1864 : fête des lumières

Le journal de l’Ain   12 décembre 1864

 

4a01039be89d6020df329745ff764cf5Une personne de Bourg qui a assisté aux fêtes de Lyon du 8 décembre nous adresse les lignes suivantes :

« La ville de Lyon est fidèle au culte de Marie, et la fête de l’Immaculée-Conception n’a rien perdu de tout l’éclat de ses premiers temps. Cette manifestation, qui revêt toutes les formes, restera comme une attestation solennelle de la piété lyonnaise, malgré les circonstances qui peuvent parfois diviser les esprits.

« Dans cette journée toute la population semble obéir à une religieuse inspiration. Les grandes artères de Lyon présentaient une vive animation. Ce n’était plus seulement le coteau de Fourvière, les quais de la Saône qui s’illuminaient de mille feux, c’étaient les quais du Rhône, les rues Impériale, de l’Impératrice, la rue Centrale et beaucoup d’autres. Les feux d’artifice, les flammes de Bengale, les gerbes flamboyantes répandaient sur tout le magnifique coteau de Fourvière des effets imprévus et splendides, qui arrachaient à la foule des cris d’admiration. Des sociétés chantantes étaient échelonnées sur divers points du coteau; sur la Saône, des pyroscaphes illuminés et courant sur la nappe liquide, portaient les musiques instrumentales qui jetaient leurs accords sur les deux rives. Partout des chants joyeux et une grande affluence de promeneurs qui cherchaient l’image de la protectrice de la cité. Chaque année il se dit que la fête n’a jamais été si belle; on le répète encore aujourd’hui, c’est que la foi en Marie se ravive sans cesse dans les cÅ“urs.

« Et quand on voit les magnificences et les splendeurs actuelles de la ville de Lyon, après les malheurs qui l’ont frappée, il faut bien reconnaître que cette ville a une protectrice spéciale auprès de Dieu. A moitié détruite en 93 par les bombardements de la révolution, ravagée par les émeutes et la guerre civile après 1830; dévastée et ruinée par de terribles inondations, toujours elle renaît plus belle, et, se relève comme par enchantement de ses désastres.

« Quelle ville fut jamais plus éprouvée et se montre cependant plus florissante ?

« L’Echo de Fourvière, rendant compte de la fête de jeudi qui avait son plus vif éclat devant le quai de l’Archevêché et le Palais de- Justice, fait cette remarque qui nous a aussi frappés.

« L’affreuse catastrophe de la Mouche* était dans tous les souvenirs, et ces chants pieux qui partaient du lieu même où tant de victimes avaient été englouties paraissaient supplier en leur faveur la divine miséricorde. » Cette touchante réflexion n’est pas de nous ; nous l’avons recueillie dans la foule, où elle était exprimée dans un langage qui en doublait le prix.

* Un des bateaux à vapeur (les Mouches) qui effectuaient  sur la Saône un service régulier entre Vaise et Perrache, sous le poids des passagers qui se sont précipités d’un même côté, s’est couché sur le flanc, précipitant à l’eau un grand nombre de personnes. On a dénombré 30 morts ce 10 juillet 1864.

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