Enfants abandonnés

Les archives municipales de Lyon permettent l’accès aux registres des enfants délaissés ou abandonnés.

 

AMLyon  registre des enfants délaissés et abandonnés     La Charité  1771-1785

 

Messieurs les administrateurs ont encore reçu au nombre des enfants délaissés et abandonnés Pierre, Benoît et Catherine Pallabeau, trois des enfants légitimes de Jean Louis Pallabeau, affaneur et de Catherine Martin suivant leurs extraits de baptême, savoir celui de Pierre, du 2 septembre 1760, celui de Benoît du 20 juillet 1763 et celui de Catherine du 16 avril 1764, les trois extraits expédiés signés chacun Pinatel, vicaire de la paroisse de st Paul et après l’information faite par Mr Carrié Lieutenant de Messieurs les administrateurs qui a rapporté que les père et mère depuis quelques temps se sont absentés de la ville, ont abandonné leur domicile à leurs neuf enfants, savoir outre ceux-ci-dessus dénommés, Antoinette, âgée de quatorze ans, Jeanne Marie, âgée de douze ans passés et quatre autres qui ont été renvoyés pour être reçus en la même qualité d’enfants délaissés au grand Hôtel Dieu de cette ville, n’ayant pas l’âge requis pour être dans cet hôpital.

L’absence des dits père et mère est encore attesté par le certificat du 30 juillet dernier signé Chaix, capitaine du quartier du Change lequel certificat et les extraits de baptême ci-dessus énoncés ont été déposés dans les archives de cet hôpital et ont Mesdames et messieurs les administrateurs signé.

 

Note :

Le dit Pierre Pallabeau a été retiré par Joseph Martin, son oncle maternel, maître bourrelier demeurant rue Clermont ainsi qu’il le reconnaît et en décharge Mmrs les administrateurs.

A Lyon, le 23 octobre 1771

 

Autres exemples :

 

…. Le père étant décédé le 11 août dernier, ….. la mère a depuis quelques temps abandonné son domicile et ses dix enfants ……

 

…. Les père et mère depuis environ trois mois se sont absentés de la ville et ont abandonné leur domicile et leur enfant qui en est resté à la charge des voisins qui ne peuvent plus en prendre soin ….

 

… la mère étant décédée le 27 février de la présente année, ………, le père depuis quelques temps s’est absenté de la ville, a abandonné ses douze enfants qui sont restés à la charge de Thomas Bory, son père chez lequel il demeurait qui se trouve aussi hors d’état étant donné son grand âge et sa misère de garder tous les enfants dont l’aînée Françoise, âgée de douze ans, a été mise en apprentissage par Mr le curé d’Ainay …………..

 

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Mortalité des enfants en nourrice

Nombreux étaient les enfants de la ville en nourrice à la campagne ; nombreux aussi à mourir en bas âge. En quelques pages de registres, le bilan est déjà bien lourd.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 93 (curé Robion)

 

Le 27 septembre 1747  a été enterré Jean-Claude, mort en nourrice chez Pierre Vigny, âgé de deux ans, fils légitime de Jean Baptiste Pignière, satinaire à Lyon.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 184 (curé Fontanel)

 

Le 1er août 1758 a été inhumé un enfant nommé Mathieu, âgé d’environ 3 mois, fils de Sr André Trabaud, maître ferblantier rue Pêcherie à Lyon, ainsi que me l’a déclaré Claudine Martelat, veuve de Jean Piolat, sa nourrice.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 192

 

Marie Gabrielle, fille de Sr Jean Etienne Petiot, fabricant en étoffes d’or et d’argent, de Lyon, nourrie par la femme de Benoît Guigoz, maréchal de ce lieu, âgée d’environ 9 mois, décédée hier, a été inhumée dans le cimetière le vingt-troisième septembre 1759, ainsi je le certifie.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 194

 

Le douzième mars 1760 a été inhumée dans le cimetière une fille âgée d’environ cinq semaines du nommé Jacques Morin, serrurier rue Bourgchanin à Lyon et de Marie Guiliomine mariée, au col de laquelle était une médaille ayant d’un côté le numéro 1866 et de l’autre l’inscription « enfant légitime de Lyon » ; la dite fille décédée hier en cette paroisse, hameau du Revollet où elle était nourrie par la femme de Claude Berger ; ainsi je le certifie.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 198

 

Le vingt-troisième juillet 1760 a été inhumé dans le cimetière un garçon de Me Réginaud, maître satinaire, Grande Rue à Lyon, lequel était nourri par la femme de Jean Canel depuis environ deux mois ; ainsi je le certifie.

