L’impartial dauphinois : faits divers

Faits divers relevés dans :

 

 

L’IMPARTIAL DAUPHINOIS  du 12 décembre 1862

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On nous écrit de Saint-Georges d’Espéranche : « Le sieur Antoine Richard, boulanger à Charantonnay, étant parti  samedi soir, vers 10 heures, de Saint-Jean de Bournay pour regagner son domicile, rencontra sur son chemin, |au lieu dit Charbonnière, un individu de haute taille portant un chapeau blanc .sans apprêt et une blouse bleue ; Richard lui adressa la parole, mais sans obtenir de réponse: 400 mètres plus loin, il rencontra un autre individu, également inconnu, vêtu d’une casquette et d’un paletot: rendu défiant par l’argent qu’il portait, Richard jugea prudent de glisser son porte-monnaie dans ses bottes et n’eut qu’à s’applaudir de cette précaution, car peu d’instants après, à la sortie du bois de Molèze, il fut assailli par les deux individus : le plus grand le saisit par le cou et le renversa la face contre terre, tandis que l’autre le fouillait, mais sans rien trouver. Déçus dans leur attente, les deux malfaiteurs s’enfuirent dans les bois sans avoir fait d’autre mal à Richard qui en est quitte pour avoir eu le cou un peu serré. »

 

Le sieur Labe, domestique de M. Ollier, fermier à Septême, s’étant aperçu le 1er décembre qu’on venait de lui voler une montre en argent qui était suspendue à la tête de son lit et une somme de 5 fr. environ qui appartenait à un de ses camarades, soupçonna de ce méfait un jeune homme de 17 ans, natif de Valencin, qu’il avait vu mendier le matin à la ferme et se mit aussitôt à sa poursuite. Le lendemain, en effet, le nommé B. était atteint à Saint-Symphorien d’Ozon et on retrouvait sur lui la montre et une partie de l’argent volé.

 

Dans la nuit du 3 au 4 décembre, il a été commis un vol avec effraction au préjudice de la nommée Angélique Barbier, épicière à Saint-Romans. Les malfaiteurs ont forcé les volets, puis, à l’aide d’un diamant, enlevé un carreau de vitre de la devanture ; ils n’ont point cependant pénétré dans l’intérieur du magasin et se sont bornés à enlever quelques marchandises qui se trouvaient en montre et consistant en: deux sacs de plomb de chasse, pesant ensemble I5 kilos, 5 kilos de clous, une paire de mitaines et six paires de chaussettes.

 

Le sieur Rousseau , aubergiste et débitant de tabac à Veurey, s’aperçut, le mardi 2 décembre au matin, qu’on lui avait, pendant la nuit, volé une somme de 15 francs renfermée dans son tiroir. Le malfaiteur avait escaladé une fenêtre située à quatre mètres environ du sol et seulement bouchée avec de la paille.

 

Nous croyons devoir rappeler que par arrêté préfectoral en date du 31 octobre 1802, art. C, le colportage et la mise en vente des mésanges sont interdits dans le département de l’Isère. C’est pour avoir oublié cette disposition que les époux K., marchands coquetiers à Grenoble, rue des Alpes, se sont vu saisir vingt-six de ces oiseaux qui ont été remis au bureau de bienfaisance, en même temps que procès-verbal était dressé de cette contravention.

 

 

Le sieur André Durand, menuisier au Passage, travaillait samedi dernier, avec trois de ses ouvriers à scier les branches d’un gros noyer qu’ils venaient d’abattre, lorsque, au moment où l’une des grosses branches fut détachée du tronc, l’arbre roula tout à coup sur lui-même et atteignit le sieur Durand et l’un de ses ouvriers, le sieur Guillaud, âgé de 19 ans, natif de Doissin, qui fut écrasé et dont la mort a été instantanée. Quant au sieur Durand, il fut pris par les mains, et, quoique promptement dégagé, a eu la tête et les reins fortement contusionnés : néanmoins on espère le sauver.

 

 

 

 

 

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La Croix Rousse, laboratoire social ?

atelier canut montée des Epiesrue-quartier-canutsIl est certain qu’on y voit naître, surtout dans les années 1830, des institutions originales : la première mutuelle de travailleurs, la Société de Devoir Mutuel, les premiers journaux « ouvriers », l’Echo de la Fabrique, l’Echo des Travailleurs, le premier magasin coopératif, tandis que certains chefs d’ateliers participent au très officiel Conseil des Prudhommes de la ville. Les historiens marxistes ont vu dans la révolte de 1831 un tournant de l’histoire ouvrière.

