AMLyon St Pierre / St Saturnin BMS 1756 vue 112
1788 : La journée des tuiles
Ce récit décrivant la journée des tuiles le 7 juin 1788 à Grenoble est un témoignage et, à ce titre, il peut se montrer partial ou approximatif.
AD38Â vue 155Â BMS 1771-1792Â Â St Jean de Bournay / St Pierre
Le huitième mai de la présente année sous l’administration de Mrs De Brienne et De Lamoignon, l’un principal ministre, l’autre garde des sceaux, il y eut une révolution dans tout le royaume. Le jour susdit et presque à la même heure, par ordre exprès du Roy, toutes les cours de Parlement du royaume furent investies de troupes et l’on fit enregistrer militairement plusieurs édits, entre autres celui de la création des grands baillages, la réduction des cours de Parlement à quarante membres. Les grands baillages, suivant l’édit de leur création, devaient juger en dernier ressort, jusqu’à la somme de vingt mille livres, les présidiaux jusqu’à celle de quatre mille, ce qui réduisit le pouvoir des parlements à des causes seulement des corps et communautés et de la noblesse, l’autre édit portant création d’une chambre plénière pour l’enregistrement des lois et édits. B…aux plusieurs autres édits au nombre de douze, ce qui lança une révolution presque dans tout le royaume, entre autre en Dauphiné, en Bretagne et dans le Béarn.
La ville de Grenoble voyant ses magistrats exilés, s’ameuta. Les portes furent fermées et aucun de ses seigneurs n’en put sortir. L’alarme fut donnée sur les dix à onze heures du matin. Le tocsin fut sonné dans toutes les églises de la ville. Les paroisses des environs en firent de même et descendirent des montagnes et des environs de Grenoble des milliers de citoyens armés qui firent brèche aux deux ponts et obligèrent la garnison à rentrer dans leur quartier. Deux personnes furent tuées. Le commandant de la province courut grand risque de perdre la vie. Le commissaire des guerres y souffrit beaucoup dans ses meubles et denrées. Les magistrats furent conduits bon gré mal gré pour y siéger. La garde bourgeoise s’empara des portes et fit les services pendant plusieurs jours. Les magistrats assemblés firent leur possible pour contenir le peuple de tout état et faire cesser l’émeute qui fut apaisée quelques jours après.
Les membres du Parlement sortirent secrètement de la ville pour se rendre au lieu de l’exil qu’ils avaient choisi. La municipalité alors fit fonction de juge. Les deux premiers consuls bientôt après furent mandés en cour par lettre de cachet. Les officiers municipaux intéressèrent les villes, bourgs et communautés à se joindre à eux pour supplier humblement le Roy de les écouter et leur rendre justice. Plusieurs se réunirent à la ville de Grenoble, comme Saint-Jean de Bournay, Beaurepaire, ……….., le Comté de Chaumont, les communautés du Haut-Dauphiné. Plusieurs refusèrent comme Vienne, Valence, parce qu’ils espéraient un grand baillage. La noblesse s’assembla en corps, invita le clergé et le Tiers-Etat à s’unir à eux. Cette assemblée fut défendue. Monsieur le Maréchal de Vaulx fut envoyé pour calmer les esprits et pacifier la province.
L’assemblée ne pouvant se tenir à Grenoble, se tint à Vizille. Elle fut composée tant de la noblesse, du clergé, que des députés du Tiers-Etat, de plus de 600 personnes qui firent un arrêté en plusieurs articles qui fut envoyé en cour. Entre autre, il fut arrêté qu’on demanderait les états de la province qui furent accordés tels qu’ils se tiennent actuellement à …………… dont le maire, Monsieur de Delay s’est immortalisé.
Le 21 octobre, le Parlement fut rappelé à ses fonctions. Chaque ville et justice de son ressort ……. pour le complimenter. Le jour de la rentrée, la joie fut indicible à Grenoble. Les fêtes et réjouissances inexprimables ainsi que dans presque toutes les villes de province, même à Saint-Jean de Bournay où il y eut feu de joie et d’artifice, illumination, souper et danses publics qui ne cessèrent qu’au jour. Monseigneur l’archevêque de Vienne élu président des états par les états mêmes s’est montré bien digne de cette place. On s’y occupe du bien de la province et je crois des moyens à prendre pour l’acquittement de la dette nationale. On ne peut que bien augurer des opérations de cette auguste assemblée qui doit bientôt se séparer jusqu’à nouvel ordre.
