarges, pillèrent le couvent de paterne et profanèrent l’église. Plus de trente châteaux eurent le sort d’être dévastés ou brûlés dans le mandement de Vienne. La plupart des brigands de la paroisse de Jallieu restèrent en course. Les uns furent au pillage du château de Chapeau Cornu et de Marteray, d’autres s’étaient retirés chez eux au sortir du pillage de Montcarra. Ce même jour, des brigands étrangers firent aussi une descente à Petit Mont, forcèrent d’enlever des girouettes, tentèrent de piller, néanmoins ils ne firent aucun mal.

Le même jour, sur les trois heures du soir, il arriva une bande composée de cinq, tous de Jallieu, avec un tambour, arrivant du pillage du château de Mr du Villion, Marteray, Chapeau Cornu, n’apportant presque rien du pillage.

 

Le trente et un juillet, le vendredi

 

Cinq ou six des brigands de la paroisse de Jallieu se transportèrent au château de La Bâtie pour le brûler mais par le secours du curé qui flatta et accompagna ces malheureux, le château n’eut point de mal. En se retirant du château de la bâtie, ils s’arrêtèrent au devant de la porte. Deux malins près du pont demandèrent au curé trois louis d’or que l’homme d’affaires du château de St Savin lui avait remis l’avant-veille pour les flatter et les faire sortir du château sans  y faire aucun mal. Le curé leur représenta que cette somme ne pouvait pas leur appartenir, qu’elle ne lui avait été remise qu’à condition que le château ne serait pas pillé, mais qu’ayant contribué au pillage du dit, il ne pouvait la leur remettre.

Sur ces entrefaites, le curé les quitte. Ils menacent de lui faire violence et se transportent chez le Sr Levrat, fermier du terrier de St Pierre et chez le nommé Malon, fermier de Ste Catherine, prennent les terriers de l’un et l’autre fermier et viennent à la cure, demandent avec armes les trois louis d’or dits ci-dessus qui leur furent remis et brûlèrent devant la porte de l’église sur le chemin les dits terriers.

 

Le premier août, samedi

 

Un fabricant qui avait volé toute l’argenterie du château de St Savin, l’avait déjà vendue pour partir lorsque les cavaliers de maréchaussée avec la garde bourgeoise de Bourgoin commencèrent enfin à se montrer et le saisirent sur le chemin de Jallieu à Bourgoin, de même qu’autres deux de ses camarades qi furent conduits en prison. Celui qui avait volé l’argenterie était celui qui avait fait le plus de mal. Il avait enfoncé toutes les portes du château. Néanmoins les menaces que les brigands faisaient aux habitants de Bourgoin furent cause qu’on laissa évader ces trois brigands. On craignait une révolte contre les habitants de Bourgoin et de St Savin.

 

Le second août, dimanche

 

Les brigands étaient sortis de prison crurent que c’était le curé de Jallieu qui avait été cause de leur détention en prison et conspirèrent contre ses jours. Il fut forcé de se retirer le soir de bonne heure et ne pouvait aller le jour sans armes ou sans compagnie.

 

Le neuvième août, dimanche

 

Les menaces et les châtiments qui s’étaient annoncés pendant toute la semaine de la part de la Prévôté de Vienne et de la Commission intermédiaire de Grenoble commencèrent à tempérer pendant la semaine la fureur des brigands. Et le dimanche neuvième août, les loups devinrent des agneaux. Le repentir succéda au crime. Les plus grands scélérats cherchèrent la fuite ou les ténèbres. Voici quel fut le souverain remède : la justice criminelle de Vienne députa son prévôt pour commencer sa tournée. Une compagnie d’artillerie qui était en garnison à Valence arriva les premiers jours du mois d’août, de même que deux compagnies de cavalerie qui séjournèrent environ trois mois à Bourgoin. En outre, la Commission intermédiaire envoya des commissaires avec des soldats suisses.

Il ne fallait pas certainement tant de forces pour intimider les brigands. Le Sr de St Romain, prévôt de Vienne, arriva le samedi au soir huitième août pour commencer les exécutions. A Bourgoin, il amena avec lui bonne compagnie de maréchaussée, un capucin et un bourreau ; et le neuvième août à six heures du matin, il prononça la sentence de mort contre un des brigands, habitant de la paroisse d’Artas qui avait mis le feu au château de Vaux. La même nuit, on se saisit du nommé Casset, natif de Ruy, habitant à Jallieu depuis deux années. Il fut conduit sur la même charrette que le malheureux qu’on conduisit au supplice et ce dernier fut pendu sur les huit heures du matin au dernier arbre de l’allée du château de Vaux et le susdit Casset fut conduit aux prisons de Vienne.