Il faut cependant être prudent : au soir d’une victoire inattendue, qui leur livre la ville de Lyon, en 1831, les chefs des canuts se déclarent partisans de “la loi et de l’ordre”, “le peuple a faim, mais ne pille pas”, car ces hommes ne font pas partie des bataillons des nouveaux prolétaires de la grande industrie naissante. Certes, ils savent s’unir et agir contre la misère et l’exploitation, “la dureté des temps et des marchands”, mais ils font aussi preuve d’un conservatisme certain, acceptant mal les innovations techniques (la mécanique Jacquard, entre autres). Il n’y a là rien d’étonnant, puisque l’on en est ici au stade de la préindustrialisation, avec la survivance de pratiques ou d’institutions anciennes, comme l’est par exemple la très agissante association des Compagnons Ferrandiniers du Devoir.

C’est grâce au développement de la soierie, que le plateau de la Croix-Rousse va se recouvrir de constructions nouvelles adaptées aux tisserands (les canuts) à partir de 1800. Ces maisons sont hautes (jusqu’à 6 étages) et chaque étage est d’une hauteur suffisante (de 3,6 m à 4 m) pour pouvoir mettre des mécaniques Jacquard au-dessus des métiers à tisser qui sont placés devant les fenêtres. L’arrière des ateliers est aménagé en appartement comportant un coin pour la cuisine, un alcôve avec le lit conjugal ainsi qu’une mezzanine (la soupente) sur laquelle dorment les enfants voire les apprentis.

Bien que propriétaires de leurs métiers, les tisserands sont plus à considérer comme des ouvriers à domicile exploités par les « fabricants » qui habitent en ville. Les conditions de vie deviennent si mauvaises que plusieurs révoltes éclatent en 1831 et 1834 puis 1848 et 1849. C’est pour faire régner l’ordre que le 19 juin 1851 les députés votent la loi de réunion des faubourgs (La Croix-Rousse, Vaise et La Guillotière) à la ville de Lyon. Le décret paraît le 24 mars 1852 et la Croix-Rousse devient le 4ème arrondissement. La ville est placée sous l’autorité du préfet du Rhône et les maires d’arrondissement n’ont que des responsabilités subalternes.

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Les révoltes des canuts : 1831 ; 1834 ; 1848

Mes ancêtres Brunet ont vécu cette époque difficile.Le conflit de 1831  a pour origine la question du “Tarif”, parce que les marchands, gênés eux-mêmes par la crise économique et politique de 1830, ont rogné sur le prix de façon, dont la chute est de 60 % pour les façonnés. La misère qui règne est d’autant moins bien supportée que les commandes ont repris et elle jette dans la rue les tisseurs et leur entourage, qui dignement et en silence envahissent toute la ville, le 25 octobre 1831. Très inquiets, mais aussi favorablement impressionnés, une grande partie des marchands et des autorités, sur l’initiative du préfet Bouvier-Dumolart, acceptent de négocier pour le relèvement d’un tarif officiel. Les marchands opposés au tarif (100 sur 400), les autorités de Paris et la Garde Nationale bourgeoise de Lyon bloquent l’application des accords et provoquent un soulèvement de la Croix-Rousse, où les tisseurs s’emparent du préfet et du général commandant les troupes, où des coups de feu éclatent dans des circonstances mal élucidées.

Grâce à une bonne organisation et à l’avantage de la position stratégique de la colline de la Croix-Rousse, les insurgés triomphent en moins de 48 heures (les 21 et 22 novembre 1831). Le sang a coulé et il y aura environ 150 tués et 500 blessés, mais un ordre relatif a été maintenu par les chefs d’atelier restés maîtres de la révolte; un “apprêteur“ de velours, Martin Buisson, a pris la direction des troupes, qui prennent le contrôle de la ville et s’opposent aux tentatives de pillage. Les chefs ouvriers, qui ne sont entrés dans le mouvement que pour défendre l’accord collectif et n’ont pas de visées politiques, déclarent même qu’ils ne veulent que “la loi et l’ordre” et ne savent pas très bien quoi faire de leur victoire.