1789 : La grande peur à Meyrieu
 Vues 179/180 9 NUM/AC231/2
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Le 27 juillet 1789 à huit heures et demie du soir pour cette paroisse, l’alarme fut donnée que les Savoyards étaient à Bourgoin en conséquence on fit sonner le tocsin pour assembler les hommes de la paroisse en état de porter des armes et de pouvoir se défendre. Les uns s’armèrent de fusils, les autres de faux.Â
Mr le chevalier de Moidieu qui était à Meyrieu se rendit au son des cloches au Bourcharin devant la cure où était assemblée une partie des hommes de la paroisse et leur dit d’aller de former une ligne depuis le coteau de Jacquier de radoire jusqu’à Crachier pour observer si on se jetterait de ce coteau.
Mais ce fut  une fausse alarme. Bourgoin l’eut le même jour mais plus à bonne heure par l’homme d’affaires de madame de Vallin de La Tour du Pin. En conséquence, Bourgoin l’a répandu à Lyon, à Vienne, à Grenoble. Les paroisses circonvoisines de Bourgoin s’assemblèrent et se rendirent à Bourgoin où après avoir passé une partie de la nuit à garder et à boire, le 28 du même mois, prirent la révélation d’aller brûler et saccager les maisons nobles et châteaux des environs, voulant d’abord brûler la maison de Mr Anglancier de Saint Germain située sur la place de Bourgoin mais ils en furent empêchés par les habitants de la ville.
De là se transportèrent au château de Bourgoin appartenant à Mr le marquis de Maubec comme seigneur en gages et y brûlèrent les terriers et autres papiers concernant les droits seigneuriaux. Partant de là , ils forcèrent Mr du Rival, sous-lieutenant de la maréchaussée de se mettre à leur tête pour aller saccager le château de Domarin, brûler le château de Vaulx, saccager et piller la maison de Monsieur de Meyrieu à La Verpillière, le château de Mr de Seyssin au Layet, la maison de Mr de Michalon à Vaugelas, incendier le château de Moidière à Bonnefamille, celui de Mr de Sérézin à Saint-Quentin.
Le 29 du même mois, pillèrent et saccagèrent le château de Césarges. De là , se rendirent au château de Meyrieu qu’ils pillèrent et saccagèrent à Châtonnay la maison de Mr de Moidieu, ancien procureur général, appelée le dôme, qu’ils saccagèrent et pillèrent le 30 du même mois ainsi que la maison de Mr de Miribel de Châtonnay. L’abbaye de Bonnevaux essuya le même sort, le même jour à Madame de Battin à Tramolé.
Enfin, quantité de châteaux ont été saccagés et incendiés par des gens qu’on appelait à cette époque brigands, qui disaient qu’ils prenaient le parti du tiers contre la noblesse. Ces gens furent dépaysés par des pelotons de dragons qui étaient en garnison à Vienne qu’on répandit dans plusieurs paroisses. Beaucoup furent tués par les dragons, beaucoup d’arrêtés et mis dans les prisons, quelques uns de pendus pour servir d’exemples et inspirer de la terreur.
Enfin, ce bruit des brigands se répandit dans toute la province depuis la Guillotière jusqu’au-dessus de Briançon et toutes les paroisses sonnèrent le tocsin étant imbus de l’alarme et faire observer que tout cela servirait pendant la tenue des états à Versailles assemblés …………le 4 de may.
Ad rei Memoriam
Janvier 1790 Faure, curé de Meyrieu à cette époque
1709 : Le grand hyver
1709 : « Le grand hyver » sévit : froid polaire, famine suivis d’épidémies. La population est décimée.
AD69  Chasselay BMS 1709 vues 9 et 10 Curé Mallet
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Le cinquième janvier de l’année 1709, veille des Rois, s’éleva sur le midi, après quelques jours de pluie et souffla pendant plus de trois semaines une bise si violente et si froide que les rivières gelèrent si profondément que les charrois y passaient dessus en sûreté. La gelée pénétra plus de trois pieds dans la terre et fit périr toutes les semences.
