Ce récit décrivant la journée des tuiles le 7 juin 1788 à Grenoble est un témoignage et, à ce titre, il peut se montrer partial ou approximatif.
AD38Â vue 155Â BMS 1771-1792Â Â St Jean de Bournay / St Pierre
Le huitième mai de la présente année sous l’administration de Mrs De Brienne et De Lamoignon, l’un principal ministre, l’autre garde des sceaux, il y eut une révolution dans tout le royaume. Le jour susdit et presque à la même heure, par ordre exprès du Roy, toutes les cours de Parlement du royaume furent investies de troupes et l’on fit enregistrer militairement plusieurs édits, entre autres celui de la création des grands baillages, la réduction des cours de Parlement à quarante membres. Les grands baillages, suivant l’édit de leur création, devaient juger en dernier ressort, jusqu’à la somme de vingt mille livres, les présidiaux jusqu’à celle de quatre mille, ce qui réduisit le pouvoir des parlements à des causes seulement des corps et communautés et de la noblesse, l’autre édit portant création d’une chambre plénière pour l’enregistrement des lois et édits. B…aux plusieurs autres édits au nombre de douze, ce qui lança une révolution presque dans tout le royaume, entre autre en Dauphiné, en Bretagne et dans le Béarn.
La ville de Grenoble voyant ses magistrats exilés, s’ameuta. Les portes furent fermées et aucun de ses seigneurs n’en put sortir. L’alarme fut donnée sur les dix à onze heures du matin. Le tocsin fut sonné dans toutes les églises de la ville. Les paroisses des environs en firent de même et descendirent des montagnes et des environs de Grenoble des milliers de citoyens armés qui firent brèche aux deux ponts et obligèrent la garnison à rentrer dans leur quartier. Deux personnes furent tuées. Le commandant de la province courut grand risque de perdre la vie. Le commissaire des guerres y souffrit beaucoup dans ses meubles et denrées. Les magistrats furent conduits bon gré mal gré pour y siéger. La garde bourgeoise s’empara des portes et fit les services pendant plusieurs jours. Les magistrats assemblés firent leur possible pour contenir le peuple de tout état et faire cesser l’émeute qui fut apaisée quelques jours après.
Les membres du Parlement sortirent secrètement de la ville pour se rendre au lieu de l’exil qu’ils avaient choisi. La municipalité alors fit fonction de juge. Les deux premiers consuls bientôt après furent mandés en cour par lettre de cachet. Les officiers municipaux intéressèrent les villes, bourgs et communautés à se joindre à eux pour supplier humblement le Roy de les écouter et leur rendre justice. Plusieurs se réunirent à la ville de Grenoble, comme Saint-Jean de Bournay, Beaurepaire, ……….., le Comté de Chaumont, les communautés du Haut-Dauphiné. Plusieurs refusèrent comme Vienne, Valence, parce qu’ils espéraient un grand baillage. La noblesse s’assembla en corps, invita le clergé et le Tiers-Etat à s’unir à eux. Cette assemblée fut défendue. Monsieur le Maréchal de Vaulx fut envoyé pour calmer les esprits et pacifier la province.
L’assemblée ne pouvant se tenir à Grenoble, se tint à Vizille. Elle fut composée tant de la noblesse, du clergé, que des députés du Tiers-Etat, de plus de 600 personnes qui firent un arrêté en plusieurs articles qui fut envoyé en cour. Entre autre, il fut arrêté qu’on demanderait les états de la province qui furent accordés tels qu’ils se tiennent actuellement à …………… dont le maire, Monsieur de Delay s’est immortalisé.
Le 21 octobre, le Parlement fut rappelé à ses fonctions. Chaque ville et justice de son ressort ……. pour le complimenter. Le jour de la rentrée, la joie fut indicible à Grenoble. Les fêtes et réjouissances inexprimables ainsi que dans presque toutes les villes de province, même à Saint-Jean de Bournay où il y eut feu de joie et d’artifice, illumination, souper et danses publics qui ne cessèrent qu’au jour. Monseigneur l’archevêque de Vienne élu président des états par les états mêmes s’est montré bien digne de cette place. On s’y occupe du bien de la province et je crois des moyens à prendre pour l’acquittement de la dette nationale. On ne peut que bien augurer des opérations de cette auguste assemblée qui doit bientôt se séparer jusqu’à nouvel ordre.