Quelques jours après, on se saisit d’un jeune homme qui était aussi de Jallieu et qui fut conduit aux prisons de Vienne. Huit jours après sa prise de corps, il fut reconduit à Bourgoin avec le susdit Casset pour y être condamnés à mort. Ce dernier fut pendu sur la paroisse d’Arcisse à cause qu’il avait assisté au pillage du château du Sr du Vilard et l’autre fut pendu à la place de Bourgoin. Ils demandèrent tous les deux leur curé pour les conduire au supplice. Il est certain qu’il y avait un très grand nombre de brigands qui avaient plus mérité la mort qu’eux mais il fallait des exemples prompts. Les cavaliers n’osaient guère courir dans les campagnes éloignées. Bourgoin passait pour être le foyer de tous les malheurs et on dénonçait ces deux malheureux qui firent une mort fort édifiante. La paroisse de Jallieu fut fort affligée de ce malheur. En effet, il n’y avait point de paroisse dans les environs qui eut moins servi au pillage de quatre cent hommes capables de porter les armes. A peine y eut-il quarante brigands alors que les paroisses voisines, femmes et hommes, tous participèrent au pillage. Combien qui furent des incendiaires, des sacrilèges qui profanèrent les églises, brûlèrent les châteaux. Les paroissiens de Jallieu n’avaient assisté qu’au pillage de trois ou quatre châteaux qui ne furent ni dévastés, ni brûlés mais dans ces occasions comme dans les autres, il faut se soumettre à la volonté de dieu qui dispose de tout dans l’ordre de sa providence. Pour son plus grand bien en effet, ces châtiments ont servi de grand exemple pour la jeunesse qui a été plus soumise durant le cours de cette année.

Je souhaite que mes successeurs n’éprouvent jamais de pareilles révolutions.

Jallieu, ce dixième septembre mil sept cent quatre vingt-neuf

 

Curé Enjelvin

 

 

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Antoine Barnave

Antoine-Pierre-Joseph-Marie Barnave, né à Grenoble le 22 octobre 1761 et guillotiné à Paris le 29 novembre 1793, eut un rôle important pendant la révolution française.Antoine-Barnave

Issu d’une vieille famille protestante de la haute bourgeoisie de Grenoble, le jeune Antoine suit des études de droit à Grenoble et obtient le diplôme de bachelier, puis de licencié en droit à l’université d’Orange (1780). En 1783, il est choisi parmi les jeunes avocats pour prononcer le discours de clôture du parlement de Grenoble. Il fait remarquer son indépendance d’esprit et, comme la plupart des représentants de la bourgeoisie, il souhaite qu’« une nouvelle distribution de la richesse entraîne une nouvelle distribution du pouvoir ».

Au lendemain de la « journée des tuiles », Barnave rédige un libelle l’Esprit des Édits appelant à soutenir le Parlement de Grenoble suspendu par le Pouvoir central, et se rapproche d’un autre avocat promis lui aussi à un bel avenir, Jean-Joseph Mounier. Barnave et Mounier vont obtenir la réunion des députés des trois ordres le 21 juillet au château de Vizille. La résolution de Mounier réclamant le rétablissement des parlements provinciaux et la convocation des Etats Généraux y est adoptée. Le 7 janvier 1789, Mounier et Barnave sont élus comme représentants du Tiers Etat.

Mounier penche pour un compromis monarchique. Barnave s’éloigne alors de lui et va constituer avec Duport et Lameth, un groupe d’action politique dénommé le « triumvirat », siégeant à l’extrême gauche de l’Assemblée et fer de lance de la Révolution.

Elu maire de Grenoble, il se désiste quelques mois plus tard, invoquant les contraintes de son mandat. Il accède à la présidence de l’Assemblée constituante le 25 octobre 1790 pour une durée de 15 jours. Sa popularité atteint son apogée.

En décembre 1790, Barnave, qui se représente à la présidence de l’Assemblée, est battu par un obscur constitutionnel. Le triumvirat, attaqué sur sa droite par Mirabeau, est de plus en plus déconsidéré au Club de Jacobins.

Après la fuite du roi, Barnave est chargé de reconduire la famille royale à Paris. Pendant les trois jours que dure le voyage de retour, Barnave est touché par les malheurs de Marie Antoinette. Il entame avec elle une correspondance secrète. Il rejoint alors les monarchistes constitutionnels du club des Feuillants, ce qui lui vaut la haine du peuple parisien et des Jacobins.

Barnave reste à Paris jusqu’au 5 janvier 1792. Il continue à prodiguer ses conseils à la Cour par la correspondance ou les entrevues secrètes avec Marie-Antoinette. Il se retire ensuite à Grenoble, mais une correspondance des plus compromettantes pour lui est découverte dans un secrétaire du cabinet du roi au Palais des Tuileries.