Il y eut quelques jours de relâche et de dégel par la pluie. C’est ce qui fit le plus de mal car la bise ayant recommencé plus fort qu’auparavant, il n’y eut plus d’espérance de récolte. La terre, sur la fin de mars et au commencement d’avril, parut toute nue et découverte comme s’il n’y eut jamais de blé semé. Le froid fut si violent que tous les noyers à la réserve de quelques petits moururent aussi bien que la plus grande partie des arbres fruitiers. Près de la moitié des vignes mourut aussi. Le blé monta à un prix excessif. On serait à la veille d’une famine générale par l’espérance qu’on avait toujours que le blé repousserait fondée sur ce qu’on n’avait jamais ouï dire ni lu dans aucune histoire que les blés gelassent et mourussent en terre.
On en était entêté de telle sorte dans les villes que l’Intendant de Lyon fit publier une défense à peine de la vie de relabourer et resemer les terres. Mais au mois d’avril et de mai, voyant que les blés étaient véritablement péris, les défenses furent levées et on se pressa de toutes parts de semer les orges, les seigles, blés noirs, blés turquins, fèves et haricots.
Et Dieu, fléchi par les processions générales, les prières publiques, les jeûnes, les expositions du Saint Sacrement, les confessions et communions qui furent ordonnées et faites par tout le royaume, donna un temps si favorable et si propre pour faire sortir et mûrir ces menus grains que leur abondance générale sauva les hommes et les animaux d’une mort inévitable.
Plusieurs cependant périrent de faim et de froid. Les oiseaux tombaient morts par la vigueur du froid et on tua plusieurs bestiaux dans les étables. Le pain fut à Lyon cependant par les soins des magistrats à un prix au-dessous de celui du blé, le froment ayant valu jusque vingt francs le bichet, le seigle jusqu’à seize, l’orge jusqu’à quinze, le blé noir jusqu’à treize, l’avoine jusqu’à cinq, le pain jusqu’à dix, les lentilles jusqu’à douze, les fèves jusqu’à quatorze, les …… jusqu’à dix-sept, la douzaine d’œufs jusqu’à trente sols.
1766 : hiver rigoureux et phénomènes inexpliqués
AD38 Anjou  vue 140 BMS 1745-1792
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L’année 1766 a été des plus disetteuses. L’hiver a été des plus longs et des plus rigoureux puisqu’on a trouvé dans cette paroisse en certains endroits que la gelée avait pénétré 30 pouces et demi dans la terre et jusque dans les caves ; ainsi la gelée a augmenté la perte du blé en périssant les truffes, châtaignes, raves, fruits … Un tiers des châtaigniers sont péris et autres arbres. Les vignes pareillement ; par conséquent il y a eu bien peu de vin qui s’est vendu 16 sols au pressoir. Le blé a valu à la fin de l’année jusqu’à 29 livres le settier. Le froid est descendu au thermomètre de Mr de Réaumur un degré de plus qu’en 1740.
Le vin a valu à la fin de l’année 29 sols la charge. Les braves cabaretiers ont aussi eu soin de le vendre 6 sols le pot. Et on était assez fou que de remplir leurs cabarets comme s’il n’avait coûté que 3 sols. L’homme n’est-il pas un vrai animal indéfinissable ? Qui voudrait le nier ne serait-il pas lui-même un vrai fou ?
Le 30 mai, vendredi , dans l’… du très saint sacrement, depuis cinq heures du soir jusqu’à huit, on entendit toutes les demi-minutes, un bruit comme un coup de canon qui semblait venir de Surieu sans que personne ait pu m’éclaircir à quelle occasion se faisait cette espèce de canonnade, où et par qui ; malgré les fréquentes informations que j’en ai faites auprès de grand nombre de personnes, il y a plus : pendant que cette artillerie jouait, on entendait dans l’air un autre bruit qui semblait approcher du sifflement de quelque bête.
Le 31, la grêle tomba sur les huit heures et demie du soir sans éclair ni tonnerre ni pluie pendant quelques minutes sans dommages et quelques moments après, un ouragan et la pluie survinrent et tout de suite un bruit comme d’un charivari se fit entendre dans l’air. Je puis attester ces phénomènes parce que j’en ai été témoin et que mon ouïe n’était assurément point visitée, ni celle de bien des gens qui, comme moi, les ont entendus. Je puis, dis-je, attester ces phénomènes mais je ne saurais les expliquer ainsi que ceux qui souhaiteront en apprendre la nature, la cause … consultent un physicien plus éclairé que moi.
