1791 : Serment d’un prêtre

Le curé de Rochetoirin, ayant accepté de prêter serment, témoigne dans le registre paroissial. Ce dernier ayant subi les outrages du temps …ou des souris … présente des pages incomplètes.

 

AD38   Rochetoirin   BMS 1770-1792   vue 237

 

Le trente janvier mil sept cent quatre-vingt onze, vu le décret de l’Assemblée Nationale sanctionné du roi, m’ayant intimé la municipalité de la Tour du Pin, faire un serment à l’issue de la messe de paroisse, après avoir assisté au saint sacrifice de la messe, j’ai parlé ainsi mon serment en présence de la paroisse mais avec toutes les conditions et restrictions capables de mettre ma conscience en sûreté, ainsi que m’avait autorisé Mr Brochier, vicaire général de Vienne qui le lut et l’approuva huit jours avant.

Je leur ai dit que je venais remplir deux devoirs : le premier, je venais me soumettre, par le second, je dois l’instruction à chaque citoyen envers Dieu et la patrie. Comme pasteur, j’ai promis de veiller avec soin sur les fidèles qui me sont confiés et, en conséquence, que je professerai et leur enseignerai jusqu’au dernier soupir de ma vie la religion catholique, apostolique et romaine, sa foi, sa morale, sa discipline et sa soumission due à ses légitimes pasteurs et comme citoyen ……… à l’ordre civil et politique, j’ai juré d’obéir à la nation, à la loi et au roi et de maintenir en mon pouvoir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi ……..

 

 

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1789 : la grande peur à Bourgoin

Le curé Enjelvin de la paroisse de Jallieu décrit dans le détail les événements liés à « la grande peur en Dauphiné » à une époque où la Savoie n’était pas française (rattachement en 1860). J’ai transcrit l’intégralité du récit et seuls les courageux ou les passionnés iront au bout. Le récit est parfois confus mais il ne manque pas d’intérêt pour ceux qui aiment voir l’histoire à travers la « petite histoire ».

 

AD38  Jallieu  BMS 1782-1792   vue 116

 

Procès verbal de la paroisse de Jallieu du vingt-sept, vingt-huit, vingt-neuf et trente juillet mil sept cent quatre-vingt neuf par nous curé soussigné témoin des faits ci-dessous mentionnés

 

Le lundi vingt-sept juillet mil sept cent quatre-vingt neuf sur les six heures du soir, il fut annoncé aux habitants de Bourgoin qu’il arrivait subitement des troupes de Savoie contre la patrie et, une heure après, on répandit le bruit que ce n’était pas des troupes réglées, mais des brigands qui voulaient ravager et piller la contrée ; au signal de cette première nouvelle, on sonna les cloches de Bourgoin et bientôt celles de la paroisse de Jallieu à la volée et on ne discontinua de donner l’alarme que sur les neuf heures du soir.

Messieurs les officiers municipaux de Bourgoin se donnèrent tout le mouvement que leur zèle vraiment patriotique leur inspira. La terreur devint si forte que les femmes et les enfants se cachèrent ou s’enfuirent et presque tous passèrent la nuit dans les champs.

Il se ramassa des villages et des paroisses voisines beaucoup d’habitants armés dont le nombre ne s’accrut considérablement qu’au milieu de la nuit. On vit continuellement à la tête de ceux qui venaient donner du secours les sieurs de Beffroi, de St Germain, de St Clair et d’un autre côté, la milice bourgeoise qui ne quitta pas la place.

 

Le vingt-huit juillet 1789

 

Ce fut sur le point du jour que Bourgoin se trouva surchargé d’un grand nombre d’hommes venus de toutes les paroisses voisines. Une partie se retira en paix, voyant que l’alarme avait été fausse, notamment les paroissiens de Jallieu dont les uns arrivèrent à leur église à quatre heures et demie du matin et les autres s’étaient retirés séparément de Bourgoin pour aller à leurs travaux.

Dans ce même temps, certains habitants de plusieurs paroisses délibérèrent avant de sortir de Bourgoin, d’aller piller et brûler les châteaux. Ils entraînèrent tous ceux qu’ils trouvèrent sur la place, du nombre desquels il y eut trois ou quatre jeunes gens de Jallieu. Le sieur Durival, sous-lieutenant de la maréchaussée, fut forcé par les brigands de se mettre à la tête.

Ils sortirent par la route de Lyon pour aller à la dévastation et au pillage des châteaux et à l’incendie du château de Vaux, ayant déjà dévasté celui de Domarin.

Vers midi du même jour, il entra à Bourgoin un nombre considérable d’autres gens de campagne. C’était les habitants de la paroisse de Ruy. Armés, deux à deux, avec un tambour, ils firent plusieurs tours dans la ville jusqu’au moment où ils délibérèrent d’aller au château du seigneur de Maubec situé dans la dite ville pour demander les terriers et titres seigneuriaux aux fins de les brûler.