Le préfet, les autorités locales sont rétablies et le tarif est confirmé.22 nov 1831Pendant ce temps, le gouvernement de Louis-Philippe à Paris qui a pris conscience du ”danger” et du risque de “contagion”, envoie son propre fils, le duc d’Orléans et une armée de 25 OOO hommes, commandée par le maréchal Soult. Il occupe la ville le 3 décembre 1831 et il ne tardera pas à destituer le préfet jugé trop conciliant et à abolir le Tarif, qui avait été à l’origine du conflit. Pourtant cet échec n’enlèvera rien à la portée de l’évènement et l’on n’osera même pas condamner les “meneurs”, mis en jugement à Riom (loin de Lyon !).

La révolte de 1834, beaucoup plus politique, prouve que le malaise persiste; tout commence bien, en février, par une grève des canuts à la Croix-Rousse, mais le mouvement s’étend à d’autres quartiers, celui de Vaise surtout, et déborde dans le domaine politique, car les républicains veulent en profiter pour s’opposer au gouvernement de la monarchie de Juillet qui a restreint les libertés.

Cette fois, les notables, qui ont eu si peur en 1831 de la “racaille” de la Croix-Rousse et qui peuvent compter sur une armée de  10 000 hommes restée en place réagissent très vite. Comme la Croix-Rousse elle-même n’a pas beaucoup bougé, c’est la grande rue de Vaise qui voit les principaux massacres, vite oubliés d’ailleurs. ”L’ordre règne” à Lyon pour de longues années, qui sont celles de l’essor de la soierie, à peine ralenti par tous ces évènements.

canuts_revolte 1834La révolte de 1848 correspond à une nouvelle crise économique et à l’effondrement de la monarchie de Juillet. C’est un nouveau et dernier sursaut d’une partie des canuts de la Croix-Rousse, qui s’étaient armés à l’occasion des journées révolutionnaires de février 1848… En juin 1848, sur les Pentes, se produit le soulèvement de ces “Voraces”. La répression est aussi immédiate que brutale et l’on n’entendra plus parler des révoltes croix-roussiennes. Prudent, l’empereur Napoléon III veillera au démantèlement des fortifications de la Croix-Rousse et au rattachement de celle-ci à la Ville de Lyon.

http://www.soierie-vivante.asso.fr/Histoire_Revolte.php

Il existe une grande quantité d’informations sur ce sujet si vous êtes intéressés.

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La fête de la Saint Denis

Le 11 octo­bre 1711, c’était le pre­mier jour de la vogue de St Denis de Bron. Cette fête exis­tait depuis des temps immé­mo­riaux, depuis les Gaulois de Condate au moins, et c’était la fête de Bacchus, ou Dionysos, que les curés de l’époque avaient bien vite trans­formée en St Denis. D’évidence on s’y rin­çait bien le cor­gno­lon, mais cette vogue avait la par­ti­cu­la­rité que tout le monde pou­vait s’insul­ter libre­ment sans que les urbains, la police de l’époque, inter­vien­nent. Cela deve­nait un jeu à qui se dirait les insul­tes les plus gros­siè­res. On en a gardé cer­tai­nes expres­sions lyon­nai­ses qui pour­tant sont on ne peut plus affec­tueu­ses, comme « Ah, te v’là cha­ro­gne ! » et bien d’autres encore. Alors, vous pensez bien que fête pareille, ça attirait plein de monde.

 

 

Le Pont du Rhosne ou Pont de la Guillotière

pont guillCe 11 octo­bre 1711, tout le monde était bien allumé mais la vogue allait s’éteindre, il se fai­sait tard et il fal­lait ren­trer. À cette époque il n’y avait qu’un seul pont, qui était très long, pour tra­ver­ser le Rhône, celui qu’on appelle aujourd’hui le pont de la Guillotière, et ce pont fer­mait la nuit. Du côté de la Guillotière, où il y avait de grands tène­ments agri­co­les, le pont com­men­çait à la « place du Pont » (d’où ce nom qui est resté même si le pont n’est plus là) et il y avait une tour d’octroi, avec une porte et un pont levis. De l’autre côté il allait pres­que jusqu’en Bellecour où il y avait une bar­rière (d’où la rue de la Barre). Tous ces gens qui ren­traient de la vogue par la Guillotière, bien fioles de col­la­gne, se pres­saient pour arri­ver avant la fer­me­ture du pont pour ren­trer chez soi.