Hiver 1788/1789
AD38Â vue 160Â BMS 1771-1792Â Â St Jean de Bournay / St Pierre
L’hiver cette année a été des plus longs et des plus rigoureux. Il a commencé à la Saint Martin et est toujours allé sans relâche en augmentant jusqu’à la fin de janvier. Les ablutions ont gelé dans le calice. Depuis le 28 décembre jusqu’au 7 janvier, le vin a de même gelé dans plusieurs caves. La misère a été des plus grandes   tant pour le bois que pour les autres provisions de première nécessité.
Les chemins ont été longtemps impraticables à cause de la quantité de neige dont ils étaient remplis, non pas qu’il en soit tombé beaucoup mais parce que les grands orages avaient formé partout des fondrières. Le Rhône extrêmement bas avait gelé au point qu’on le traversait chargé des fardeaux les plus pesants. Les moulins à Lyon, à Condrieu, ne pouvaient moudre. On était obligé de venir moudre à Vienne.
Tous les puits et presque les autres sources étaient taris. A St Jean, pendant quelques jours que la rivière ne pouvait donner d’eau, les habitants de St Jean étaient obligés de fondre de la neige pour leur soupe. On faisait venir l’eau des fontaines de Bas. Les pauvres de cette paroisse ont été secourus. Aucun n’a souffert. Leur rente la vingt-quatrième leur a fourni du pain. Les âmes charitables les ont pourvus de bois au point que nul n’a souffert comme dans la plupart des autres paroisses.
Chroniques d’Azolette
À Azolette, petit village à côté de Propières, au pied du col des Echarmeaux en Haut Beaujolais, le curé DELACROIX nota sur les registres paroissiaux les événements importants survenus dans la région entre 1783 et 1786. Il y est notamment question du climat et de l’évolution du petit peuple devenu moins obéissant dans les années précédant la révolution.
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AD69  Azolette BMS 1783 cc  vues 8 et 9
1783 : Catastrophes naturelles
L’année 1783 fut remarquable par plusieurs grands événements, la paix fut conclue entre la France, l’Angleterre et les Etats-Unis d’Amérique.
La Sicile et la Calabre furent bouleversées par de fréquents et violents tremblements de terre. La ville de Messine fut presque entièrement abîmée. On fait monter à environ cent mille âmes le nombre de ceux qui périrent dans les différentes secousses qui bouleversèrent une grande partie de l’Italie méridionale. Nous eûmes ici en février de cette même année des vents très violents qui se soutiennent depuis le commencement jusqu’à la fin de ce mois. C’est précisément à cette époque que le fond de l’Italie essuya les plus violentes commotions.
Ces désastres ne pouvaient manquer de faire grand bruit dans toute l’Europe. Dans ce pays-ci, le peuple se persuada que nous allions être tous engloutis ; pleins de cette idée, quelques uns se confessèrent comme devant bientôt mourir. J’en ai trouvé qui m’ont demandé très sérieusement si je ne savais pas qu’il devait y avoir un tremblement de terre général qui devait nous abîmer. Il est aisé de sentir que cette opinion du peuple avait son origine dans les calamités qui désolaient l’Italie.
Quoi qu’il en soit, il y eut effectivement dans ces montagnes une très légère secousse de tremblement de terre le dimanche 6 juillet vers dix heures du matin ; elle fut si peu sensible que je ne m’en aperçus pas. Cependant, plusieurs personnes, les bergers surtout qui étaient dans les champs, ceux qui gardaient pendant le service divin, à Propières, à Saint Germain et ailleurs, dirent avoir senti une secousse et avoir entendu un bruit semblable à peu près à celui que ferait un char roulant. Je suspendis mon jugement à cet égard. Je pris une connaissance exacte du jour et de l’heure, et je fus convaincu de la vérité du fait, après avoir reçu plusieurs lettres de Bourgogne, qui toutes convenaient sur l’heure, le jour et le moment précis où la secousse s’était fait sentir ici. La commotion fut bien plus sensible à Beaune, à Châlon, à Sennecey que dans nos régions et la frayeur aussi par conséquent.
