Après la fondation de l’abbaye de Cluny, de nombreux prieurés furent construits. Parmi eux, figurait le modeste monastère d’Artas, avec ses quatre moines, placé sous le vocable de Saint Pierre. On ne connaît pas exactement la date de sa fondation. Il serait mentionné dans une bulle du pape Urbain II, en 1095 (année de son appel pour la première croisade).
Son implantation semble avoir été judicieuse, sur un promontoire, sous la protection d’un castrum (motte féodale du Châtelard), en marge d’une voie de communication (le Grand Chemin) car les monastères avaient aussi vocation à offrir l’hospitalité.
Les statuts de l’ordre prévoyaient des visites canoniques. Les constats établis sur la situation des prieurés, leur état aux plans spirituel et temporel, étaient transmis avant le chapitre général afin que les définiteurs, puissent statuer et décider des mesures à prendre, souvent pour corriger les écarts à la Règle.
Ces comptes rendus couvrent, pour le prieuré d’Artas, une période de décadence de l’ordre de la fin du XIIIème siècle au début du XVIème siècle. Ruine des bâtiments, endettement, négligences sur le plan spirituel, défaillance de l’hospitalité sont fréquemment relevés. A la limite des possessions du Dauphin du Viennois et du Comte de Savoie, le prieuré fut également victime de leur conflit comme le rapporte la visite de l’année 1331: « Les gens du dauphin de Viennois ont endommagé la ville et le prieuré. La ville fut incendiée du fait de la guerre des gens du comte et du dauphin. Le prieur doit poursuivre lesdits gens par les censures ecclésiastiques afin d’avoir un remboursement. »
Les registres paroissiaux font référence au XVIIème siècle à des religieux vivant au prieuré.
Aujourd’hui, ne subsiste plus que le vieux clocher roman de style lombard, dernier vestige à défier le temps. La présence d’une école accolée à l’église peut, tout de même, laisser deviner – à l’Å“il  perspicace – la présence d’un ancien bâtiment conventuel.
En 1835, le prieuré connut le même destin que l’abbaye-mère de Cluny: démolition des cloîtres et vente des matériaux. Seule une partie fut conservée pour y établir la maison d’école imposée par la loi Guizot aux communes de plus de 500 habitants. La reconstruction de l’école de filles au début du XXème siècle faisait disparaître ce vestige.