V’là t’y pas qu’en face débou­chait de Bellecour le carosse de Madame Servient, qui se ren­dait sur ses terres sur la rive gauche. Mais son carosse a été accro­ché par un char­roi venant en sens inverse et fut ren­versé en plein milieu du pont, ce qui pro­dui­sit une bar­rière infran­chis­sa­ble sur laquelle la foule vint se heur­ter et l’empê­chait de tra­ver­ser. Ceux qui étaient en tête, pres­sés par ceux qui sui­vaient furent écrasés les uns sur les autres. On dénom­bra 241 vic­ti­mes dans ce qu’on appela « le tumulte du pont du Rhosne ». Il y eut en effet 25 per­son­nes noyées dans le fleuve, et 216 mortes écrasées.

Madame Servient, dame Catherine de Mazenod de son nom de jeune fille, fut si tel­le­ment frap­pée par cette tra­gé­die, qu’elle laissa tous ses immen­ses domai­nes de la rive gauche « au profit des pau­vres » de la ville de Lyon. Auteure invo­lon­taire de cette catas­tro­phe, rongée par le remords, elle donna donc ce qu’elle appela « sa part de Dieu ». Cependant, les échevins, les élus muni­ci­paux lyon­nais ne firent pas grand cas de son voeu, puisqu’on voit bien ce qu’il en est advenu de la « Part-Dieu ». Si ce fut la prin­ci­pale ori­gine de la for­tune des Hospices Civils de Lyon, ce ne furent pas les pau­vres qui en pro­fi­tè­rent.

voir la narration complète dans les archives départementales

http://rebellyon.info/Le-11-octobre-1711-la-tragedie-du.html

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Le « tumulte » du pont de la Guillotière

Lyon  vers 1700Pont_sur_le_RosneLe fleuve, à cet endroit, constituait la frontière entre le Dauphiné et le Lyonnais. On marqua cette frontière située à la hauteur de la sixième pile rive droite par la construction d’une porte munie d’un pont-levis en bois. Rive droite, côté Lyon, l’entrée était encadrée par deux tours rondes qui constituaient la porte Bourgchanin. Le parapet était large seulement de cinq à six mètres. Ce pont énorme donnait un côté fantastique au paysage lyonnais comme se plaisent à le montrer certaines gravures. La circulation était très difficile sur ce pont unique. Ce qui donnait lieu à des embouteillages parfois dramatiques, comme le fameux «tumulte du pont de la Guillotière» qui se produisit le dimanche 11 octobre 1711.

Une foule nombreuse de Lyonnais se rendit à Bron, sur l’autre rive, pour fêter Saint-Denis. Ce cortège serré revient en fin d’après-midi alors qu’en face roulait dans son carrosse attelé de deux chevaux, Catherine de Mazenod, veuve de Monsieur de Servient, propriétaire de la plus grande partie de la rive gauche. Suivie d’une charrette de tonneaux vides, elle se rend chez elle à la maison forte de La-Part-Dieu. L’impatience du cocher dans cette foule ajoutée aux fausses manoeuvres entraîne le renversement du carrosse. La charrette entre en collision avec lui. La foule se heurte à cette barricade involontaire et ceux qui suivent poussent vigoureusement écrasant et étouffant les malheureux arrivés les premiers. Certains se jettent à l’eau. Les soldats, au lieu de porter secours, pillent les victimes… On relèvera 216 morts et repêchera 25 noyés.

voir la narration complète dans les archives départementales

http://fleuverhone.voila.net/5_HOMMES.html

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Le grand malheur à la porte du Rhône : 1711

A la fin du registre de 1711, on trouve ce texte imprimé. Cette version a été éditée en 4 pages sans doute pour être vendue dans la rue par les crieurs.

Le carrosse est celui de Mme de Servient.

Dans le registre des sépultures de 1711 de St Nizier ou celui de l’hospice, on trouve plusieurs pages d’actes consacrés à des personnes décédées ce jour-là.

AD69  BMS 1711  Bron

 

Relation du grand malheur arrivé à la porte du Rhône à Lyon,

 

le 11 octobre de l’année 1711,

 

au retour de la promenade de Bron, hors les faubourgs de la Guillotière

 

Il n’y a personne dans le monde qui ne doive être surpris du malheur arrivé à la porte du Rhône de la ville de Lyon car depuis que la ville a été édifiée, il n’en a jamais été parlé d’un semblable, ni même en aucune autre ville du Royaume et on ne doute pas qu’il ne soit très difficile aux personnes qui ne l’ont pas vu d’y ajouter foi, quoique l’on ait mis dans ce détail que ce qui est véritable et dont l’attestation se rendra sans doute commune et s’étendra dans toutes les villes de l’Europe et même ailleurs.