 

AD38  Artas  BMS 1737-1783  vue 201

 

Le cinquième avril 1761 a été inhumé dans le cimetière un enfant mâle du nommé Eutrope Giraud, cordonnier rue Thomassin à Lyon, âgé d’une semaine, ayant au col un plomb avec l’inscription « enfant légitime de Lyon » et sur le revers le numéro 9888, lequel était allaité par la femme de François Guillermin de la Grande Forêt ; ainsi je le certifie.

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L’usurpateur

AD42   St Priest la Prugne  1697-1715   vue 46

 

Ce jourd’hui vingt-huitième août de l’an mil sept cent cinq, j’ai recouvert les registres des mains du sieur Vicaud puisqu’il a déguerpi après plusieurs constatations scandaleuses. Le sieur Vicaud s’étant violemment emparé de ma cure, s’y maintenant à la tête de quelques canailles qui le soutenaient, en a été honteusement chassé par contraintes de justice, sentence et sauvegardes. Nonobstant les menaces, efforts et menées de Dom Hilaire, prieur religieux de Cunlhat qui se disant prieur seigneur du lieu, se conduisait en petit tyran de village et avec des apostats, par mille faux bruits, a taché inutilement d’empêcher le vrai titulaire de se mettre en paisible possession.

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Texte d’une abjuration

 

Les conversions forcées perdurent encore longtemps après la promulgation de l’édit de Fontainebleau par Louis XIV et exigent parfois de très longues et très précises déclarations :

 

 

AD71  Vaudebarrier  1747-1791   vue 53

 

Je Henriette Anne Develay, majeure et fille de Gabriel Develay, avocat et conseiller de la ville d’Yverdon et de Suzanne Elisabeth Jaccoud de Payerne, née en la dite ville d’Yverdon en Suisse, canton de Berne, demeurant à présent dans la ville de Charolles au diocèse d’Autun, en la présence de dieu et par sa sainte grâce ; renonce de tout mon cœur à l’hérésie de la religion prétendument réformée et à toutes les autres hérésies que j’abhorre et déteste autant qu’il m’est possible ; et je déclare que j’embrasse aujourd’hui la foi de l’église catholique, apostolique et romaine de laquelle je veux faire profession toute ma vie et dans laquelle je veux croire fermement tout ce que croit la dite église catholique, apostolique et romaine.

Je reçois tous les livres de la sainte écriture que cette même église reçoit selon le sens et intelligence qu’a tenu et tient la dite église à laquelle appartient de juger du véritable sens des écritures saintes.

Je reçois aussi et embrasse les traditions apostoliques et ecclésiastiques et autres obsservations et constitutions de la même église.

Je crois tout ce qui est contenu dans le symbole des apôtres que cette même église propose à tous ses enfants. Je crois aussi tous les points de foi qui sont contenus dans les conciles généraux approuvés par le Saint-Siège et en particulier tout ce qui a été défini en matière de foi par le saint concile de Trente.

Et pour opposer aux mensonges de l’hérésie les vérités de l’église catholique contre lesquelles les auteurs de la religion prétendue réformée se sont plus ouvertement et plus opiniâtrement déclarés.

Je crois expressément que la messe est un vrai et propitiatoire sacrifice dans lequel on renouvelle d’une manière non sanglante sur les autels celui qui a été offert par Jésus Christ mourant sur l’arbre de la croix et qui est saintement offert tous les jours pour les vivants et pour les morts.

Je crois qu’il y a sept sacrements qui tous confèrent la grâce de Jésus Christ aux fidèles bien disposés, à savoir le baptême, la confirmation, la pénitence ou confession sacramentelle, l’eucharistie, l’ordre, le mariage et l’extrême onction.

Je crois que dans l’eucharistie, il se fait un changement de toute la substance du pain au corps de Jésus Christ et de toute la substance du vin en son sang ; lequel changement dans le langage de l’église catholique s’appelle transsubstantiation ; d’où il s’en suit qu’après la consécration eucharistique, il ne reste du pain et du vin que des espèces ou accidents sous lesquels est réellement le corps et le sang de Jésus Christ.