Cette commotion fut précédée d’un phénomène singulier, lequel ne l’annonçait pourtant pas. Dès le 15 juin, l’air se couvrit d’une espèce de brouillard très peu dense qui n’empêchait pas que le soleil ne dardât tous ses feux ; mais il était d’une rougeur sanguinolente. Cela dura ici environ quinze jours et près de trois semaines en Bourgogne. Personne ne se souvenait d’avoir rien vu de semblable, en été surtout. Quelques physiciens prétendirent que ces vapeurs qui occasionnaient cette rougeur extraordinaire du soleil, étaient une suite des tremblements de terre de Messine et de la Calabre ; mais ce qui paraît détruire cette opinion, c’est que ces vapeurs et cette couleur écarlate dans le soleil furent aussi sensibles à Stockholm et dans tout le nord de l’Europe qu’ici.
La récolte de toutes les espèces de grains fut très médiocre. Le froment valut cinq livres mesure de Chauffailles et le seigle trois livres douze sols. On recueillit pourtant tout sans accident.
Curé Delacroix
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 AD69 Azolette BMS 1784 vues 7 et 8
1784 : plus d’aisance
 L’année 1784 a complètement rempli les espérances du laboureur, toutes les récoltes ont été bonnes, celle du blé, seigle surtout aussi la diminution du prix de l’année précédente fut-elle de plus de vingt sols par mesure pour le seigle d’abord après la récolte.  La moisson du seigle s’ouvrit ici dès le cinq juillet et la terre fut généralement précoce. Nous fûmes sur le point de tout perdre le dix juin, jour de la Fête Dieu, le temps s’obscurcit vers les deux heures du soir, à un point qu’on y voyait à peine à lire à l’église, plusieurs paroisses éloignées à notre couchant furent saccagées et une partie de la Dombe eut aussi beaucoup de mal. Nous fûmes heureusement préservés, nous et nos environs, à ce danger. Après, la saison des chaleurs ne fut pas orageuse, les chaleurs ne furent pas non plus bien vives.  Le mois de septembre fut le plus chaud de l’année, les dix huit premiers jours surtout étaient étouffants, on s’attendait à ne faire que du mauvais vin, à cause des fraîcheurs du mois d’août ; on fut trompé, et le vin eut une qualité très passable. Il y a même des provinces où elle fut très bonne.
Cette année peut être regardée comme l’époque de l’établissement de la filature du coton dans nos régions, les toiles en coton ayant pris faveur et la main d’œuvre étant conséquemment chère, tous les manœuvres voulurent avoir des rouets. Les femmes pauvres quittèrent leurs quenouilles qui ne leur offraient plus qu’un bénéfice inférieur à celui qu’elles trouvaient dans la filature du coton. Dans peu, la main d’œuvre de la filature du chanvre doubla de prix. La raison de cette dernière augmentation est aisée à deviner. Cette cherté de la main d’œuvre contribua plus que tout le reste à répandre parmi le peuple une certaine aisance qui fut surtout sensible en 1785 et 1786, et qui ne dut son affaiblissement qu’à celui du commerce des toiles de toute espèce, lesquelles tombèrent beaucoup de prix vers la fin de 1786. Les denrées ayant beaucoup diminué de valeur en 1784, 1785 et 1786 et la main d’œuvre ayant été généralement chère pendant ces trois années, les petites gens devinrent singulièrement insolentes. Les plus pauvres faisaient composer les riches et n’étaient contents de rien. Cette dépravation de la portion la plus misérable des habitants de la campagne fut portée à son comble à la fin de 1785 et les six ou sept premiers mois de 1786. La grande abondance de vin qu’on fit dans le Beaujolais en 1785 et le très bas prix de cette denrée donnèrent aux mendiants eux-mêmes la facilité d’en avoir. On se porta à tous les excès de l’intempérance en 1786. Le peuple ivre de sa prospérité n’écoutait plus les pasteurs et je compris alors mieux que jamais que la famine ou du moins une disette telle que celles de 1770, 1771 et 1774 était un moindre mal pour le peuple qu’une grande abondance.