On commencera donc par vous dire, que le onzième du mois d’octobre de cette année 1711, les Peuples de la Ville de Lyon furent à une promenade à un village nommé Bron, hors le faubourg de la Guillotière, à une petite lieue de cette ville, comme ils ont coutume de faire toutes les années le dimanche après la fête de Saint Denis ; comme le temps fut très beau cette journée-là, la quantité des personnes qui y furent était si grande qu’il est impossible de les nombrer.

On y conduit ordinairement des denrées de la ville et du faubourg, et des vins des villages voisins de celui-là. Chacun y peut boire et manger selon ses moyens et sa nécessité ; cependant, on a remarqué que depuis longtemps, on n’a pas vu retirer le peuple si tranquille et moins pris de vin que ce jour-là.

Un grand nombre de personnes étaient déjà rentrées dans la ville, et les autres arrivaient continuellement, quand la nuit commençant de s’approcher, quelques personnes mal avisées fermèrent la barrière qui est à l’entrée de la ville près du Corps de Garde, à dessein, dit-on, de faire contribuer ceux qui resteraient plus tard en arrière, c’est-à-dire après l’heure ordinaire que l’on a coutume de fermer la porte. Le nombre des personnes qui furent arrêtées par cette barrière était très considérable et s’augmentait toujours par ceux qui arrivaient incessamment et à la hâte. Il survint dans ce moment un carrosse qui ne pouvait passer sans ouvrir cette barrière. Au moment qu’elle fut ouverte, chacun se pressa d’entrer à dessein de se retirer dans sa maison. Mais malheureusement, la plupart n’eurent pas ce bonheur car quelques uns étaient tombés par accident ou autrement ; ils ne purent être relevés, bien au contraire. Les autres arrivant sans cesse, leur tombèrent dessus, mais en si grande quantité qu’il leur était impossible d’avancer ni de reculer. Beaucoup d’autres restèrent tout droits et si étroitement pressés qu’ils ne pouvaient aucunement remuer ni respirer, de sorte que tant de ceux qui étaient dessous, il y en eut près de trois cents d’étouffés. Plusieurs personnes assurent que c’est un coup prémédité parce qu’en premier lieu, la barrière demeura longtemps fermée et pendant ce temps là, des centaines de personnes pillaient tout ce qu’ils attrapaient. Ceux qui eurent le bonheur d’éviter la mort perdirent leurs chapeaux, perruques, cravates et cannes ; leur argent leur fut volé dans leur poche et on les emportait presque tous demi-morts. Les femmes perdirent leurs coiffures, leurs chaînes, colliers et collants ; leurs bagues leur furent arrachées des doigts ; leurs pendailles, leurs tabliers, jusqu’à y perdre leurs souliers et leurs jupes ; et de ceux-là, les uns avaient la tête cassée, les autres les bras, les jambes, d’autres qui ne pouvaient plus respirer ayant l’estomac offensé. Et depuis les sept heures jusqu’à minuit, on ne cessa de porter à l’hôpital ou dans les maisons ceux que la faveur voulut bien qui se retirassent de cet embarras ; et de ces personnes qui ont été maltraitées, il en meurt tous les jours beaucoup.

On voyait des mères qui priaient ces personnes qui, à le bien dire, sont la cause de ce malheur, de sauver du moins leurs pauvres enfants, mais ils ne les écoutaient pas. D’autres femmes présentaient leurs joyaux afin d’avoir la vie, et cependant pour cela n’en étaient pas retirées ; mais au contraire, on voyait donner des bourrades, des coups de bâton ; rompre les chaînes et les colliers au col des femmes, et par ces efforts, les étouffer. Après quelques temps, ceux qui étaient dessous furent retirés, et les magistrats arrivant, pour calmer ce désordre, ordonnèrent que l’on rangea des deux côtés ceux qui étaient morts afin de donner passage à ceux qui étaient restés en arrière sur le pont qui ne commencèrent à entrer qu’environ les deux heures après minuit ; et les portes demeurèrent ouvertes toute la nuit.

Ce qu’il y a de plus surprenant, c’est que les chevaux du carrosse, dont il a été parlé, sans faire aucun mouvement, furent étouffés dans la foule ; et l’on ajoute qu’un tel accident ne peut pas être arrivé sans que le sort le plus fatal ne s’en soit mêlé, ou que la plus grande malice humaine n’ait exercé tout son artifice pour ce sujet.