Arrêté le 19 août dans sa maison familiale de Saint-Egrève, il est incarcéré dans les prisons de la citadelle de la Bastille, puis au couvent de Ste Marie d’en Haut, transformé en prison politique. En juin 1793, il est isolé au Fort Barraux (Chartreuse). L’approche des armées sardes près de la frontière entraîne son transfert à la prison de Saint-Marcellin. Il n’y reste que peu de temps, la Convention demande sa comparution devant le Tribunal Révolutionnaire. Le 18 novembre, il est incarcéré à la Conciergerie. Son procès se tient les 27 et 28 novembre. Malgré une plaidoirie brillante qu’il prononce lui-même, il est condamné à mort et guillotiné le 29 novembre 1793, en même temps que l’ancien Garde des Sceaux, Duport-Dutertre.

Antoine Barnave est inhumé à la Chapelle expiatoire à Paris.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Barnave

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août 1789 : la répression

Après les pillages et destructions fin juillet 1789, les sanctions sont tombées sans retard.grandepeur7

 

Cinq hommes, Antoine Remendon et Jean Rostaing de Moidieu, Christophe Mercier de Beauvoir de Marc, François Bouliat et Laurent Poizat de Villeneuve de Marc, furent pris et conduits à la prison de Vienne où le comité permanent, sous la pression de la foule , les fit relâcher.

Jean Baptiste Nugues, d’Artas (qui avait incendié le château de Moidière) et Ennemond Curt de Saint-Agnin, n’eurent pas cette chance et le 7 août, furent condamnés à mort. Voici la copie du jugement qui condamnait deux pauvres bougres à être horriblement exécutés :

 

De par le Roi,

Nous, Jacques Duclaux de la Rochette, chevalie de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, lieutenant-colonel de cavalerie et prévôt général de la maréchaussée du Dauphiné,

Savoir faisant qu’un procès a été mû et intenté entre le procureur du roi de la dite maréchaussée de Vienne, demandeur accusateur d’une part ; Jean Baptiste Nugues et Ennemond Curt, accusés détenus, défendeurs d’autre part.

Nous, jugeant prévôtalement et en dernier ressort sur les procédures criminelles à nous rapportées au greffe et par ce qui résulte d’icelles, avons déclaré les dits Nugues et Curt dûment convaincus d’avoir participé au pillage et incendie des châteaux de Vaux (Vaulx Milieu) et de Moidière (Bonnefamille) ; au pillage et saccagement des châteaux d’Artas et de Montfort et de celui de Monsieur Berger de Moidieu fils, procureur général au parlement de cette province du Dauphiné, de la maison religieuse de Bonnevaux, des maisons de Monsieur Anglès, conseiller au même parlement, situées à Hauterive sur Meyssies et de celle de Monsieur de Miribel à Châtonnay.

Pour réparation de quoi, nous avons condamné les dits Jean Baptiste Nugues et Ennemond Curt à être pendus et étranglés jusqu’à ce que mort naturelle s’en suive par l’exécuteur de la haute justice. Savoir : le dit Curt à une potence qui sera dressée à cet effet au lieu-dit de la Détourbe, et le dit Nugues à une autre potence qui sera pareillement dressée à cet effet sur la grande route de la Verpillière à Bourgoin, le plus près du château de Vaux que faire se pourra, et leurs corps morts y demeureront suspendus, et les avons en outre condamnés à une amende de dix livres envers le roi et aux dépens et frais de procédure.

Donné au palais royal et delphinal de Vienne le 7 août 1789.

Le chevalier de Saint Romain, juge ; Alméras-Latour et Piot, conseillers ; Bouthier, Ginet et Teste, assesseurs.

 

Le lendemain de ce jugement, 8 août, un sinistre convoi composé de 30 dragons, 30 canonniers, 12 hommes de la milice bourgeoise de Vienne accompagnés d’un capucin venu apporter les secours de la religion aux deux malheureux condamnés, quitta Vienne et, après deux heures de marche sous une chaleur torride, s’arrêta à Estrablin où lecture du jugement prévôtal leur fut faite.

Arrivé à la Détourbe, Curt est pendu à un arbre en bordure du chemin menant à Beauvoir de Marc, face au château de Malissoles (Berger de Moidieu). Après cette affreuse exécution, le triste équipage reprit sa marche par Savas, Beauvoir de Marc, Charantonnay, Artas, pays natal de Nugues et arriva enfin à Vaux où ce dernier fut tué de la même manière.

 

http://genealogie-simard-boudarel.over-blog.com/article-4781380.html

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La grande peur en Dauphiné

Celle qui traversa notre région trouva son origine en Franche-Comté et arriva chez nous par le Bugey en descendant vers la vallée du Rhône.