A une heure après-midi, les officiers de la milice bourgeoise de Jallieu, ayant été commandés par Mr leur colonel de monter à Bourgoin pour faire l’exercice, s’y rendirent avec leur troupe, ignorant parfaitement la manœuvre hardie que tramaient ceux dont nous venons de parler ci-dessus, ne sachant pas même qu’ils fussent dans la ville. Les sieurs Lilatte et Levrat, leurs capitaines, arrêtèrent leurs compagnies sous les allées pour qu’elles ne communiquassent pas avec eux. Ils y réussirent. Leurs gens n’avancèrent pas davantage, se contentant de faire quelque peu d’exercice sous les allées.

A deux heures, la basse cour du château de Bourgoin fut remplie de tous ces gens armés qui réclamaient les susdits terriers et menaçaient du feu. Ils leur furent livrés. On ne pouvait sans imprudence leur résister. Tous ces frénétiques arrivèrent au milieu de la place, entourant quatre des leurs chargés des terriers et titres seigneuriaux du susdit seigneur. Ils les déposèrent et amoncelèrent pour les brûler mais avant de commencer l’incendie, ils se firent lire le titre de chaque terrier, crainte de ne pas brûler ceux qui les concernaient.

Les deux compagnies de Jallieu s’étaient retirées dans leur paroisse et étaient occupées à faire l’exercice sur la grande route au faubourg de St Michel.

Dès qu’on eût lu tous les titres des papiers qu’on devait brûler, opération qui dura une heure et demie, on fut chercher des fagottes pour y jeter les papiers dessus et, dès que la flamme commença à se communiquer aux papiers, on fit une décharge et des hauts cris qui furent redoublés toutes les fois que les flammes détachaient certains papiers qu’elles faisaient sauter en l’air. L’incendie des susdits papiers était presque fini lorsque ces menées détachaient quelques uns des leurs pour aller chercher les habitants de Jallieu afin de les faire participer à leur criminelle entreprise. Certains les suivirent, ayant toujours leurs capitaines et le Sr Seignoret, colonel, à leur tête. Ils arrivèrent à la place lorsqu’il ne reçurent  que les cendres enflammées des papiers. Aussitôt, les incendiaires marchèrent les premiers vers le Sr Duret, rénovateur à terriers, pour lui demander encore des titres et reconnaissances. Les habitants de Jallieu les suivirent mais à peine y furent-ils arrivés que le curé alla prier le colonel de faire retirer la paroisse de Jallieu qui n’avait pas demandé les papiers du Seigneur de Maubec et qui ne les avait pas fait brûler et qu’il serait affreux qu’on l’impliquât dans cette mauvaise entreprise. Le Sr Seignoret, colonel, répondit qu’il était extrêmement fatigué et pria le Sr curé de ramener sa paroisse s’il le pouvait. Ce dernier ne perdit pas de temps et, avant que le Sr Duret se fût saisi des papiers et titres qu’il avait chez lui, il vint à bout par les exhortations de faire retirer les paroissiens avec leurs officiers. Ils laissèrent devant la porte du Sr Duret les incendiaires et se retirèrent en ordre dans leur paroisse. Quelques temps après leur départ, le Sr Duret fut contraint de remettre bien de titres et papiers qu’il avait eu la précaution de cacher et qui furent tous brûlés.

Les deux compagnies de Jallieu, sur la petite place de leur église, posèrent les armes à l’ordre de leurs capitaines qui les exhortèrent conjointement avec leur pasteur de se retirer chacun dans leurs départements et habitations, d’y rester jusqu’à ce que les officiers leur ordonnassent d’en sortir. Les dits habitants obéirent. Il n’y eut que ceux qui montaient la garde qui parurent dans la nuit.

 

Le vingt-neuf juillet

 

Les habitants de Jallieu allèrent à leur travail et le calme semblait être assuré dans la paroisse. Il le fut jusqu’à dix heures du matin. Triste époque à laquelle il arriva des personnes du village de l’Isle d’Abeau qui traversèrent le marais à cheval au galop pour annoncer de sonner l’alarme, que des brigands avaient mis le feu à La Verpillière, qu’il fallait du secours. Des voisins de l’église sonnèrent imprudemment l’alarme à Jallieu, ce qui assembla en peu de temps les habitants de la paroisse au nombre d’environ deux cent cinquante, armés de fusils et de faux. Quelques représentations que fissent le curé et les principaux notables de la paroisse, certaines têtes échauffées, c’est-à-dire cinq ou six mauvais sujets au nombre desquels étaient le nommé Casset et Mathieu Bœuf qui furent pendus, ne voulurent jamais consentir de rester dans leur paroisse jusqu’à ce qu’on fût instruit si l’alarme était vraie ou fausse. Et, pendant que leur curé alla à Bourgoin pour s’informer du fait, par le retour du courrier qu’on avait dépêché à La Verpillière, ceux qui étaient avides du pillage, animés pour avoir entendu dire qu’il y en avait qui se seraient enrichis la veille au château de Vaux, ne voulurent prendre patience. Et, sous prétexte d’aller au secours de La Verpillière, ils défilèrent à travers du marais pour passer à l’Isle d’Abeau, ne pouvant manquer par ce moyen de rejoindre la grande bande qui était aux environs (c’était la même qui avait fait tant de ravages la veille). Les Srs Poulardière, Lainé et Tranchant de Jallieu, leur coururent après, les premiers pour les faire revenir sur leurs pas. Le Sr curé s’y transporta aussi. Ils réussirent à les faire rétrograder, attendu qu’il y en avait peu de mal  intentionnés. Les Srs curé, Poulardière et Tranchant, n’osant pas les laisser tout à la fois de crainte qu’ils n’allassent au château de St Savin ainsi que quelques uns menaçaient, les firent arrêter dans une prairie. On leur donna à manger et à boire, de même qu’à une partie de la paroisse de St Savin qui s’était rendue à Jallieu. Ensuite, les Srs Poulardière et Tranchant voulurent aller amener au Seigneur de St Savin ceux de ses vassaux qui s’étaient joints à Jallieu. Le curé qui se trouva seul avec tout ce monde, ne fut pas sans embarras. Il les exhorta, les prêcha et obtint de la plus grande partie de se retirer à leur travail. Ils le firent. Il emmena les autres à la cure pour les faire boire et passer ainsi le temps mais ce fut là où ceux qui avaient des mauvaises vues ne purent plus le dissimuler.