Messieurs de la Justice s’occupèrent toute la nuit à faire transporter les corps morts sur le rempart, au bastion le plus prochain de la porte mais ils furent bien surpris de voir que ces personnes mortes étaient presque toutes nues. Le nombre de ceux qui furent portés dans cet endroit, est de deux cent dix-neuf, tant hommes que garçons, femmes, filles, enfants, grands et petits ; et on fit ouvrir deux femmes enceintes, dont leurs enfants donnant signe de vie furent ondoyés et après posés sur le corps de leur mère. On fit mettre le sceau à chacun des corps, comme c’est la coutume, et le lendemain matin, chacun vint reconnaître ceux qui leur appartenaient ; mais ce ne fut pas sans une grande désolation, car les cris et les pleurs de ceux qui y reconnaissent leurs parents faisaient trembler et émouvaient un chacun à la pitié. Toute cette journée se passa dans une grande tristesse, laquelle dure encore, et durera bien longtemps.

On promit à ceux qui le souhaitaient d’emporter ou faire emporter ceux qui leur appartenaient, et les autres furent enterrés dans la paroisse d’Ainay qui, ce jour-là, eut une terrible occupation.

On n’a pas pu savoir le nombre de ceux qui furent jetés dans la rivière dans le fort du désordre qui dura six heures, par les mains de certains mal intentionnés et sans crainte de Dieu, cependant on nous assure qu’on en a déjà trouvé plusieurs au lieu de Pierre Bénite, à environ une lieue de cette ville, et qui étaient dépouillés de tous leurs habits.

On entend tous les jours faire des plaintes et des gémissements, quand on pense à ce malheur, et les personnes les mieux sensées ne peuvent point comprendre comment cela peut être arrivé, et qu’il y ait eu tant de personnes mortes ou blessées dans un si petit espace de terrain, qui ne peut être que de cent pas tout au plus de longueur, et environ sept à huit de largeur. Ils conviennent tous que c’est une action préméditée et complotée entre plusieurs méchants dont on n’est point informé du nom ; mais qui pourront bien être découverts dans la suite par la permission divine, qui ne laissera pas un semblable crime impuni, et par les soins que prennent continuellement les juges équitables qui composent la Cour Souveraine des Monnaies, et la sénéchaussée, et le Siège Présidial de cette ville, aidés des magistrats, de la noblesse et de toute la bourgeoisie qui demande tous les jours à Dieu vengeance d’une action si énorme et dont le souvenir fait horreur.

On compte des blessés ou des morts le nombre de mille à douze cents personnes, et encore ne le peut-on pas savoir au juste, d’autant que la ville est grande et qu’il y en a de tous les quartiers.

Quelques précautions qu’eussent pris les auteurs de cette fatale catastrophe pour cacher aux yeux des hommes leur scélératisme, ils ne le purent cacher aux yeux de Dieu ; ce juge suprême inspira aux célèbres magistrats de la cour des Monnaies de découvrir ces malheureux. Monsieur Cholier, président et assesseur criminel, dont l’intégrité et la vigilance dans les affaires est égale, fit des informations. Le nommé Belair, sergent de la porte du Rhône fut arrêté et mis aux prisons de Roanne ; ce sage magistrat reçut les dépositions des plaignants, les recollements et confrontations, et par sentence, le dit Belair fut condamné à être rompu vif et amendé au Roi de la somme de 500 l et de 200 l pour faire prier Dieu pour le repos des âmes de ceux qui sont morts. Ce malheureux fut exécuté le mercredi 21 octobre. Il mourut avec une résignation fort  grande aux ordres de Dieu, après avoir déclaré ses complices, que la justice divine ne laissera pas sans punition. Son corps a été porté aux Platières de la Guillotière pour servir d’exemple aux méchants.

A Lyon, proche la Boucherie de l’Hôpital, du côté du Rhône, à l’enseigne de la Sêpe

 

Pour voir une reconstitution de Lyon en 1700 :

http://lyon-en-1700.blogspot.fr/

Pour voir des plans de Lyon au 17ème siècle et vers 1700 :

http://www.archives-lyon.fr/static/archives/contenu/old/fonds/plan-g/41.htm

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août 1789 : la répression

Après les pillages et destructions fin juillet 1789, les sanctions sont tombées sans retard.grandepeur7

 

Cinq hommes, Antoine Remendon et Jean Rostaing de Moidieu, Christophe Mercier de Beauvoir de Marc, François Bouliat et Laurent Poizat de Villeneuve de Marc, furent pris et conduits à la prison de Vienne où le comité permanent, sous la pression de la foule , les fit relâcher.