La rumeur voulait que des brigands, puis des savoyards ou des sardes attaquaient les villages, incendiaient les gerbiers, empoisonnaient les puits et les fontaines. La rumeur enflait en se propageant mais en réalité, il n’y avait personne en dehors de quelques brigandages sans conséquence.

C’est à partir du 27 et 28 juillet que la rumeur se calma et que l’on sut que l’alarme était fausse. C’est alors que les paysans s’en prirent à la noblesse, les accusant d’avoir lancé la rumeur. C’est alors que l’on vit des troupes entières attaquer, piller, brûler et détruire les châteaux des environs. Puis les paysans détruisirent les terriers qui représentaient leur dépendance vis-à-vis de la féodalité.

Après cet épisode, vinrent la répression et le retour au calme dans le Nord-Isère.

On peut trouver de nombreux autres renseignements sur les sites :

http://genealogie-simard-boudarel.over-blog.com/article-4781380.html

http://www.nivolas-vermelle.fr/vivre-a-nivolas-vermelle/histoire-et-patrimoine/222-la-grande-peur-en-bas-dauphine.html

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1791 dans la Loire

Le curé de St Priest la Prugne termine son témoignage par l’année 1791.

AD42  vue 55 BMS 1789-1792   St Priest la Prugne

Vous vous rappellerez,  mon cher lecteur, du proverbe qui dit « qui nimium probat nihil probat ». J’avais annoncé dans mon dernier mémoire à la fin du registre de 1790 que je ferai voir dans celui-ci quelle sera la fin des débats de 1790 et du refus de serment mais nous sommes toujours aux prises sans espérance de voir encore sitôt la fin de nos guerres. C’est pourquoi je suis obligé de continuer à énoncer ce qui s’est passé de plus remarquable cette année 1791.

Pour d’une, revenir à l’histoire du refus de prestation de serment, il sera notoire que l’assemblée nationale, enfant d’un pouvoir souverain, déclara déchus, dépossédés de leurs bénéfices à charge d’âmes, tous les évêques, curés et autres ecclésiastiques de servant qui refuseraient de prêter le serment. Sur 133 évêques en France, quatre seulement le prêtèrent. Tous les autres, appuyés de l’autorité de notre saint père le pape qui n’approuvait pas cette constitution civile du clergé refusèrent et furent remplacés. Beaucoup de curés furent aussi remplacés pour la même cause. Là commença le schisme. L’unanimité des évêques de France, le pape à leur tête qui lança un bref comminatoire contre tous ceux du clergé de France qui avaient prêté le serment de maintenir la constitution du clergé ne se seraient rétractés dans quarante jours à compter du jour de sa fulmination et suspense de leurs fonctions, de leurs ordres.

Beaucoup se rétractèrent, plusieurs, au contraire, ne firent que s’en obstiner davantage. Dès lors, on vit dans plusieurs diocèses deux évêques et dans plusieurs cures et en grand nombre, deux curés. Chacun faisait bande à part. Le nombre des catholiques romains était en certains endroits fort nombreux et ils suivaient leur ancien pasteur. Dans d’autres paroisses, les anciens curés furent obligés de s’éloigner, pressés, insultés, persécutés par les agents du pouvoir civil. Dans d’autres, les curés catholiques romains, c’est-à-dire ceux qui refusèrent le serment ou se rétractèrent et s’attachèrent au parti du pape et des anciens évêques, se retirèrent tranquillement.

Les curés et autres ecclésiastiques constitutionnels étaient soutenus par l’autorité et la force publiques. Les curés et autres ecclésiastiques inconstitutionnels, c’était le nom qu’on donnait à ceux qui avaient épousé le parti du pape. Des évêques catholiques étaient en certains endroits soutenus par le peuple mais tourmentés par les administrateurs : procès verbal contre eux, décrets de prise de corps, mauvais traitements, insultes, prison, persécution, privés de tout revenu.

La rage ne s’exerça pas seulement sur les prêtres catholiques romains, c’est-à-dire qui tenaient au pape et à la chaire de St Pierre, elle se porta aussi sur les fidèles qui refusaient d’aller aux messes des prêtres constitutionnels et de recevoir d’eux les sacrements, crainte de participer à leur schisme. Des filles, des femmes, insultées, fustigées et même maltraitées par une espèce de gens qui se disaient patriotes et qui, à ce titre, se croyaient tout permis. On a vu des coups de fusil tirés sur des prêtres, d’autres se donner la mort, ceux tombés raides morts comme pour servir d’exemples à la race à venir. Enfin, un a été massacré au pied de l’autel au moment où il va dire la messe. Nous ne voyons pas encore au moment où j’écris d’apparence de paix. L’agiotage sur les assignats est porté à son comble et les vols deviennent de jour en jour plus célèbres et plus fréquents et tout impunément.

Curé Tissier

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