Inerasatus, impinguatus, dilatatus dereliqui? deum factorem secum et recessi? a Deo salutari suo   Denter 32
(Je ne suis pas latiniste mais je crois comprendre que l’abondance éloigne l’homme de Dieu)
C’est à quoi doivent s’attendre les pasteurs, toutes les fois que le peuple ne manque de rien. Voyez les remarques sur les années 1785 et 1786.
Curé Delacroix
 AD69 Azolette BMS 1785  vues 6 et 7
1785 : du vin à volonté
 L’hiver de 1785 sera longtemps mémorable par la grande abondance de ses neiges. La campagne en fut couverte durant six mois, à peu près, c’est à dire depuis le mois de décembre 1784 jusque vers la fin d’avril 1785. Comme il en était beaucoup tombé durant l’hiver 1784, on n’eut jamais imaginé que le suivant en donnerait encore en plus grande quantité. On fut trompé. Il en tomba à deux ou trois reprises jusqu’à 13 ou 14 pouces. Ce qu’il y a de singulier, c’est que le pays plat à notre couchant et à notre levant en eurent une plus grande quantité que nous. Il s’en fit partout en rase campagne, comme dans nos montagnes, des amas considérables, ces amas furent surtout occasionnés par une bise violente qui s’éleva le dimanche de la Passion 13 mars. A la suite d’une grande chute de neige, les chemins se trouvèrent obstrués partout dans la plaine comme dans les montagnes. C’est un fait dont je pourrais prendre à témoin toutes les provinces qui nous environnent. Ces neiges du mois de mars ne furent pas les dernières, les chutes du mois d’avril ne furent guère moins abondantes. On m’en croira si l’on veut, mais je certifie que le 14 avril, étant à Chalon sur Saône, j’ai vu de mes yeux, sur la place du Châtelet, un tas de neige de la hauteur au moins de 14 pouces. Il y aurait à parier que pareille chose ne s’était vue depuis un ou peut-être deux siècles.
Le mois de mars fut ici le plus froid de l’année, et au rapport de plusieurs personnes, le plus froid qu’elles eussent encore vu. L’été ne nous donna pas de grandes chaleurs, et ne fut du tout point orageux.
Il y eut peu de paille, mais beaucoup de grain. A tout prendre, la récolte de 1785 fut assez bonne, aussi les grains ne haussèrent-ils pas de prix. Jamais on ne vit une aussi grande quantité de vins : la Bourgogne ne savait que faire des siens. Il y eut des particuliers dans cette province à qui les tonneaux et les frais d’amas coûtèrent plus que ne leur rendirent leurs vins. Ils  étaient à rien. Personne en Bourgogne ne se souvient d’avoir vu une année si abondante. Le Beaujolais n’équivalut pas tout à fait pour la quantité des vins à la Bourgogne ; cependant il en fit encore beaucoup plus qu’il n’aurait voulu. Il semble que l’abondance aurait du produire dans ces provinces la richesse, le contraire arriva. La futaille et les frais d’amas ruinèrent le cultivateur. Les vins furent à si bas prix que le vigneron ne fut que faiblement dédommagé de ses peines. Il ne lui resta presque rien sur la vente, le prix des tonneaux et les frais de vendange défalqués. On avait du vin, et du bon vin, tant qu’on en voulait pour quarante livres la botte. On en avait même à moindre prix. L’avantage ne fut donc que pour les consommateurs. Aussi les plus petites gens et les mendiants eux-mêmes eurent-ils du vin et telle fut la principale cause des désordres en tous genres qui inondèrent nos montagnes et qui furent portés à leur comble depuis la fin de 1785 jusque vers le milieu de 1786 et même au-delà . Le commerce tant devenu florissant dès l’année 1784, et le vin étant à rien après la vendange de 1785, le menu peuple fut absolument indisciplinable.
Les chanvres réussirent très bien en 1785 et passablement les deux années suivantes.
L’automne fut singulièrement sec, la plupart des sources tarirent, celles- là même qui de mémoire d’hommes n’avaient pas été desséchées. Ce qui étonnera, c’est que le 25 novembre, les sources n’étaient point émues, et qu’on ne savait où prendre de l’eau.