…………………………………………………………………………………………………………

Je crois la présence réelle de Jésus Christ sous chacune des deux espèces dont l’une est suffisante aux personnes laïques à qui, pour de bonnes et justes raisons, l’église romaine ne permet pas l’usage de la coupe.

Je crois aussi la primauté de St Pierre et des papes de Rome, ses successeurs, les indulgences, la justification par les œuvres jointes à la foi, le mérite et la nécessité des bonnes œuvres …………………

Je crois encore le purgatoire, la prière pour les morts, l’invocation des saints, l’honneur qu’on doit rendre aux saintes reliques et aux images de Jésus Christ, de la sainte Vierge et des autres saints.

J’admets le célibat des prêtres, les vœux religieux, l’abstinence des viandes, les jeûnes, les fêtes ordonnées par l’église et les cérémonies dont elle use dans la solennelle administration des sacrements.

Je promets obéissance à tous les commandements de Dieu et de son église de laquelle je veux être membre vivant pour participer au salut que Jésus Christ nous a mérité en mourant et offrant sa mort à son père pour tous les hommes.

Enfin, je crois tout ce que l’église catholique, apostolique et romaine croit.  Et je condamne, rejette et maudis les hérésies qu’elle rejette, condamne et maudit.

C’est dans cette foi dont je viens de faire profession que je veux vivre et mourir moyennant la grâce de mon dieu. Ainsi, je le promets et jure sur les saints évangiles ; ainsi Dieu me veuille aider et que les évangiles me soient salutaires, comme le jurement que je fais est sincère et véritable.

signature 1

 

 

 

 

 

 

…………… certifions avoir reçu l’abjuration qu’a faite entre nos mains des erreurs du calvinisme de Demoiselle Henriette Anne Develey, née et baptisée le vingt et un mars mil sept cent vingt-six ………… qu’elle s’est dite épouse de Me Jean Marie Bodier, avocat à la cour, procureur du roi en la maréchaussée du Charollois, demeurant à Charolles, ……… profession qu’elle a prononcée de sa propre bouche en notre présence  et de celle des témoins ci après nommés ……………

Le vingt-trois juin mil sept cent cinquante-cinq

 

signature 2

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L’église ne plaisante pas

AMLyon  St Pierre et St Saturnin   BMS 1756   vue 112

 

L’on a toujours été très ferme à refuser les sacrements aux jansénistes dans cette paroisse, ce qui se peut prouver par l’acte mortuaire* de Delle Monin, décédée dans la rue de la Vieille Monnaie il y a environ treize à quatorze ans ; ce fut monsieur le curé qui lui refusa les sacrements, après avoir épuisé inutilement son zèle auprès d’elle pour la faire rentrer dans le sein de l’église et encore par l’acte mortuaire d’un curé d’Auxerre qui mourut il y a environ dix à douze ans.

 

L’on a toujours refusé aussi les sacrements aux comédiens et comédiennes lorsqu’ils ne voulaient pas renoncer au théâtre, même la sépulture ecclésiastique quand, après avoir épuisé toutes les ressources du zèle, ils voulaient persévérer dans leur état. On trouvera dans les registres plusieurs actes de renonciation au théâtre et des mariages qui ne se sont faits qu’à cette condition.

 

* Delle Monin, âgée de quatre-vingt six ans décédée hier rue Vieille de la Monnaie sans avoir reçu les sacrements a été enterrée par déférence pour sa famille derrière la porte du cimetière de la paroisse, dans l’endroit où l’on enterre les corps des enfants morts sans baptême, sans avoir même été présentée à l’église ce jourd’hui 24ème avril 1746.

 

Didier  vicaire

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1669 : dévergondée

AD38   Les Avenières/Ciers   BMS 1653-1695   vue 58

 

Le douzième septembre 1669, j’ai baptisé Benoît, fils illégitime de Louise Bourgey, vivant publiquement depuis de longues années de mauvaise vie au grand scandale de tout le public, laquelle m’a déclaré en présence de Benoît Micoulloud, Jean Perronnet, de Pierre Guillaume Lambel, qu’elle le donne à Louis Carriot, fils de feu Jean Carriot. A été parrain honnête Benoît Micoulloud et marraine Magdeleine Rabatel, mère sage Laurence Fillet.