Jean Baptiste Nugues, d’Artas (qui avait incendié le château de Moidière) et Ennemond Curt de Saint-Agnin, n’eurent pas cette chance et le 7 août, furent condamnés à mort. Voici la copie du jugement qui condamnait deux pauvres bougres à être horriblement exécutés :

 

De par le Roi,

Nous, Jacques Duclaux de la Rochette, chevalie de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, lieutenant-colonel de cavalerie et prévôt général de la maréchaussée du Dauphiné,

Savoir faisant qu’un procès a été mû et intenté entre le procureur du roi de la dite maréchaussée de Vienne, demandeur accusateur d’une part ; Jean Baptiste Nugues et Ennemond Curt, accusés détenus, défendeurs d’autre part.

Nous, jugeant prévôtalement et en dernier ressort sur les procédures criminelles à nous rapportées au greffe et par ce qui résulte d’icelles, avons déclaré les dits Nugues et Curt dûment convaincus d’avoir participé au pillage et incendie des châteaux de Vaux (Vaulx Milieu) et de Moidière (Bonnefamille) ; au pillage et saccagement des châteaux d’Artas et de Montfort et de celui de Monsieur Berger de Moidieu fils, procureur général au parlement de cette province du Dauphiné, de la maison religieuse de Bonnevaux, des maisons de Monsieur Anglès, conseiller au même parlement, situées à Hauterive sur Meyssies et de celle de Monsieur de Miribel à Châtonnay.

Pour réparation de quoi, nous avons condamné les dits Jean Baptiste Nugues et Ennemond Curt à être pendus et étranglés jusqu’à ce que mort naturelle s’en suive par l’exécuteur de la haute justice. Savoir : le dit Curt à une potence qui sera dressée à cet effet au lieu-dit de la Détourbe, et le dit Nugues à une autre potence qui sera pareillement dressée à cet effet sur la grande route de la Verpillière à Bourgoin, le plus près du château de Vaux que faire se pourra, et leurs corps morts y demeureront suspendus, et les avons en outre condamnés à une amende de dix livres envers le roi et aux dépens et frais de procédure.

Donné au palais royal et delphinal de Vienne le 7 août 1789.

Le chevalier de Saint Romain, juge ; Alméras-Latour et Piot, conseillers ; Bouthier, Ginet et Teste, assesseurs.

 

Le lendemain de ce jugement, 8 août, un sinistre convoi composé de 30 dragons, 30 canonniers, 12 hommes de la milice bourgeoise de Vienne accompagnés d’un capucin venu apporter les secours de la religion aux deux malheureux condamnés, quitta Vienne et, après deux heures de marche sous une chaleur torride, s’arrêta à Estrablin où lecture du jugement prévôtal leur fut faite.

Arrivé à la Détourbe, Curt est pendu à un arbre en bordure du chemin menant à Beauvoir de Marc, face au château de Malissoles (Berger de Moidieu). Après cette affreuse exécution, le triste équipage reprit sa marche par Savas, Beauvoir de Marc, Charantonnay, Artas, pays natal de Nugues et arriva enfin à Vaux où ce dernier fut tué de la même manière.

 

http://genealogie-simard-boudarel.over-blog.com/article-4781380.html

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Le train à Diémoz

train diémozDiémoz se trouve sur la ligne de Lyon Montplaisir à Saint Marcellin. Cette ligne, d’une longueur de 119 km, a été construite par tronçons. Le tronçon de Saint-Jean de Bournay à la Côte Saint-André (18 km) date de 1899. En 1900, la ligne s’allonge de 13 km de la Côte vers Viriville, puis en 1901, de 13 nouveaux kilomètres vers Roybon, puis en 1908, de 27 km jusqu’à Saint-Marcellin. C’est en 1909 que la ligne part de Lyon jusqu’à Heyrieux sur 22 km et de Heyrieux à Saint-Jean de Bournay sur 26 km, la déviation pour Saint-Priest datant de 1914.

