AD69  Villeurbanne  BMS 1788  vues 17 à 19
La récolte de grains a été très médiocre à cause de l’hiver qui a été trop pluvieux et qui a pourri le grain. Il y eut peu de froid. Celle en vin a été fort abondante et de très bonne qualité. Le prix de l’anée est de dix, douze et quinze. Celle du bled est de 36, 38, 40.
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Il y a eu cette année dans le royaume de grandes révolutions. Mr de Calonne, contrôleur général des finances pendant les cinq ou six ans de gestion, avait achevé de ruiner la France. Ne sachant comment se procurer de l’argent, il a demandé au roi la convocation des notables de son royaume. Mr Tolozan, commandant de Lyon, a été le député de la ville. Cette respectable assemblée s’est passée en beaux compliments et en beaux discours. Le seul bien qu’elle a opéré est la disgrâce de Mr de Calonne et la convocation des Etats Généraux qu’elle a demandée.
Le roi a donné sa place à Mr de Brienne, archevêque de Toulouse et puis de Sens et l’a nommé son principal ministre. Les sceaux ont été donnés à Mr Delamoignon, avocat général au parlement de Paris. Ces deux ministres qui s’entendaient comme deux larrons en foire, ont bouleversé toute la France. Ne pouvant obtenir des parlements l’enregistrement nécessaire à leurs édits, ils ont voulu les détruire et les remplacer par des grands baillages. Ils ont fait enregistrer militairement l’édit portant création des grands baillages, ce qui a occasionné plusieurs émeutes dans les villes de parlement, entre autres à Grenoble.
Le 8 mai, le peuple de la ville et de la campagne s’est réuni, est allé chez Mr Clermont-Tonnerre, menaçant de lui couper le col s’il exécutait les ordres et n’a pas voulu laisser sortir les membres exilés qui se sont rendus cependant quelques jours après dans leurs terres. On accablait les troupes à coups de pierre. Il y a eu quelques personnes de blessées de part et d’autre. Mr De Vaux qui a fait la conquête de la Corse a été envoyé pour apaiser les troubles. Sa présence a tout pacifié. Il est mort quelques jours après à 78 ans.
Enfin le roi a renvoyé ses deux ministres au souhait général de toute la nation qui a demandé Mr Necker cet homme universel qui avait déjà été contrôleur général mais qui n’avait pu tenir parce qu’il aimait trop à faire le bien. Autant il a été applaudi et regardé comme un vrai restaurateur, autant les deux autres ont été bafoués. Le peuple les a brûlés en effigie en différents endroits. On ne savait assez sa joie de leur disgrâce.
Beaucoup de petites villes avaient accepté de grands baillages, Valence, Lyon, surtout parce qu’il est indigne qu’on soit obligé d’aller plaider à 100 lieues mais ils ne seront pas à s’en repentir. Nombre de parlements trouveront bien des occasions pour les mortifier.
Tous les parlements sont rentrés dans le courant de septembre, quelques uns plus tard. Le peuple leur a fait beaucoup de fêtes jusqu’à illuminer.
La province a obtenu un arrêt pour la convocation des Etats. Chaque communauté du baillage de Vienne a nommé un député qui s’est rendu à Bourgoin le dernier dimanche de novembre pour nommer les députés de l’assemblée qui s’est tenue à Romans. La noblesse s’est rendue à Vienne pour nommer les siens et le clergé pareillement, un par chaque archiprêtre. Le curé de Villeurbanne, comme seul des suburbes, s’est rendu à Vienne et a voté avec les autres sur les observations que Mres les grands vicaires ont voulu faire. Mrs le curés, ses chers confrères, ont pris la parole d’après les bonnes raisons que le Père Dechastelin donnait et ont décrété qu’il paraîtrait à toutes les assemblées jusqu’à ce que les Etats en aient décidé autrement. Le 20 décembre, il a fallu se rendre de nouveau à Vienne pour nommer des nouveaux députés, le même nombre que la 1ère fois, 144 sur tout 288, moitié du Tiers-Etat. Tous ces députés devaient se trouver à Romans le 29 pour nommer tous ensemble les députés aux Etats généraux. On a nommé 12 pour le Tiers-Etat, 8 pour la noblesse et 4 pour le clergé ! Les pauvres curés ont eu beau faire, ils n’ont pas pu en avoir un. Monsieur l’archevêque de Vienne, deux chanoines, grands vicaires de Vienne, Dolomieu et St Albin, doyen de St Maurice et un autre chanoine, ce qui prouve qu’ils ont beaucoup brigué. Je ne sais comment on a pu nommer des êtres aussi inutiles que ceux-là . Mais d’après les lettres de convocation, on croit que toutes ces nominations n’auront pas lieu et qu’on se rassemblera de nouveau. C’est le vœu général.
L’évêque de Grenoble a été trouvé mort dans son palais d’un coup de fusil qu’il s’est, dit-on, tiré lui-même. On avait découvert sa correspondance avec Mr de Brienne, le principal ministre. On a bien voulu chercher à pallier sa mort. Quoi qu’il en soit, c’est un grand scandale pour la religion.
L’archevêque de Lyon, Malvin de Montazet, est mort à Paris dans son abbaye de St Victor dans le mois de mai, âgé de 77 ans. C’était un prélat rempli de lumières, mais plus encore de politique. Il n’a pas été beaucoup regretté de Lyon où il avait fait beaucoup de changements, surtout dans les séminaires. On ne le voyait que 3 à 4 fois dans l’année dans son diocèse. Mr de Marbeuf, évêque d’Autun, comte de Lyon, lui a succédé. Nous n’avons eu encore le bonheur de le posséder tant le diocèse a applaudi avec juste raison en apprenant sa promotion. La feuille des bénéfices qu’il a depuis longtemps qu’il est aimé à la cour, qu’il est riche et par conséquent qu’il fera beaucoup de bien à la ville de Lyon qui éprouve de grandes misères, à cause de la cessation du travail.
Il y a eu une visite dans cette paroisse de Mrs de Sarept suffragant et de Castillon grand vicaire dans le mois de juin relativement à la difficulté entre les habitants et le curé qui ne veut pas que l’on enterre dans la partie qui est au nord de l’église parce que c’est devant la cure et que d’ailleurs c’est le passage pour aller à l’église. Il observe aux habitants que le cimetière est trop petit pour la paroisse qui s’agrandit tous les jours, qu’il serait à propos de le transporter ailleurs. Le curé leur donne la terre de l’inviolata si cela leur fait plaisir. Mais la visite de Mr l’évêque a tout pacifié parce que le curé a donné à ses habitants plus qu’ils ne demandaient. On est demeuré d’accord dans le procès verbal que le curé prendrait cette petite portion de terrain qui est au nord de l’église et qui touche son petit jardin et qu’en place il céderait tout son petit jardin qui est au midi de l’église pour l’agrandissement du cimetière, ce qui fait trois fois plus de terrain et que les habitants feraient à leurs frais un mur de clôture à prendre depuis l’angle de l’église jusqu’au chemin. Tout le monde s’est retiré en paix. Mais tout cela n’est pas encore exécuté ni près de l’être. Les choses sont dans le même état et, selon toute apparence, y resteront longtemps. L’agrandissement de l’église a aussi été arrêté mais on n’en parle plus quoique ce soit une chose indispensable.
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Ora pro rectore
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Curé Dechastelin