1776 : année difficile

Référence : AD38  Anjou vue 203  BMS 1745-1792

1776 : année difficile

Le froid s’est fait sentir depuis le .. janvier jusqu’à la fin … Depuis le dégel jusque vers la fin de mars, beaucoup de pluies qui ont nui à nos blés.
Tout ce temps a été excessivement orageux. La bise la plus violente et aussi froide a régné du commencement de mars au 15 ou 20 avril, quelques jours exceptés. Le mardi de Pâques, 9 avril sur les quatre heures du soir, il tomba un grésil aussi gros qu’une grêle moyenne mais heureusement bien molle et qui conséquemment ne fit aucun mal ; mais la neige abondante qui suivit tout de suite et continua près de 20 heures, au moins par intervalles, accompagnée d’une bise des plus froides qui nous fit tous craindre, ce qui nous décida à recourir au Seigneur par des prières publiques pendant neuf jours. Grâce à Dieu, le temps peu à peu se remit au beau.
La croix du cimetière fut dressée le 12 et bénite le 14. ……………(description)……………………………
La bise revint le 25 aussi violente et aussi froide qu’elle était quelques jours auparavant, (surtout le 1er mai qu’elle faillit à me détruire allant à Lyon. Malgré une forte redingote qui se crut devoir me garantir du froid, je frémis encore) et dura jusqu’au 15 mai et gâta les feuilles de mûrier du côté de Chanas, surtout la nuit du 9 au 10 mai, il gela blanc. Beaucoup de vignes ont été perdues, principalement à Bougé, Jarcieu.
Le 23 août, la grêle a endommagé considérablement Le Péage, Roussillon, Vernioz, St Alban de Varèze, La Chapelle … et le 28 du dit, elle recommença son ravage à Limoni, Bœuf, hacha les mêmes endroits que le 23 et de là, passa à Poussieu, une partie de Sonnay, traversa la plaine, se porta à Anneyron, St Romans et au voisinage et cela dura depuis onze heures jusqu’à midi et demie.
La récolte des cocons a été commune à celle du blé et du vin. Les cocons ont valu comme l’année dernière, le blé de même et le vin de 11 à 12 sols au pressoir et pour ne pas travailler gratis, les cabaretiers l’ont toujours vendu 5 sols le pot. Cela est bien honnête ce me semble mais devant Dieu cela fera-t-il dans la plus exacte justice ? Oh ! Bon ! Bon ! Justice ou injustice, que cela fait-il ? Pourvu que cela rende riche, on n’examine rien autre, on ne cherche rien autre. O Héritiers de cabaretiers, si vous succédez à testateur riche, ce que j’ai peine à croire, pensez-vous que toute sa succession vous appartienne et que vous n’en devrez pas donner une partie en restitution et quand il ne le serait pas, riche, en seriez-vous exempt ? Au nom de Dieu, consultez soigneusement des gens éclairés et intéressés uniquement pour votre salut car il s’agit de votre bonheur ou de votre malheur, souverain et éternel.
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1783 : une année cataclysmique

AD38   Domarin vue 118   9NUM/AC149/1

 

1783 ; une année cataclysmique

Cette année est remarquable par la multitude des phénomènes effrayants qui ont paru dans les quatre parties du monde. Des tremblements de terre ont bouleversé la Sicile et la Calabre et englouti Messine avec plus de trois cent cinquante villes, bourgs ou villages. Ils n’ont pas cessé depuis le 20 février jusqu’au mois d’août et semblent avoir allumé des volcans dans l’intérieur du globe entier. On en a éprouvé à Lisbonne, en Hongrie, dans l’Allemagne, à Florence, à Dijon, en Franche Comté, en Auvergne, à Grenoble, etc…

Une pluie de soufre est tombée dans la Hongrie : des fleuves ont disparu ; d’autres se sont produits à travers des terres arides. Une île nouvelle est sortie du sein de la mer, au mois de mars, par une éruption volcanique près des côtes d’Islande.

La foudre est quelquefois partie de la terre comme elle part des nues, par le défaut d’équilibre entre la matière électrique de l’air et celle de la terre. Le 23 mai, à sept heures du soir, on a vu descendre perpendiculairement avec une précipitation étonnante sur les paroisses de *St Maurice le Girard et d’Entigny, diocèse de La Rochelle des colonnes de la grosseur d’une barrique ordinaire dans toute leur longueur. Elles partaient de trois nuages divisés et éloignés l’un de l’autre d’un quart de lieue. Elles aboutirent en un instant aux nuages et à la terre. Elles pompèrent l’eau des rivières avec une rapidité et un bruit étonnant. Ce dernier ressemblait au bruit d’une voiture roulant sur le pavé et quelquefois à celui du canon. On voyait s’élever dans leur intérieur des flammes très vives qui s’élançaient de toutes parts, sans être dirigées par le moindre souffle de vent. Les arbres les plus forts se ployaient de manière à faire croire qu’ils allaient rompre. Ce spectacle, qui dura environ une heure, répandit l’épouvante parmi les paysans qui prenaient la fuite.

Enfin, depuis le 17 juin jusqu’au milieu de juillet, un brouillard sec, mais aussi épais qu’il l’est quelquefois au mois d’octobre, a couvert la surface du globe entier. On recueillait sur toutes les feuilles des arbres une espèce de manne sucrée et très agréable. Cependant, le soleil dépouillé de ses rayons, n’offrait tous les jours, pendant un mois, que le spectacle affreux d’un globe de sang. Il a fallu que le gouvernement ait employé la plume des meilleurs physiciens pour rassurer le peuple qui crut toucher à la fin du monde. Ce brouillard a causé beaucoup d’épidémies et occasionné des orages, des grêles et des tonnerres aussi terribles que fréquents dans l’Asie, l’Afrique et l’Europe.

La foudre est tombée de toutes parts à la fin de juillet et a écrasé un nombre infini de personnes. Mr de la Lande, en examinant la nature du brouillard qui a occasionné ces orages l’a trouvé empli de matière électrique et plus sec qu’humide. En 1760 (ou 1762), on en vit un à peu près semblable ; d’où il conclut que ce phénomène reparaît ordinairement, quand la lune recommence son cours périodique de 19 ans.

Ce n’est pas le moment de dire aux hommes « Tout est bien ! » dit Mr de la Harpe quand la nature déploie plus que jamais cette force terrible qu’elle a pour sa propre destruction, quand la terre tourmentée s’ébranle et s’ouvre de toutes parts, quand la Calabre a disparu sous les débris des volcans, que les mers soulevées ont couvert Messine et Formose et que les secousses et les désastres du globe se multiplient depuis les bords de l’océan oriental jusqu’aux rives de notre Méditerranée.

C’est aussi cette année que Mr Montgolfier a fait la découverte des aérostats ou ballons pour voyager dans les airs.

Voiron, curé de Domarin

 

* Anciennes paroisses dont le nom est sujet à caution
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