Ils partirent pour St Savin, demandant cependant que leur curé y fut avec eux, assurant qu’il ne se passerait rien de mauvais si leur curé les accompagnait, protestant de vouloir offrir leurs services au château et que, d’ailleurs, les Srs Poulardière et Tranchant y étaient allés conduire ceux de St Savin, qu’ils leur obéiront et qu’ils reviendront sans faire du mal.

Le sieur curé se retira, triste de n’avoir pu contenir les paroissiens. Néanmoins, demi-heure après, il remonte à cheval et court après cette bande d’environ cent pour en contenir au moins quelques uns. Il y avait réussi, ses paroissiens restèrent seulement dans la basse cour du château de St Savin. Ils burent et se retirèrent sur les sept heures du soir à part une dizaine qu’il laissa derrière mais qui sortaient déjà de la basse cour. On se serait retiré sans être rentré au château, sans y avoir fait aucun mal si on n’eût rencontré à la Croix de St Savin, à la jonction des deux chemins de St Marcel et de Bourgoin, la bande des brigands qui avait déjà ravagé quatre châteaux. Alors le curé ne crut pas qu’il fût prudent de rétrograder, marcha vers sa paroisse, accompagné de ceux qui ne se laissèrent pas gagner par les cris de cette nouvelle bande de brigands qui les menaçaient s’ils ne venaient pas se joindre à eux. Le château de St Savin fut pillé par la susdite bande et par trente-cinq habitants de Jallieu qui échappèrent aux poursuites du curé.(nota que le plus grand nombre des brigands de Jallieu étaient ou des valets ou des fabricants mais fort peu de chefs de famille.

Tous ces brigands ne restèrent à St Savin pour le piller qu’environ une heure et demie. De là, ils allèrent brûler les papiers qu’ils trouvèrent à Demptézieu et furent passer la nuit au château de Montcarra où ils firent une dévastation et un pillage affreux.

 

Le trente juillet, le jeudi

 

Les habitants du mandement de Maubec et d’autres paroisses dévastèrent de fond en comble le château de Césarges, pillèrent le couvent de paterne et profanèrent l’église. Plus de trente châteaux eurent le sort d’être dévastés ou brûlés dans le mandement de Vienne. La plupart des brigands de la paroisse de Jallieu restèrent en course. Les uns furent au pillage du château de Chapeau Cornu et de Marteray, d’autres s’étaient retirés chez eux au sortir du pillage de Montcarra. Ce même jour, des brigands étrangers firent aussi une descente à Petit Mont, forcèrent d’enlever des girouettes, tentèrent de piller, néanmoins ils ne firent aucun mal.

Le même jour, sur les trois heures du soir, il arriva une bande composée de cinq, tous de Jallieu, avec un tambour, arrivant du pillage du château de Mr du Villion, Marteray, Chapeau Cornu, n’apportant presque rien du pillage.

 

Le trente et un juillet, le vendredi

 

Cinq ou six des brigands de la paroisse de Jallieu se transportèrent au château de La Bâtie pour le brûler mais par le secours du curé qui flatta et accompagna ces malheureux, le château n’eut point de mal. En se retirant du château de la bâtie, ils s’arrêtèrent au devant de la porte. Deux malins près du pont demandèrent au curé trois louis d’or que l’homme d’affaires du château de St Savin lui avait remis l’avant-veille pour les flatter et les faire sortir du château sans  y faire aucun mal. Le curé leur représenta que cette somme ne pouvait pas leur appartenir, qu’elle ne lui avait été remise qu’à condition que le château ne serait pas pillé, mais qu’ayant contribué au pillage du dit, il ne pouvait la leur remettre.

Sur ces entrefaites, le curé les quitte. Ils menacent de lui faire violence et se transportent chez le Sr Levrat, fermier du terrier de St Pierre et chez le nommé Malon, fermier de Ste Catherine, prennent les terriers de l’un et l’autre fermier et viennent à la cure, demandent avec armes les trois louis d’or dits ci-dessus qui leur furent remis et brûlèrent devant la porte de l’église sur le chemin les dits terriers.