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1791 : Serment d’un prêtre

Le curé de Rochetoirin, ayant accepté de prêter serment, témoigne dans le registre paroissial. Ce dernier ayant subi les outrages du temps …ou des souris … présente des pages incomplètes.

 

AD38   Rochetoirin   BMS 1770-1792   vue 237

 

Le trente janvier mil sept cent quatre-vingt onze, vu le décret de l’Assemblée Nationale sanctionné du roi, m’ayant intimé la municipalité de la Tour du Pin, faire un serment à l’issue de la messe de paroisse, après avoir assisté au saint sacrifice de la messe, j’ai parlé ainsi mon serment en présence de la paroisse mais avec toutes les conditions et restrictions capables de mettre ma conscience en sûreté, ainsi que m’avait autorisé Mr Brochier, vicaire général de Vienne qui le lut et l’approuva huit jours avant.

Je leur ai dit que je venais remplir deux devoirs : le premier, je venais me soumettre, par le second, je dois l’instruction à chaque citoyen envers Dieu et la patrie. Comme pasteur, j’ai promis de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés et, en conséquence, que je professerai et leur enseignerai jusqu’au dernier soupir de ma vie la religion catholique, apostolique et romaine, sa foi, sa morale, sa discipline et sa soumission due à ses légitimes pasteurs et comme citoyen ……… à l’ordre civil et politique, j’ai juré d’obéir à la nation, à la loi et au roi et de maintenir en mon pouvoir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi ……..

 

 

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Crue du Suran

Bohas est un village du Revermont, au sud-est de Bourg en Bresse.

 

Référence : AD01  Bohas  vue 22  BMS 1652-1668

 

Crue

 

Le neuvième septembre 1657 les eaux ont été si grandes que Suran a passé par-dessus le pont et emmena presque la moitié de la moitié tout à fait de celui de Châtillonnet et la moitié de Planche de Moinans et Larerd et du pont de Fromente ce qu’en somme vivant n’a jamais vu.

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1789 : la grande peur à Bourgoin

Le curé Enjelvin de la paroisse de Jallieu décrit dans le détail les événements liés à « la grande peur en Dauphiné » à une époque où la Savoie n’était pas française (rattachement en 1860). J’ai transcrit l’intégralité du récit et seuls les courageux ou les passionnés iront au bout. Le récit est parfois confus mais il ne manque pas d’intérêt pour ceux qui aiment voir l’histoire à travers la « petite histoire ».

 

AD38  Jallieu  BMS 1782-1792   vue 116

 

Procès verbal de la paroisse de Jallieu du vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf et trente juillet mil sept cent quatre-vingt neuf par nous curé soussigné témoin des faits ci-dessous mentionnés

 

Le lundi vingt-sept juillet mil sept cent quatre-vingt neuf sur les six heures du soir, il fut annoncé aux habitants de Bourgoin qu’il arrivait subitement des troupes de Savoie contre la patrie et, une heure après, on répandit le bruit que ce n’était pas des troupes réglées, mais des brigands qui voulaient ravager et piller la contrée ; au signal de cette première nouvelle, on sonna les cloches de Bourgoin et bientôt celles de la paroisse de Jallieu à la volée et on ne discontinua de donner l’alarme que sur les neuf heures du soir.

Messieurs les officiers municipaux de Bourgoin se donnèrent tout le mouvement que leur zèle vraiment patriotique leur inspira. La terreur devint si forte que les femmes et les enfants se cachèrent ou s’enfuirent et presque tous passèrent la nuit dans les champs.

Il se ramassa des villages et des paroisses voisines beaucoup d’habitants armés dont le nombre ne s’accrut considérablement qu’au milieu de la nuit. On vit continuellement à la tête de ceux qui venaient donner du secours les sieurs de Beffroi, de St Germain, de St Clair et d’un autre côté, la milice bourgeoise qui ne quitta pas la place.

 

Le vingt-huit juillet 1789

 

Ce fut sur le point du jour que Bourgoin se trouva surchargé d’un grand nombre d’hommes venus de toutes les paroisses voisines. Une partie se retira en paix, voyant que l’alarme avait été fausse, notamment les paroissiens de Jallieu dont les uns arrivèrent à leur église à quatre heures et demie du matin et les autres s’étaient retirés séparément de Bourgoin pour aller à leurs travaux.