Curé Delacroix
AD69  Azolette BMS 1786  vues 7 et 8
1786 : Les récoltes
 La récolte en blé seigle a été généralement bonne dans toute la Montagne, celle du froment médiocre, quoique les autres menues graines n’aient pas été abondantes, que les avoines aient été presque nulles et les blés noirs aux deux tiers égrenés par les vents de l’automne, cependant que le seigle a été à bas prix toute l’année. Le prix courant a été de quarante deux à quarante huit sols. Le vin était si commun vers la fin de 1785 et au commencement de 1786 que les plus petits manœuvres de cette paroisse et des paroisses des environs en avaient fait une provision. Aussi l’intempérance et les désordres de toute espèce ne furent plus communs. Le peuple ne montra que trop que la prospérité est un fléau plus terrible pour lui que toutes les autres calamités.
L’année qui s’annonçait pour devoir être tardive ne le fut pourtant pas. Les quinze derniers jours de juin furent très orageux. Nous partageâmes la frayeur, mais non pas le malheur de bien des pays.
La grêle emporta tout le 15 juin, jour de la Fête Dieu, depuis les environs de St Bonnet de Joux jusqu’à Baudrière, de l’autre côté de la Saône, douze lieues de terrain en longueur sur cinq quarts de lieue en largeur furent écrasés. Sennecey le Grand en Bourgogne fut haché avec ses environs.
Les 14 et 16 du même mois furent encore funestes à Tournus, à ses alentours et à d’autres paroisses de la Bourgogne.
L’été ne nous donna pourtant presque point de chaleur. L’hiver ne nous donna de la neige qu’une seule fois, et celle qui tomba les premiers jours de novembre 1786 fut à peu près la dernière. La température fut douce en janvier et février 1787.
Le Beaujolais recueillit peu de vin, et le mâconnais encore moins. La Bourgogne fut mieux partagée.
Le commencement de 1786 a été l’époque de la refonte de toutes nos monnaies en or.
Curé Delacroix
 AD69  Azolette  BMS 1787 vues 8 et 9
Déficit
C’est au commencement de 1787 que s’est tenue l’Assemblée des notables de la nation à laquelle le déficit immense dans les finances avait donné lieu. L’abîme de ce déficit fut assez bien approfondi. Ce fut à peu près tout le fruit de cette Assemblée qui dura depuis le jour des Cendres 21 février jusqu’à la veille de la Pentecôte.
Curé Delacroix
Saisons dérangées
 AD38 Anjou vue 170 BMS 1745-1792
Jusques à quand verrons-nous augmenter la misère ? Il n’y a pas apparence qu’elle diminue encore. Puisque le dérangement des saisons arrive chaque année, les plus belles apparences de récoltes nous charment depuis bien du temps. Mais hélas, à peine le mois d’avril est-il parvenu au milieu de sa course que nous voilà replongés dans la consternation et ce malheur sur nous arrive ou nous menace depuis 1758. Cette année, sur le soir du mardi 16 avril, il commence à neiger avec un froid bien sensible, causé par une bise très violente ; les nuits des 17, 18 et 19 nous firent trembler. Et s’il ne gèle pas bien fort, ce fut une espèce de miracle. Les fruits ont été cependant tous perdus et les noyers fort endommagés : grand nombre sont morts ; la sève alors en mouvement ayant été tout … arrêtée. Le blé a valu pendant un mois et demi, savoir, depuis la mi-mai jusqu’au commencement de juillet, 24 sols. Le vin est allé à 14 sols au pressoir.
La neige continue par intervalles jusqu’au 22, laquelle fondait cependant puisque Mrs les chanoines du noble chapelain de St Pierre ont bien voulu se prêter à la décoration du sanctuaire dans l’église cette année 1771 et ont commis à cet effet le Sieur Chatellet, vitrier, vernisseur et peintre en marbre, habitant à Vienne, lequel arriva ici le dimanche 18 août avec les sieurs Devaulx, peintre et Bernizet, menuisier, celui-là compagnon du dit Chatellet, celui-ci Maître ardoisier à Vienne ; le 19, commencèrent à s’établir pour leurs travaux ………………………………………………….
(suit une longue énumération des travaux à exécuter parmi lesquels la réfection d’un tableau dont la description est sans concession)
Fièvres
AD69 Villeurbanne  vue1 BMS 1746
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