 

Le premier août, samedi

 

Un fabricant qui avait volé toute l’argenterie du château de St Savin, l’avait déjà vendue pour partir lorsque les cavaliers de maréchaussée avec la garde bourgeoise de Bourgoin commencèrent enfin à se montrer et le saisirent sur le chemin de Jallieu à Bourgoin, de même qu’autres deux de ses camarades qi furent conduits en prison. Celui qui avait volé l’argenterie était celui qui avait fait le plus de mal. Il avait enfoncé toutes les portes du château. Néanmoins les menaces que les brigands faisaient aux habitants de Bourgoin furent cause qu’on laissa évader ces trois brigands. On craignait une révolte contre les habitants de Bourgoin et de St Savin.

 

Le second août, dimanche

 

Les brigands étaient sortis de prison crurent que c’était le curé de Jallieu qui avait été cause de leur détention en prison et conspirèrent contre ses jours. Il fut forcé de se retirer le soir de bonne heure et ne pouvait aller le jour sans armes ou sans compagnie.

 

Le neuvième août, dimanche

 

Les menaces et les châtiments qui s’étaient annoncés pendant toute la semaine de la part de la Prévôté de Vienne et de la Commission intermédiaire de Grenoble commencèrent à tempérer pendant la semaine la fureur des brigands. Et le dimanche neuvième août, les loups devinrent des agneaux. Le repentir succéda au crime. Les plus grands scélérats cherchèrent la fuite ou les ténèbres. Voici quel fut le souverain remède : la justice criminelle de Vienne députa son prévôt pour commencer sa tournée. Une compagnie d’artillerie qui était en garnison à Valence arriva les premiers jours du mois d’août, de même que deux compagnies de cavalerie qui séjournèrent environ trois mois à Bourgoin. En outre, la Commission intermédiaire envoya des commissaires avec des soldats suisses.

Il ne fallait pas certainement tant de forces pour intimider les brigands. Le Sr de St Romain, prévôt de Vienne, arriva le samedi au soir huitième août pour commencer les exécutions. A Bourgoin, il amena avec lui bonne compagnie de maréchaussée, un capucin et un bourreau ; et le neuvième août à six heures du matin, il prononça la sentence de mort contre un des brigands, habitant de la paroisse d’Artas qui avait mis le feu au château de Vaux. La même nuit, on se saisit du nommé Casset, natif de Ruy, habitant à Jallieu depuis deux années. Il fut conduit sur la même charrette que le malheureux qu’on conduisit au supplice et ce dernier fut pendu sur les huit heures du matin au dernier arbre de l’allée du château de Vaux et le susdit Casset fut conduit aux prisons de Vienne.

Quelques jours après, on se saisit d’un jeune homme qui était aussi de Jallieu et qui fut conduit aux prisons de Vienne. Huit jours après sa prise de corps, il fut reconduit à Bourgoin avec le susdit Casset pour y être condamnés à mort. Ce dernier fut pendu sur la paroisse d’Arcisse à cause qu’il avait assisté au pillage du château du Sr du Vilard et l’autre fut pendu à la place de Bourgoin. Ils demandèrent tous les deux leur curé pour les conduire au supplice. Il est certain qu’il y avait un très grand nombre de brigands qui avaient plus mérité la mort qu’eux mais il fallait des exemples prompts. Les cavaliers n’osaient guère courir dans les campagnes éloignées. Bourgoin passait pour être le foyer de tous les malheurs et on dénonçait ces deux malheureux qui firent une mort fort édifiante. La paroisse de Jallieu fut fort affligée de ce malheur. En effet, il n’y avait point de paroisse dans les environs qui eut moins servi au pillage de quatre cent hommes capables de porter les armes. A peine y eut-il quarante brigands alors que les paroisses voisines, femmes et hommes, tous participèrent au pillage. Combien qui furent des incendiaires, des sacrilèges qui profanèrent les églises, brûlèrent les châteaux. Les paroissiens de Jallieu n’avaient assisté qu’au pillage de trois ou quatre châteaux qui ne furent ni dévastés, ni brûlés mais dans ces occasions comme dans les autres, il faut se soumettre à la volonté de dieu qui dispose de tout dans l’ordre de sa providence. Pour son plus grand bien en effet, ces châtiments ont servi de grand exemple pour la jeunesse qui a été plus soumise durant le cours de cette année.

Je souhaite que mes successeurs n’éprouvent jamais de pareilles révolutions.

Jallieu, ce dixième septembre mil sept cent quatre vingt-neuf

 

Curé Enjelvin

 

 

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1791 dans la Loire

Le curé de St Priest la Prugne termine son témoignage par l’année 1791.

AD42  vue 55 BMS 1789-1792   St Priest la Prugne

Vous vous rappellerez,  mon cher lecteur, du proverbe qui dit « qui nimium probat nihil probat ». J’avais annoncé dans mon dernier mémoire à la fin du registre de 1790 que je ferai voir dans celui-ci quelle sera la fin des débats de 1790 et du refus de serment mais nous sommes toujours aux prises sans espérance de voir encore sitôt la fin de nos guerres. C’est pourquoi je suis obligé de continuer à énoncer ce qui s’est passé de plus remarquable cette année 1791.

