1790 dans la Loire

 

Le curé de St Priest la Prugne poursuit son témoignage pour 1790.

AD42  vue 35  BMS 1789-1792   St Priest la Prugne

 

Continuation du mémoire soussigné au registre de 1789

Nous en étions restés à la formation des municipalités qui ont été formées beaucoup plus tranquillement et moins dangereusement qu’on l’espérait. D’abord quelques insultes de part et d’autre, des briques et cabales mais tout cela dans un temps d’effervescence ne méritait pas attention.

Les assemblées primaires ont été un peu plus mémorables. D’abord les ecclésiastiques n’y ont pas été bien reçus quoique ces assemblées se sont tenues dans des lieux consacrés au dieu de … La circonstance du lieu n’empêchait pas que le venin de l’iniquité ne s’installe : disputes, invectives, exécutions, humiliants coups de bâton, menaces de la mort, séditions et groupes de mains. Nous avons un peu respiré si on compte quelques faits éclatants répandus au loin dans le royaume jusqu’au mois de décembre qui a vu éclore un décret émané de l’assemblée nationale accompagné d’une constitution civile du clergé décrétée par l’assemblée qui sera à jamais mémorable dans les annales et fera l’étonnement de la postérité. Chacun en pensera ce qu’il voudra. Ce décret portait que les fonctionnaires (or on donna cette qualification à tous les prêtres de servant) prêteraient serment de maintenir la constitution sous peine d’être dépossédés de leur fonction. Ce fut là l’époque étonnante de la division générale parmi le clergé. Comme la constitution du clergé sabre bien des choses et sans forme de procès quantité d’ecclésiastiques – entre autre le haut clergé – s’y préjugèrent, beaucoup d’autres, servis de leurs goûts, le prêtèrent avec plaisir.

Dès lors, …. de part et d’autre, un mélange se fit : les laïques, les femmes, tout se mêla d’égaliser, de philosopher, le clergé d’…….. La terre fut couverte d’écrits les plus satiriques. Les plus impies étaient des mieux reçus et s’imprimaient, se publiaient ouvertement. Il y en avait de bons, de catholiques, mais ils n’étaient pas de saison. De là, les noms d’aristocrates qui se prononçaient également par la bouche du liquoreux comme du stupide, devinrent des dénominations insultantes. Le mot de citoyen rehaussait infiniment celui qui était qualifié, soit qu’il le fût en réalité ou non. Patriote était le superlatif et l’assemblage de toutes les bonnes qualités du temps. On verra quelle fut la fin de tout ce débat et du refus de prestation de serment.

En 1791, l’émission des assignats eut lieu à la fin de 1790. Le moment qui vit ouvrir la porte à cette espèce de monnaie la vit fermer à l’argent. Les guerres civiles en 1790 et 1791 n’eurent guère lieu qu’à Avignon et Carpentras. Les troupes n’étaient guère tranquilles non plus, soit par rapport à l’indocilité des soldats qui ne faisaient pas difficultés de répudier leurs officiers quand ils ne leur plaisaient pas et s’en donnaient d’autres, soit parce qu’on voulut exiger le serment des officiers de guerre qui pour la plupart y répugnaient.

Curé Tissier

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