Cette ligne a fonctionné jusqu’en 1927, année où les bus ont commencé à remplacer certaines sections. Tous les tronçons ont été fermés en 1937. La ligne a été définitivement déclassée en 1939 (rails démontés et ôtés).StGeorges-01

La ligne partait de Lyon Montplaisir et passait par Parilly, Vénissieux, Saint-Priest, Mions, la Croix-Rouge, Toussieu, Saint-Pierre de Chandieu, Rajat, l’avenue de la République à Heyrieux, le carrefour de l’Alouette, Diémoz, le carrefour de Lafayette, la Grande Maison, Sur la Ville, Saint-Georges d’Espéranche, Charantonnay, Chasse, Beauvoir de Marc, Gerbolle, Royas, le Rouleau, Saint-Jean de Bournay, Les Monts, Villeneuve, Bonnevaux, Lieudieu, Semons, La Blache, Balbins Ornacieux, la place Hector Berlioz, la gare PLM et l’usine Girodin à la Côte Saint-André, Saint-Siméon de Bressieux , le Mollard, Chevalin, Chatenay, Viriville, les Etangs, le camp de Chambarand, le Grand Fayard, Roybon, le Pont, Aigues Noires, la Trappe, la Sapinière, Dionay, l’Abbaye de Saint Antoine, Cizière, Chapèze, Chatte, Puvelin et enfin le Champ de Mars et la place Maloc à Saint-Marcellin.

 

Pour en savoir plus, consulter le site : http://genealogie-simard-boudarel.over-blog.com/article-5509899.html

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Les loups

loups

La croix Benedict

La croix Benedict

Les bois de la région, vastes et touffus, étaient la propriété des seigneurs des environs. Ils étaient infestés de loups et d’autres animaux dangereux. Les habitants étaient tellement terrorisés par les enlèvements de bergers, de femmes et d’enfants qu’ils n’osaient plus aller dans les bois pour faire paître leurs troupeaux.

Au 18ème siècle, de grandes battues furent ordonnées.

Entre Diémoz et Comberousse, la vallée des étangs se nomme la Combe du Loup.  Les loups furent présents dans la région jusque vers 1850 et firent de très nombreuses victimes.

Au moment de la Révolution, l’étang des Grenouilles (actuellement sur Charantonnay) et les terrains alentour appartenaient  au Comte de la Blache, Sire de Comberousse. La Blache était une grande forêt (lieu-dit la Forêt en limite de St Georges d’Espéranche) et abritait de nombreux loups.

Aux limites de Charantonnay, St Georges et Roche, près de la Tiercerie, existe encore une croix appelée « Croix Benedict ». Elle fut offerte par le Dauphin en mémoire d’une battue où périrent cent trente loups. Un écriteau à côté de la croix nous dit :

Sur la route des invasions Cularo-Lugdunum, rappelle qu’en 1576, Henri III a donné 100 journaux au Capitaine Benedict Boucaud de Quintils.

L’assimilation des loups à des créatures du diable et aux loups-garous s’est faite petit à petit dans la croyance populaire, intensifiée par les dirigeants de l’époque qui maintiennent ainsi le peuple dans la crainte et dans l’obéissance.

croix béné 2

 

 

Pour en savoir plus, consultez :  http://genealogie-simard-boudarel.over-blog.com/article-5163386.html

Histoire et patrimoine  (Charantonnay)

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La grande peur en Dauphiné

Celle qui traversa notre région trouva son origine en Franche-Comté et arriva chez nous par le Bugey en descendant vers la vallée du Rhône.

La rumeur voulait que des brigands, puis des savoyards ou des sardes attaquaient les villages, incendiaient les gerbiers, empoisonnaient les puits et les fontaines. La rumeur enflait en se propageant mais en réalité, il n’y avait personne en dehors de quelques brigandages sans conséquence.

C’est à partir du 27 et 28 juillet que la rumeur se calma et que l’on sut que l’alarme était fausse. C’est alors que les paysans s’en prirent à la noblesse, les accusant d’avoir lancé la rumeur. C’est alors que l’on vit des troupes entières attaquer, piller, brûler et détruire les châteaux des environs. Puis les paysans détruisirent les terriers qui représentaient leur dépendance vis-à-vis de la féodalité.

Après cet épisode, vinrent la répression et le retour au calme dans le Nord-Isère.

On peut trouver de nombreux autres renseignements sur les sites :

http://genealogie-simard-boudarel.over-blog.com/article-4781380.html

http://www.nivolas-vermelle.fr/vivre-a-nivolas-vermelle/histoire-et-patrimoine/222-la-grande-peur-en-bas-dauphine.html

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