Pour d’une, revenir à l’histoire du refus de prestation de serment, il sera notoire que l’assemblée nationale, enfant d’un pouvoir souverain, déclara déchus, dépossédés de leurs bénéfices à charge d’âmes, tous les évêques, curés et autres ecclésiastiques de servant qui refuseraient de prêter le serment. Sur 133 évêques en France, quatre seulement le prêtèrent. Tous les autres, appuyés de l’autorité de notre saint père le pape qui n’approuvait pas cette constitution civile du clergé refusèrent et furent remplacés. Beaucoup de curés furent aussi remplacés pour la même cause. Là commença le schisme. L’unanimité des évêques de France, le pape à leur tête qui lança un bref comminatoire contre tous ceux du clergé de France qui avaient prêté le serment de maintenir la constitution du clergé ne se seraient rétractés dans quarante jours à compter du jour de sa fulmination et suspense de leurs fonctions, de leurs ordres.

Beaucoup se rétractèrent, plusieurs, au contraire, ne firent que s’en obstiner davantage. Dès lors, on vit dans plusieurs diocèses deux évêques et dans plusieurs cures et en grand nombre, deux curés. Chacun faisait bande à part. Le nombre des catholiques romains était en certains endroits fort nombreux et ils suivaient leur ancien pasteur. Dans d’autres paroisses, les anciens curés furent obligés de s’éloigner, pressés, insultés, persécutés par les agents du pouvoir civil. Dans d’autres, les curés catholiques romains, c’est-à-dire ceux qui refusèrent le serment ou se rétractèrent et s’attachèrent au parti du pape et des anciens évêques, se retirèrent tranquillement.

Les curés et autres ecclésiastiques constitutionnels étaient soutenus par l’autorité et la force publiques. Les curés et autres ecclésiastiques inconstitutionnels, c’était le nom qu’on donnait à ceux qui avaient épousé le parti du pape. Des évêques catholiques étaient en certains endroits soutenus par le peuple mais tourmentés par les administrateurs : procès verbal contre eux, décrets de prise de corps, mauvais traitements, insultes, prison, persécution, privés de tout revenu.

La rage ne s’exerça pas seulement sur les prêtres catholiques romains, c’est-à-dire qui tenaient au pape et à la chaire de St Pierre, elle se porta aussi sur les fidèles qui refusaient d’aller aux messes des prêtres constitutionnels et de recevoir d’eux les sacrements, crainte de participer à leur schisme. Des filles, des femmes, insultées, fustigées et même maltraitées par une espèce de gens qui se disaient patriotes et qui, à ce titre, se croyaient tout permis. On a vu des coups de fusil tirés sur des prêtres, d’autres se donner la mort, ceux tombés raides morts comme pour servir d’exemples à la race à venir. Enfin, un a été massacré au pied de l’autel au moment où il va dire la messe. Nous ne voyons pas encore au moment où j’écris d’apparence de paix. L’agiotage sur les assignats est porté à son comble et les vols deviennent de jour en jour plus célèbres et plus fréquents et tout impunément.

Curé Tissier

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1790 dans la Loire

 

Le curé de St Priest la Prugne poursuit son témoignage pour 1790.

AD42  vue 35  BMS 1789-1792   St Priest la Prugne

 

Continuation du mémoire soussigné au registre de 1789

Nous en étions restés à la formation des municipalités qui ont été formées beaucoup plus tranquillement et moins dangereusement qu’on l’espérait. D’abord quelques insultes de part et d’autre, des briques et cabales mais tout cela dans un temps d’effervescence ne méritait pas attention.

Les assemblées primaires ont été un peu plus mémorables. D’abord les ecclésiastiques n’y ont pas été bien reçus quoique ces assemblées se sont tenues dans des lieux consacrés au dieu de … La circonstance du lieu n’empêchait pas que le venin de l’iniquité ne s’installe : disputes, invectives, exécutions, humiliants coups de bâton, menaces de la mort, séditions et groupes de mains. Nous avons un peu respiré si on compte quelques faits éclatants répandus au loin dans le royaume jusqu’au mois de décembre qui a vu éclore un décret émané de l’assemblée nationale accompagné d’une constitution civile du clergé décrétée par l’assemblée qui sera à jamais mémorable dans les annales et fera l’étonnement de la postérité. Chacun en pensera ce qu’il voudra. Ce décret portait que les fonctionnaires (or on donna cette qualification à tous les prêtres de servant) prêteraient serment de maintenir la constitution sous peine d’être dépossédés de leur fonction. Ce fut là l’époque étonnante de la division générale parmi le clergé. Comme la constitution du clergé sabre bien des choses et sans forme de procès quantité d’ecclésiastiques – entre autre le haut clergé – s’y préjugèrent, beaucoup d’autres, servis de leurs goûts, le prêtèrent avec plaisir.

Dès lors, …. de part et d’autre, un mélange se fit : les laïques, les femmes, tout se mêla d’égaliser, de philosopher, le clergé d’…….. La terre fut couverte d’écrits les plus satiriques. Les plus impies étaient des mieux reçus et s’imprimaient, se publiaient ouvertement. Il y en avait de bons, de catholiques, mais ils n’étaient pas de saison. De là, les noms d’aristocrates qui se prononçaient également par la bouche du liquoreux comme du stupide, devinrent des dénominations insultantes. Le mot de citoyen rehaussait infiniment celui qui était qualifié, soit qu’il le fût en réalité ou non. Patriote était le superlatif et l’assemblage de toutes les bonnes qualités du temps. On verra quelle fut la fin de tout ce débat et du refus de prestation de serment.

