1709 : Le grand hyver

1709 : « Le grand hyver » sévit : froid polaire, famine suivis d’épidémies. La population est décimée.

 

AD69   Chasselay  BMS 1709  vues 9 et 10  Curé Mallet

 

Le cinquième janvier de l’année 1709, veille des Rois, s’éleva sur le midi, après quelques jours de pluie et souffla pendant plus de trois semaines une bise si violente et si froide que les rivières gelèrent si profondément que les charrois y passaient dessus en sûreté. La gelée pénétra plus de trois pieds dans la terre et fit périr toutes les semences.
Il y eut quelques jours de relâche et de dégel par la pluie. C’est ce qui fit le plus de mal car la bise ayant recommencé plus fort qu’auparavant, il n’y eut plus d’espérance de récolte. La terre, sur la fin de mars et au commencement d’avril, parut toute nue et découverte comme s’il n’y eut jamais de blé semé. Le froid fut si violent que tous les noyers à la réserve de quelques petits moururent aussi bien que la plus grande partie des arbres fruitiers. Près de la moitié des vignes mourut aussi. Le blé monta à un prix excessif. On serait à la veille d’une famine générale par l’espérance qu’on avait toujours que le blé repousserait fondée sur ce qu’on n’avait jamais ouï dire ni lu dans aucune histoire que les blés gelassent et mourussent en terre.
On en était entêté de telle sorte dans les villes que l’Intendant de Lyon fit publier une défense à peine de la vie de relabourer et resemer les terres. Mais au mois d’avril et de mai, voyant que les blés étaient véritablement péris, les défenses furent levées et on se pressa de toutes parts de semer les orges, les seigles, blés noirs, blés turquins, fèves et haricots.
Et Dieu, fléchi par les processions générales, les prières publiques, les jeûnes, les expositions du Saint Sacrement, les confessions et communions qui furent ordonnées et faites par tout le royaume, donna un temps si favorable et si propre pour faire sortir et mûrir ces menus grains que leur abondance générale sauva les hommes et les animaux d’une mort inévitable.
Plusieurs cependant périrent de faim et de froid. Les oiseaux tombaient morts par la vigueur du froid et on tua plusieurs bestiaux dans les étables. Le pain fut à Lyon cependant par les soins des magistrats à un prix au-dessous de celui du blé, le froment ayant valu jusque vingt francs le bichet, le seigle jusqu’à seize, l’orge jusqu’à quinze, le blé noir jusqu’à treize, l’avoine jusqu’à cinq, le pain jusqu’à dix, les lentilles jusqu’à douze, les fèves jusqu’à quatorze, les …… jusqu’à dix-sept,  la douzaine d’œufs jusqu’à trente sols.
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