AD38 Aoste BMS 1669-1692 vue 90
Remarques sur l’année 1680
L’escarboucle
Environ le temps de Pâques un nommé Jean Tévenet fermier de Madame la Présidente de Musy, habitant en la terre de Faverge a tué un serpent prodigieux à une ou deux heures de nuit qu’on nomme couleuvre et qu’on dit porter un escarboucle, lequel l’enterra sans faire de bruit.
Deux mois après, le bruit fut que le dit Tévenet avait l’escarboucle chez lui et aux mois d’août et septembre, plusieurs personnes se sont présentées chez lui pour l’acheter, et surtout Monsieur le baron, lequel en présenta 30 000 écus et 6 000 livres à Messire Bouquin vicaire de Corbelin qui était le cousin et conseil du dit Tévenet.
Au mois de septembre, le dit Sieur Bouquin proposa au Seigneur Evêque de Bellay faisant visite en ce pays d’acheter l’escarboucle qui en offrit 50 000 écus et comme le dit Sieur Bouquin ne peut faire voir la dite escarboucle et que plusieurs autres, entre autres Larbin du pont avaient avancé l’argent au dit Tévenet sur l’espérance d’avoir la dite escarboucle, la veille de Noël à minuit le dit Tévenet et Sieur Bouquin furent menés à La Tour du Pin sur ordre de Monsieur de Louvois par Mr Jolly commissaire qui avait douze archers tant de Lyon que du Bugey. Ils furent interrogés pendant deux jours de séjour à La Tour et n’ayant avoué qu’il n’y eut aucun escarboucle, ils furent menés en prison savoir le dit Sr Bouquin au St Esprit et le dit Tévenet à Chalon jusqu’à nouvel ordre.
Tévenet, un rusé, fit croire qu’il avait capturé un serpent fantastique (cf la vouivre) évoqué dans de nombreuses légendes. Cet animal aurait porté sur la tête une pierre précieuse, un grenat appelé escarboucle.