Dans ce même temps, certains habitants de plusieurs paroisses délibérèrent avant de sortir de Bourgoin, d’aller piller et brûler les châteaux. Ils entraînèrent tous ceux qu’ils trouvèrent sur la place, du nombre desquels il y eut trois ou quatre jeunes gens de Jallieu. Le sieur Durival, sous-lieutenant de la maréchaussée, fut forcé par les brigands de se mettre à la tête.

Ils sortirent par la route de Lyon pour aller à la dévastation et au pillage des châteaux et à l’incendie du château de Vaux, ayant déjà dévasté celui de Domarin.

Vers midi du même jour, il entra à Bourgoin un nombre considérable d’autres gens de campagne. C’était les habitants de la paroisse de Ruy. Armés, deux à deux, avec un tambour, ils firent plusieurs tours dans la ville jusqu’au moment où ils délibérèrent d’aller au château du seigneur de Maubec situé dans la dite ville pour demander les terriers et titres seigneuriaux aux fins de les brûler.

A une heure après-midi, les officiers de la milice bourgeoise de Jallieu, ayant été commandés par Mr leur colonel de monter à Bourgoin pour faire l’exercice, s’y rendirent avec leur troupe, ignorant parfaitement la manœuvre hardie que tramaient ceux dont nous venons de parler ci-dessus, ne sachant pas même qu’ils fussent dans la ville. Les sieurs Lilatte et Levrat, leurs capitaines, arrêtèrent leurs compagnies sous les allées pour qu’elles ne communiquassent pas avec eux. Ils y réussirent. Leurs gens n’avancèrent pas davantage, se contentant de faire quelque peu d’exercice sous les allées.

A deux heures, la basse cour du château de Bourgoin fut remplie de tous ces gens armés qui réclamaient les susdits terriers et menaçaient du feu. Ils leur furent livrés. On ne pouvait sans imprudence leur résister. Tous ces frénétiques arrivèrent au milieu de la place, entourant quatre des leurs chargés des terriers et titres seigneuriaux du susdit seigneur. Ils les déposèrent et amoncelèrent pour les brûler mais avant de commencer l’incendie, ils se firent lire le titre de chaque terrier, crainte de ne pas brûler ceux qui les concernaient.

Les deux compagnies de Jallieu s’étaient retirées dans leur paroisse et étaient occupées à faire l’exercice sur la grande route au faubourg de St Michel.

Dès qu’on eût lu tous les titres des papiers qu’on devait brûler, opération qui dura une heure et demie, on fut chercher des fagottes pour y jeter les papiers dessus et, dès que la flamme commença à se communiquer aux papiers, on fit une décharge et des hauts cris qui furent redoublés toutes les fois que les flammes détachaient certains papiers qu’elles faisaient sauter en l’air. L’incendie des susdits papiers était presque fini lorsque ces menées détachaient quelques uns des leurs pour aller chercher les habitants de Jallieu afin de les faire participer à leur criminelle entreprise. Certains les suivirent, ayant toujours leurs capitaines et le Sr Seignoret, colonel, à leur tête. Ils arrivèrent à la place lorsqu’il ne reçurent  que les cendres enflammées des papiers. Aussitôt, les incendiaires marchèrent les premiers vers le Sr Duret, rénovateur à terriers, pour lui demander encore des titres et reconnaissances. Les habitants de Jallieu les suivirent mais à peine y furent-ils arrivés que le curé alla prier le colonel de faire retirer la paroisse de Jallieu qui n’avait pas demandé les papiers du Seigneur de Maubec et qui ne les avait pas fait brûler et qu’il serait affreux qu’on l’impliquât dans cette mauvaise entreprise. Le Sr Seignoret, colonel, répondit qu’il était extrêmement fatigué et pria le Sr curé de ramener sa paroisse s’il le pouvait. Ce dernier ne perdit pas de temps et, avant que le Sr Duret se fût saisi des papiers et titres qu’il avait chez lui, il vint à bout par les exhortations de faire retirer les paroissiens avec leurs officiers. Ils laissèrent devant la porte du Sr Duret les incendiaires et se retirèrent en ordre dans leur paroisse. Quelques temps après leur départ, le Sr Duret fut contraint de remettre bien de titres et papiers qu’il avait eu la précaution de cacher et qui furent tous brûlés.