En 1791, l’émission des assignats eut lieu à la fin de 1790. Le moment qui vit ouvrir la porte à cette espèce de monnaie la vit fermer à l’argent. Les guerres civiles en 1790 et 1791 n’eurent guère lieu qu’à Avignon et Carpentras. Les troupes n’étaient guère tranquilles non plus, soit par rapport à l’indocilité des soldats qui ne faisaient pas difficultés de répudier leurs officiers quand ils ne leur plaisaient pas et s’en donnaient d’autres, soit parce qu’on voulut exiger le serment des officiers de guerre qui pour la plupart y répugnaient.

Curé Tissier

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1789 à St Priest la Prugne (Loire)

Le curé de ce village avait manifestement l’intention de laisser un témoignage de ces années révolutionnaires.

AD42  vue 17  BMS 1789-1792   St Priest la Prugne

 

Mémoire intéressant de ce qui s’est passé tant dans la paroisse que dans le royaume de France.

C’est cette année 1789 qu’on a réédifié la voûte à canne de l’église de Saint Priest ; sous la direction des Sieurs Jean Garet, maréchal au bourg, Pierre Débatisse, village Combe, tous deux …. et Louis Tissier curé de la dite paroisse de Saint Priest.

J’ai observé, mon cher lecteur, et cela pour l’utilité de la postérité et la vôtre, j’ai observé et très attentivement qu’à compter depuis l’époque de 1783, on a vu des révolutions physiques qui ne furent que trop certainement les présages assurés de ce qui est arrivé en 1789.

D’abord on a aperçu dans la saison d’été de l’an 1783 et cela pendant plusieurs jours une rougeur sanguine au soleil, tout le moins à son lever jusqu’à neuf heures du matin et depuis les cinq ou six heures du soir et une grande partie de la nuit. Cette même rougeur reparaissait en sorte qu’on avait peine à reconnaître au milieu de ces signes effrayants cet astre qui jusque là avait présidé au jour.

De là, des inondations inouïes, des chaleurs excessives ; enfin, en 1789, l’hiver fut un prodige de surprise à tous les hommes qui purent se défendre des redoutables et mortelles influences tant il fut rigoureux. Beaucoup en sont péris. Les …. de sang, les maladies épidémiques et contagieuses devinrent générales, tant dans les plaines que sur les montagnes et encore plus dans les villes.

Chacun était dans l’admiration des événements futurs lorsque tout à coup et de toutes parts on vit arriver des révolutions générales dans le royaume. A l’occasion des assemblées des Etats Généraux qui se tinrent cette année 1789, on vit donc éclore des révoltes de part et d’autre. Les seigneurs ne trouvaient guère plus d’asile, assurés que dans la fuite ; les châteaux brûlaient avec les archives. Le moindre soupçon de trahir les intérêts des particuliers était plus que suffisant pour mériter de devenir une prompte victime des soupçonneurs sans forme de procès. Ils étaient pris et immolés à la fureur des turbulents. On vit établir à l’occasion des révoltes qui se tramaient de toute part, la loi martiale, loi cruelle mais nécessaire en ce temps.

Je serais presque infini. Je voulais, mon cher lecteur, vous faire un récit entier des tristes événements dont nous avons été témoins. Je me contenterai seulement de vous dire que la crainte et la frayeur avaient tellement saisi les esprits qu’on en a vu sortir les uns de leur foyer pour partir dans les bois, les autres ne pas se donner le temps d’emporter leurs victimes mais se levant brusquement de leur couche pauvre et tous hors d’eux-mêmes courir ça et là, annonçant partout l’effroi dont ils étaient saisis. Enfin l’on était dans le … et dans la frayeur.

Et nous en sommes encore là au commencement de l’année 1790. Nous dirons succinctement l’année prochaine si nous échappons aux périls, ce qui se sera passé à l’occasion de la formation des municipalités qui sont déjà appréhendées de tristes faits ce 17 février 1790.

Tissier, curé

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1791 : prêtres réfractaires à Chasselay

En 1790, paraît un décret obligeant les prêtres à prêter serment à la constitution. Ceux qui refusent sont dits « réfractaires » et encourent des sanctions.

AD69   Chasselay  BMS 1791   vue 8

 

Arrêté et paraphé le 17 juin, jour auquel je me suis vu obligé de quitter mes chers paroissiens. Déclarant néanmoins que je ne les quitte que comme contraint et désirant leur donner en partant une nouvelle preuve de ma fidélité, de mon zèle et de mon attachement, je consigne la présente déclaration dans le registre de baptêmes, mariages et enterrements :  des baptêmes pour renouveler à la face des saints autels ma profession de vivre et mourir dans la foi de l’église catholique, apostolique et romaine ; des mariages, pour cimenter de nouveau l’union que j’ai contractée avec mon église et à laquelle je serai fidèle jusqu’à la mort ; des enterrements pour me consoler devant Dieu de ce que mes cendres ne seront pas déposées dans le cimetière au milieu de celles de mon troupeau.