Les deux compagnies de Jallieu, sur la petite place de leur église, posèrent les armes à l’ordre de leurs capitaines qui les exhortèrent conjointement avec leur pasteur de se retirer chacun dans leurs départements et habitations, d’y rester jusqu’à ce que les officiers leur ordonnassent d’en sortir. Les dits habitants obéirent. Il n’y eut que ceux qui montaient la garde qui parurent dans la nuit.

 

Le vingt-neuf juillet

 

Les habitants de Jallieu allèrent à leur travail et le calme semblait être assuré dans la paroisse. Il le fut jusqu’à dix heures du matin. Triste époque à laquelle il arriva des personnes du village de l’Isle d’Abeau qui traversèrent le marais à cheval au galop pour annoncer de sonner l’alarme, que des brigands avaient mis le feu à La Verpillière, qu’il fallait du secours. Des voisins de l’église sonnèrent imprudemment l’alarme à Jallieu, ce qui assembla en peu de temps les habitants de la paroisse au nombre d’environ deux cent cinquante, armés de fusils et de faux. Quelques représentations que fissent le curé et les principaux notables de la paroisse, certaines têtes échauffées, c’est-à-dire cinq ou six mauvais sujets au nombre desquels étaient le nommé Casset et Mathieu Bœuf qui furent pendus, ne voulurent jamais consentir de rester dans leur paroisse jusqu’à ce qu’on fût instruit si l’alarme était vraie ou fausse. Et, pendant que leur curé alla à Bourgoin pour s’informer du fait, par le retour du courrier qu’on avait dépêché à La Verpillière, ceux qui étaient avides du pillage, animés pour avoir entendu dire qu’il y en avait qui se seraient enrichis la veille au château de Vaux, ne voulurent prendre patience. Et, sous prétexte d’aller au secours de La Verpillière, ils défilèrent à travers du marais pour passer à l’Isle d’Abeau, ne pouvant manquer par ce moyen de rejoindre la grande bande qui était aux environs (c’était la même qui avait fait tant de ravages la veille). Les Srs Poulardière, Lainé et Tranchant de Jallieu, leur coururent après, les premiers pour les faire revenir sur leurs pas. Le Sr curé s’y transporta aussi. Ils réussirent à les faire rétrograder, attendu qu’il y en avait peu de mal  intentionnés. Les Srs curé, Poulardière et Tranchant, n’osant pas les laisser tout à la fois de crainte qu’ils n’allassent au château de St Savin ainsi que quelques uns menaçaient, les firent arrêter dans une prairie. On leur donna à manger et à boire, de même qu’à une partie de la paroisse de St Savin qui s’était rendue à Jallieu. Ensuite, les Srs Poulardière et Tranchant voulurent aller amener au Seigneur de St Savin ceux de ses vassaux qui s’étaient joints à Jallieu. Le curé qui se trouva seul avec tout ce monde, ne fut pas sans embarras. Il les exhorta, les prêcha et obtint de la plus grande partie de se retirer à leur travail. Ils le firent. Il emmena les autres à la cure pour les faire boire et passer ainsi le temps mais ce fut là où ceux qui avaient des mauvaises vues ne purent plus le dissimuler.

Ils partirent pour St Savin, demandant cependant que leur curé y fut avec eux, assurant qu’il ne se passerait rien de mauvais si leur curé les accompagnait, protestant de vouloir offrir leurs services au château et que, d’ailleurs, les Srs Poulardière et Tranchant y étaient allés conduire ceux de St Savin, qu’ils leur obéiront et qu’ils reviendront sans faire du mal.

Le sieur curé se retira, triste de n’avoir pu contenir les paroissiens. Néanmoins, demi-heure après, il remonte à cheval et court après cette bande d’environ cent pour en contenir au moins quelques uns. Il y avait réussi, ses paroissiens restèrent seulement dans la basse cour du château de St Savin. Ils burent et se retirèrent sur les sept heures du soir à part une dizaine qu’il laissa derrière mais qui sortaient déjà de la basse cour. On se serait retiré sans être rentré au château, sans y avoir fait aucun mal si on n’eût rencontré à la Croix de St Savin, à la jonction des deux chemins de St Marcel et de Bourgoin, la bande des brigands qui avait déjà ravagé quatre châteaux. Alors le curé ne crut pas qu’il fût prudent de rétrograder, marcha vers sa paroisse, accompagné de ceux qui ne se laissèrent pas gagner par les cris de cette nouvelle bande de brigands qui les menaçaient s’ils ne venaient pas se joindre à eux. Le château de St Savin fut pillé par la susdite bande et par trente-cinq habitants de Jallieu qui échappèrent aux poursuites du curé.(nota que le plus grand nombre des brigands de Jallieu étaient ou des valets ou des fabricants mais fort peu de chefs de famille.

Tous ces brigands ne restèrent à St Savin pour le piller qu’environ une heure et demie. De là, ils allèrent brûler les papiers qu’ils trouvèrent à Demptézieu et furent passer la nuit au château de Montcarra où ils firent une dévastation et un pillage affreux.

 

Le trente juillet, le jeudi

 

Les habitants du mandement de Maubec et d’autres paroisses dévastèrent de fond en comble le château de Césarges, pillèrent le couvent de paterne et profanèrent l’église. Plus de trente châteaux eurent le sort d’être dévastés ou brûlés dans le mandement de Vienne. La plupart des brigands de la paroisse de Jallieu restèrent en course. Les uns furent au pillage du château de Chapeau Cornu et de Marteray, d’autres s’étaient retirés chez eux au sortir du pillage de Montcarra. Ce même jour, des brigands étrangers firent aussi une descente à Petit Mont, forcèrent d’enlever des girouettes, tentèrent de piller, néanmoins ils ne firent aucun mal.

Le même jour, sur les trois heures du soir, il arriva une bande composée de cinq, tous de Jallieu, avec un tambour, arrivant du pillage du château de Mr du Villion, Marteray, Chapeau Cornu, n’apportant presque rien du pillage.

 

Le trente et un juillet, le vendredi

 

Cinq ou six des brigands de la paroisse de Jallieu se transportèrent au château de La Bâtie pour le brûler mais par le secours du curé qui flatta et accompagna ces malheureux, le château n’eut point de mal. En se retirant du château de la bâtie, ils s’arrêtèrent au devant de la porte. Deux malins près du pont demandèrent au curé trois louis d’or que l’homme d’affaires du château de St Savin lui avait remis l’avant-veille pour les flatter et les faire sortir du château sans  y faire aucun mal. Le curé leur représenta que cette somme ne pouvait pas leur appartenir, qu’elle ne lui avait été remise qu’à condition que le château ne serait pas pillé, mais qu’ayant contribué au pillage du dit, il ne pouvait la leur remettre.

Sur ces entrefaites, le curé les quitte. Ils menacent de lui faire violence et se transportent chez le Sr Levrat, fermier du terrier de St Pierre et chez le nommé Malon, fermier de Ste Catherine, prennent les terriers de l’un et l’autre fermier et viennent à la cure, demandent avec armes les trois louis d’or dits ci-dessus qui leur furent remis et brûlèrent devant la porte de l’église sur le chemin les dits terriers.

 

Le premier août, samedi

 

Un fabricant qui avait volé toute l’argenterie du château de St Savin, l’avait déjà vendue pour partir lorsque les cavaliers de maréchaussée avec la garde bourgeoise de Bourgoin commencèrent enfin à se montrer et le saisirent sur le chemin de Jallieu à Bourgoin, de même qu’autres deux de ses camarades qi furent conduits en prison. Celui qui avait volé l’argenterie était celui qui avait fait le plus de mal. Il avait enfoncé toutes les portes du château. Néanmoins les menaces que les brigands faisaient aux habitants de Bourgoin furent cause qu’on laissa évader ces trois brigands. On craignait une révolte contre les habitants de Bourgoin et de St Savin.

 

Le second août, dimanche

 

Les brigands étaient sortis de prison crurent que c’était le curé de Jallieu qui avait été cause de leur détention en prison et conspirèrent contre ses jours. Il fut forcé de se retirer le soir de bonne heure et ne pouvait aller le jour sans armes ou sans compagnie.