Condentia, bachelier de Sorbonne, curé de Chasselay et Leschères

Et moi, Claude Pradier, qui depuis plusieurs années exerce le divin ministère dans la paroisse de Chasselay, je déclare que c’est avec le regret le plus vif que je me vois contraint d’abandonner des paroissiens que j’aimais. Je désire de toute mon âme qu’un nouvel accord entre les lois de l’église et de l’état me mette à même de leur prouver de nouveau de vive voix combien je leur suis attaché.

Pradier, vicaire

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1791 : prêtre réfractaire à Roche

 

En 1790, paraît un décret obligeant les prêtres à prêter serment à la constitution. Ceux qui refusent sont dits « réfractaires » et encourent des sanctions.

 

AD38  Roche  BMS CC 1756-1792  Vue 240

 

Du 26 juin 1791, ayant appris par la voie publique et notamment par la lettre du Sieur Vuillet, vicaire de St Marcel, qu’il était nommé par les électeurs pour me remplacer pour la seule raison que j’avais ajouté à mon serment du 16 janvier qu’en qualité de chrétien et de prêtre , je voulais professer et enseigner la religion catholique, apostolique et romaine ; je déclare de nouveau de demeurer fidèle à la nation, à la loi et au roi et par conséquent de me conformer à tous les décrets de l’assemblée nationale sanctionnés par le roi pour ce qui regarde l’autorité temporelle et civile, que je mourrais plutôt que d’y être infidèle ; je déclare aussi que je serai toujours soumis et inviolablement attaché à l’autorité de l’église catholique, du vicaire de Jésus christ sur la terre et du premier pasteur de l’église de Vienne. En conséquence, pour le dit spirituel, je m’oppose à tout ce qu’on pourrait faire contre mes droits et ceux de l’église.

Etienne Fontanel

Depuis, ayant entendu lecture faite par Mr Payet, greffier de cette paroisse des provisions ou ablutions canoniques du 6ème feuillet, nous avons vu ce qu’il y a à voir, un faux énoncé car il y est dit que nous avons retraité notre serment ; nous défions qui que ce soit, soit officiers municipaux, soit … du directoire ou du département ou même l’assemblée nationale de donner des preuves de notre rétractation. Nous avons simplement assuré la confirmation de notre premier serment qui est celui de tout catholique. En conséquence, l’institution est nulle étant subreptice.

Ce jour, Etienne Fontanel

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1788 : La journée des tuiles

Ce récit décrivant la journée des tuiles le 7 juin 1788 à Grenoble est un témoignage et, à ce titre,  il peut se montrer partial ou approximatif.

AD38  vue 155  BMS 1771-1792   St Jean de Bournay / St Pierre

 

Le huitième mai de la présente année sous l’administration de Mrs De Brienne et De Lamoignon, l’un principal ministre, l’autre garde des sceaux, il y eut une révolution dans tout le royaume. Le jour susdit et presque à la même heure, par ordre exprès du Roy, toutes les cours de Parlement du royaume furent investies de troupes et l’on fit enregistrer militairement plusieurs édits, entre autres celui de la création des grands baillages, la réduction des cours de Parlement à quarante membres. Les grands baillages, suivant l’édit de leur création, devaient juger en dernier ressort, jusqu’à la somme de vingt mille livres, les présidiaux jusqu’à celle de quatre mille, ce qui réduisit le pouvoir des parlements à des causes seulement des corps et communautés et de la noblesse, l’autre édit portant création d’une chambre plénière pour l’enregistrement des lois et édits. B…aux plusieurs autres édits au nombre de douze, ce qui lança une révolution presque dans tout le royaume, entre autre en Dauphiné, en Bretagne et dans le Béarn.

La ville de Grenoble voyant ses magistrats exilés, s’ameuta. Les portes furent fermées et aucun de ses seigneurs n’en put sortir. L’alarme fut donnée sur les dix à onze heures du matin. Le tocsin fut sonné dans toutes les églises de la ville. Les paroisses des environs en firent de même et descendirent des montagnes et des environs de Grenoble des milliers de citoyens armés qui firent brèche aux deux ponts et obligèrent la garnison à rentrer dans leur quartier. Deux personnes furent tuées. Le commandant de la province courut grand risque de perdre la vie. Le commissaire des guerres y souffrit beaucoup dans ses meubles et denrées. Les magistrats furent conduits bon gré mal gré pour y siéger. La garde bourgeoise s’empara des portes et fit les services pendant plusieurs jours. Les magistrats assemblés firent leur possible pour contenir le peuple de tout état et faire cesser l’émeute qui fut apaisée quelques jours après.