 

Le neuvième août, dimanche

 

Les menaces et les châtiments qui s’étaient annoncés pendant toute la semaine de la part de la Prévôté de Vienne et de la Commission intermédiaire de Grenoble commencèrent à tempérer pendant la semaine la fureur des brigands. Et le dimanche neuvième août, les loups devinrent des agneaux. Le repentir succéda au crime. Les plus grands scélérats cherchèrent la fuite ou les ténèbres. Voici quel fut le souverain remède : la justice criminelle de Vienne députa son prévôt pour commencer sa tournée. Une compagnie d’artillerie qui était en garnison à Valence arriva les premiers jours du mois d’août, de même que deux compagnies de cavalerie qui séjournèrent environ trois mois à Bourgoin. En outre, la Commission intermédiaire envoya des commissaires avec des soldats suisses.

Il ne fallait pas certainement tant de forces pour intimider les brigands. Le Sr de St Romain, prévôt de Vienne, arriva le samedi au soir huitième août pour commencer les exécutions. A Bourgoin, il amena avec lui bonne compagnie de maréchaussée, un capucin et un bourreau ; et le neuvième août à six heures du matin, il prononça la sentence de mort contre un des brigands, habitant de la paroisse d’Artas qui avait mis le feu au château de Vaux. La même nuit, on se saisit du nommé Casset, natif de Ruy, habitant à Jallieu depuis deux années. Il fut conduit sur la même charrette que le malheureux qu’on conduisit au supplice et ce dernier fut pendu sur les huit heures du matin au dernier arbre de l’allée du château de Vaux et le susdit Casset fut conduit aux prisons de Vienne.

Quelques jours après, on se saisit d’un jeune homme qui était aussi de Jallieu et qui fut conduit aux prisons de Vienne. Huit jours après sa prise de corps, il fut reconduit à Bourgoin avec le susdit Casset pour y être condamnés à mort. Ce dernier fut pendu sur la paroisse d’Arcisse à cause qu’il avait assisté au pillage du château du Sr du Vilard et l’autre fut pendu à la place de Bourgoin. Ils demandèrent tous les deux leur curé pour les conduire au supplice. Il est certain qu’il y avait un très grand nombre de brigands qui avaient plus mérité la mort qu’eux mais il fallait des exemples prompts. Les cavaliers n’osaient guère courir dans les campagnes éloignées. Bourgoin passait pour être le foyer de tous les malheurs et on dénonçait ces deux malheureux qui firent une mort fort édifiante. La paroisse de Jallieu fut fort affligée de ce malheur. En effet, il n’y avait point de paroisse dans les environs qui eut moins servi au pillage de quatre cent hommes capables de porter les armes. A peine y eut-il quarante brigands alors que les paroisses voisines, femmes et hommes, tous participèrent au pillage. Combien qui furent des incendiaires, des sacrilèges qui profanèrent les églises, brûlèrent les châteaux. Les paroissiens de Jallieu n’avaient assisté qu’au pillage de trois ou quatre châteaux qui ne furent ni dévastés, ni brûlés mais dans ces occasions comme dans les autres, il faut se soumettre à la volonté de dieu qui dispose de tout dans l’ordre de sa providence. Pour son plus grand bien en effet, ces châtiments ont servi de grand exemple pour la jeunesse qui a été plus soumise durant le cours de cette année.

Je souhaite que mes successeurs n’éprouvent jamais de pareilles révolutions.

Jallieu, ce dixième septembre mil sept cent quatre vingt-neuf

 

Curé Enjelvin

 

 

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Donation

AD38  Rochetoirin  BMS 1692-1758   vue 216

 

Ce document n’est pas daté mais se trouve dans le registre en 1754.
 

 

Mémoire des effets que Marie Genin veuve de Jean George Batier laisse par donation verbale à Marguerite, sa filleLe Nain   XVIIème siècle

1°  un pétrin
2°  un lit
3° deux petites arches
4°  une crémaillère
5° une marmite de fer
6°  un petit chaudron
7°  un rouet à filer
8°  une barrique
9°  un chauffe-lit
Cette donation a été faite en présence de Sr Pierre Villermet, curé de la paroisse de Rochetoirin, de Pierre Clément, de pierre Gatier, de Claude Poncin dit Lader, de Jacques Hulard, de François Hulard, tous habitants de Rochetoirin.

 

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