Les membres du Parlement sortirent secrètement de la ville pour se rendre au lieu de l’exil qu’ils avaient choisi. La municipalité alors fit fonction de juge. Les deux premiers consuls bientôt après furent mandés en cour par lettre de cachet. Les officiers municipaux intéressèrent les villes, bourgs et communautés à se joindre à eux pour supplier humblement le Roy de les écouter et leur rendre justice. Plusieurs se réunirent à la ville de Grenoble, comme Saint-Jean de Bournay, Beaurepaire, ……….., le Comté de Chaumont, les communautés du Haut-Dauphiné. Plusieurs refusèrent comme Vienne, Valence, parce qu’ils espéraient un grand baillage. La noblesse s’assembla en corps, invita le clergé et le Tiers-Etat à s’unir à eux. Cette assemblée fut défendue. Monsieur le Maréchal de Vaulx fut envoyé pour calmer les esprits et pacifier la province.

L’assemblée ne pouvant se tenir à Grenoble, se tint à Vizille. Elle fut composée tant de la noblesse, du clergé, que des députés du Tiers-Etat, de plus de 600 personnes qui firent un arrêté en plusieurs articles qui fut envoyé en cour. Entre autre, il fut arrêté qu’on demanderait les états de la province qui furent accordés tels qu’ils se tiennent actuellement à …………… dont le maire, Monsieur de Delay s’est immortalisé.

Le 21 octobre, le Parlement fut rappelé à ses fonctions. Chaque ville et justice de son ressort ……. pour le complimenter. Le jour de la rentrée, la joie fut indicible à Grenoble. Les fêtes et réjouissances inexprimables ainsi que dans presque toutes les villes de province, même à Saint-Jean de Bournay où il y eut feu de joie et d’artifice, illumination, souper et danses publics qui ne cessèrent qu’au jour. Monseigneur l’archevêque de Vienne élu président des états par les états mêmes s’est montré bien digne de cette place. On s’y occupe du bien de la province et je crois des moyens à prendre pour l’acquittement de la dette nationale. On ne peut que bien augurer des opérations de cette auguste assemblée qui doit bientôt se séparer jusqu’à nouvel ordre.

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1789 : La grande peur à Meyrieu

 Vues 179/180  9 NUM/AC231/2

 

Le 27 juillet 1789 à huit heures et demie du soir pour cette paroisse, l’alarme fut donnée que les Savoyards étaient à Bourgoin en conséquence on fit sonner le tocsin pour assembler les hommes de la paroisse en état de porter des armes et de pouvoir se défendre. Les uns s’armèrent de fusils, les autres de faux. 

Mr le chevalier de Moidieu qui était à Meyrieu se rendit au son des cloches au Bourcharin devant la cure où était assemblée une partie des hommes de la paroisse et leur dit d’aller de former une ligne depuis le coteau de Jacquier de radoire jusqu’à Crachier pour observer si on se jetterait de ce coteau.

Mais ce fut  une fausse alarme. Bourgoin l’eut le même jour mais plus à bonne heure par l’homme d’affaires de madame de Vallin de La Tour du Pin. En conséquence, Bourgoin l’a répandu à Lyon, à Vienne, à Grenoble. Les paroisses circonvoisines de Bourgoin s’assemblèrent et se rendirent à Bourgoin où après avoir passé une partie de la nuit à garder et à boire, le 28 du même mois, prirent la révélation d’aller brûler et saccager les maisons nobles et châteaux des environs, voulant d’abord brûler la maison de Mr Anglancier de Saint Germain située sur la place de Bourgoin mais ils en furent empêchés par les habitants de la ville.

De là se transportèrent au château de Bourgoin appartenant à Mr le marquis de Maubec comme seigneur en gages et y brûlèrent les terriers et autres papiers concernant les droits seigneuriaux. Partant de là, ils forcèrent Mr du Rival, sous-lieutenant de la maréchaussée de se mettre à leur tête pour aller saccager le château de Domarin, brûler le château de Vaulx, saccager et piller la maison de Monsieur de Meyrieu à La Verpillière, le château de Mr de Seyssin au Layet, la maison de Mr de Michalon à Vaugelas, incendier le château de Moidière à Bonnefamille, celui de Mr de Sérézin à Saint-Quentin.

Le 29 du même mois, pillèrent et saccagèrent le château de Césarges. De là, se rendirent au château de Meyrieu qu’ils pillèrent et saccagèrent à Châtonnay la maison de Mr de Moidieu, ancien procureur général, appelée le dôme, qu’ils saccagèrent et pillèrent le 30 du même mois ainsi que la maison de Mr de Miribel de Châtonnay. L’abbaye de Bonnevaux essuya le même sort, le même jour à Madame de Battin à Tramolé.

Enfin, quantité de châteaux ont été saccagés et incendiés par des gens qu’on appelait à cette époque brigands, qui disaient qu’ils prenaient le parti du tiers contre la noblesse. Ces gens furent dépaysés par des pelotons de dragons qui étaient en garnison à Vienne qu’on répandit dans plusieurs paroisses. Beaucoup furent tués par les dragons, beaucoup d’arrêtés et mis dans les prisons, quelques uns de pendus pour servir d’exemples et inspirer de la terreur.

Enfin, ce bruit des brigands se répandit dans toute la province depuis la Guillotière jusqu’au-dessus de Briançon et toutes les paroisses sonnèrent le tocsin étant imbus de l’alarme et faire observer que tout cela servirait pendant la tenue des états à Versailles assemblés …………le 4 de may.

Ad rei Memoriam

Janvier 1790 Faure, curé de Meyrieu à cette époque

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